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Afrique

Les derniers mots de Sébastien Judalet, lynché par la foule à Madagascar

© Photo du profil Facebook de Sébastien Judalet

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/10/2013

Avant d'être frappé à mort, Sébastien Judalet, le Français de 38 ans lynché par une foule l'accusant de pédophilie à Madagascar, suppliait qu'on lui laisse la vie sauve. Originaire de Montreuil, il avait une petite fille de 11 ans.

Quatre jours après le lynchage de trois personnes – un Français, un Franco-italien et un Malgache – jeudi 3 octobre à Madagascar, le profil de la victime française se précise. L’homme a été tué par une foule de plusieurs centaines de personnes, selon des témoins, qui l’accusait de faire partie d’un réseau de trafiquants d’organes, puis de pédophilie.

Sébastien Judalet, 38 ans, vivait à Montreuil, en région parisienne. Célibataire et père d’une fillette de 11 ans, il travaillait comme chauffeur de bus pour la RATP, la société de transports en Île-de-France. Le trentenaire était, à en croire ses voisins et ses amis interrogés par plusieurs médias français, un homme doux et discret, incapable, selon eux, de faire du mal à des enfants. "C'est une personne qui adore les enfants. S'attaquer à eux est [pour lui] impossible", assure Manuel, un collègue de la victime, sur RTL. Selon Isabelle, une amie d’enfance de la victime interrogée sur la même radio, Sébastien Judalet "se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment".

L’homme était arrivé mi-septembre à Nosy Be, une île paradisiaque située au nord de Madagascar, et devait rentrer fin octobre. À en croire son passeport, l’homme séjournait régulièrement dans ce pays, une destination qu’il "adorait", et dont il parlait tout le temps, poursuit Manuel, sur RTL.

Selon des témoins, il est le premier des trois hommes à avoir été emmené de force par la foule, qui le tenait pour responsable de la mort d’un enfant de 8 ans. Il a été frappé à de multiples reprises avant d’être jeté dans un brasier sur la plage d’Ambatoloaka (sud-ouest de l’île), jeudi matin.

"Je ne raconte que la vérité""

Sur un enregistrement audio effectué au moment d’un simulacre de procès et retranscrit par "Le Parisien", après sa capture par la foule, le Français apparaît terrorisé, essayant tant bien que mal de se défendre des actes dont il est accusé. "Je suis victime d’un complot", assure-t-il. "Je n’aime pas les enfants, surtout pas, et je n’aime pas les personnes qui ont des rapports avec les enfants", poursuit-il face à la foule. "Tu n’aimes pas les enfants ?" s’entend-il répondre par un homme. "J’adore les enfants, si, j’ai une petite fille, je n’aimerais pas qu’on lui fasse ça", balbutie-t-il. En larmes, il assure aux Malgaches qui le menacent de lynchage : "Je ne raconte que la vérité, strictement que la vérité".

L’homme est mort quelques instants plus tard. La justice malgache a arrêté 35 personnes depuis le jour du meurtre, jeudi 3 octobre. Selon une source diplomatique française citée par "Le Parisien", "un certain nombre d’informations accréditent la thèse selon laquelle l’enfant retrouvé mort aurait pu être au centre de pratiques pédophiles dans un hôtel de passe de Nosy Be". L’île est en effet réputée pour être un haut lieu du tourisme sexuel. Mais les autorités malgaches n’ont pour l’heure établi aucun lien entre l’enfant retrouvé mort et les deux étrangers tués par la foule.

Vendredi, la justice française s’est à son tour saisie de l’affaire. Le parquet de Bobigny, en région parisienne, a ouvert une enquête préliminaire pour "meurtre", en vertu de la "compétence universelle" qui autorise la justice à enquêter en cas de crime perpétré sur un ressortissant français à l’étranger. Les gendarmes de la section de recherches de Paris sont donc chargés de faire la lumière sur la mort de Sébastien Judalet. L’enquête devrait déboucher sur l’ouverture d’une information judiciaire, sous l’autorité d’un juge d’instruction.

Première publication : 07/10/2013

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