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Economie

L’art contemporain fait un carton, pour le plus grand bonheur des investisseurs

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 09/10/2013

Les ventes d’art contemporain ont dépassé pour la première fois le milliard d’euros sur un an, d’après Artprice, le spécialiste français des données sur le marché de l’art. Un record qui reflète une financiarisation tous azimuts de ce secteur.

Les artistes Américains Jean-Michel Basquiat, Jeff Koons ou encore Christopher Wool sont les stars d’un marché de l’art contemporain qui se porte bien. Très bien même : les ventes d’œuvres d’artistes nés après 1945 ont, pour la première fois, dépassé un milliard de dollars sur l’année 2012-2013, a annoncé, lundi 7 octobre, la société française Artprice, numéro un mondial des données sur le marché de l’art.

En tout, les ventes d’œuvres d’art contemporain ont représenté, sur cette période, 1,047 milliard d’euros, soit une progression de 15 % par rapport à 2011-2012. Les peintures de Jean-Michel Basquiat, décédé en 1988, ont, à elles seules, totalisées 162,55 millions de dollars.

En outre, ce record historique intervient alors que le marché de l’art, dans sa globalité, est en léger repli de 2,4 % sur la même période avec des ventes qui ont atteint 8,092 milliards d'euros. "Cette croissance insolente de l'art contemporain est la preuve de la maturité de ce marché qui était jusqu'à récemment le premier à plonger pendant les périodes de crise", a estimé Thierry Ehrmann, fondateur d’Artprice. Preuve de sa montée en puissance : il y a dix ans, les ventes d’œuvres contemporaines ne totalisaient que 75 millions d’euros.

Intérêt des “ultra-riches”

Reste que l’annonce d’Artprice intervient également à un moment stratégique. La saison des grandes rencontres d’art contemporain est sur le point de commencer avec, en octobre, la foire Frieze à Londres, et la Fiac de Paris. “C’est une manière de dire ‘regardez, il faut s’intéresser à nous’”, souligne Nina Rodrigues-Ely, directrice de l’Observatoire de l’art contemporain, contactée par FRANCE 24. Malgré une progression impressionnante, les ventes d’art contemporain ne représentent, en effet, encore que 13 % de l’ensemble des transactions du marché de l’art.

Surtout, l’engouement pour ce secteur ne serait pas que le fait, comme l’affirme Thierry Ehrmann, de son pouvoir de séduction sur le “grand public qui le trouve plus accessible, moins élitiste que l’art moderne”. Pour Nina Rodrigues-Ely, les “ultra-riches” et le monde de la finance ont largement contribué à son essor. “Le monde de la finance s’est intéressé depuis le début des années 2000 à l’art contemporain pour des raisons essentiellement de spéculation”, affirme cette experte.

“C’est devenu une niche passion qui permet de diversifier son portefeuille d’investissements”, explique Nina Rodrigues-Ely. Une manière de se prémunir, au même titre que des placements financiers, des effets de l’inflation tout en cherchant à faire un profit.

Des fonds d’investissement spécialisés dans l’art contemporain se font, ainsi, de plus en plus actifs, tandis qu’en Chine, des sociétés se sont même mises à titriser les œuvres d’art. En clair, les Chinois peuvent, grâce aux 18 entreprises qui en ont fait leur spécialité, acheter des parts d’un tableau. “Il est évident qu’en Chine, l’attrait pour l’art contemporain est à 95 % pour des raisons de spéculations financières”, reconnaît Nina Rodrigues-Ely.

“Artistes valeur”

Cet intérêt purement financier pour l’art contemporain s’est, en fait, traduit par la création de tout un écosystème autour de ce secteur pour aguicher les éventuels investisseurs. Plusieurs villes comme Paris, Londres ou encore Luxembourg accueillent ainsi des séminaires de formation pour sensibiliser les gestionnaires de fortune et fonds d’investissement aux avantages d’acquérir de telles œuvres. L’Observatoire de l’art contemporain rappelle également, sur son site, que l’aéroport de Luxembourg doit héberger à partir de 2014 le premier “port franc” consacré à l’art. Cette forteresse hautement sécurisée de 20 000 m2 doit accueillir des œuvres et tous les services connexes, comme l’assurance, le transport ou encore la logistique.

Conséquence de cette financiarisation du marché de l’art contemporain : l’émergence d’"artistes valeurs". Le prix de leurs œuvres ne dépend pas tant de la qualité de leur travail que de l’argent que les investisseurs misent sur eux. “En soutenant financièrement telle ou telle ‘valeur montante’, les investisseurs font grimper leur cote et s’assurent du même coup de la rentabilité de leurs placements”, explique Nina Rodrigues-Ely. Mais pour elle, il ne s’agit que d’une rentabilité à court terme dans la mesure où une partie de ces “valeurs montantes” ne trouveront pas leur place dans les grands courants artistiques qui marquent chaque époque. “On peut simplement espérer qu’à force d’investir, ces ‘ultra-riches’, d’abord intéressés uniquement par l’argent, finissent par développer un vrai sens artistique”, conclut Nina Rodrigues-Ely.

Première publication : 08/10/2013

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