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Afrique

Homosexualité en Algérie : "je reste célibataire pour ne pas souffrir"

© TenTen / Facebook

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 11/10/2013

À l'occasion de la septième journée nationale des LGBT algériens (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) qui se tiendra jeudi, FRANCE 24 a récolté le témoignage d'Amelle, qui ne peut vivre librement son homosexualité.

C’est un amour “interdit”. Un amour tellement tabou qu’elle n’a pas supporté de devoir se cacher. Le crime d’Amelle* ? Aimer les femmes, tout simplement. Cette jeune femme de 27 ans qui vit en Algérie, un pays où l’homosexualité est un délit, réprimé d'une peine d’emprisonnement et d'une forte amende, a donc décidé de renoncer à sa vie amoureuse.

Pour l’association Alouen dédiée aux droits des LGBT algériens (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels), "l’ignorance du gouvernement de la communauté LGBT ne peut plus continuer". Afin de "faire avancer les choses", et pour la septième année consécutive, elle appelle donc chaque citoyen, quelle que soit son orientation sexuelle ou sa nationalité, à manifester son soutien à l’occasion de la journée TenTen, jeudi 10 octobre. À 20 heures, chacun est invité à allumer une bougie et de partager cette action sur les réseaux sociaux.

"C’est une soirée symbolique, souligne Amelle. Elle montre la solidarité de tous les lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels mais surtout qu’on est là, qu’on existe. C’est une façon de s’affirmer".

Une affirmation de soi qu’Amelle ne peut vivre au quotidien. Bien qu’elle ait "toujours su, senti qu’elle avait quelque chose de différent", ce n’est que vers l’âge de 16 ans que son homosexualité s’est imposée à elle. "Ça n’a pas été un choc, murmure cette Algéroise, aînée de quatre enfants. J’ai accepté les choses facilement parce que j’ai pu en parler autour de moi. Mes amis n’ont pas eu de réaction violente ou négative. Même s’ils ont associé cela à une crise d’adolescence, ça m’a vraiment aidée."

"C’était dur de vivre un amour interdit"

En Algérie, tout coupable d’un acte d’homosexualité est puni d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2 000 dinars algériens (DA), soit de 5 à 20 euros, et si l’un des auteurs est mineur (moins de 18 ans), la peine à l’égard du majeur peut s'élever à trois ans d’emprisonnement et 10 000 DA, soit 100 euros, d’amende.

Les mois se passent. Amelle connaît quelques "amourettes". Ses amis lui présentent des lesbiennes célibataires. Mais rien de sérieux jusqu’à ses 19 ans. Une douloureuse révélation. "C’était dur de vivre un amour interdit. Je n’ai pas supporté. Je ne comprenais pas pourquoi ça dérangerait les gens de voir deux personnes qui s’aiment. Pour moi, l’important c’était d’être heureuse." Il n’en sera rien. Amelle ne supporte pas la séparation. "Le manque de l’autre provoque trop de souffrances. Se voir une à deux fois par semaine, ce n’est pas suffisant. Quand on aime quelqu’un, on vit avec", insiste-t-elle.

Amelle décide de nier ses envies, ses besoins. Un choix radical. "J’évite les rencontres. Je sais que si la personne me plaît, je vais tomber amoureuse et je vais souffrir. Il vaut mieux rester célibataire". Une souffrance supplémentaire ? Bien qu’elle s’en défende, la voix de cette jeune femme trahit son désespoir. "Je suis réaliste. Je vis en Algérie, je ne pourrai jamais vivre avec la personne que j’aime, confie-t-elle. Enfin, c’est comme ça."

Le mariage de convenance comme planche de salut

Que faire ? Quitter le domicile familial ? Inenvisageable. La société algérienne pétrie par le patriarcat rend impossible une quelconque émancipation. Une jeune femme, quel que soit son âge, ne coupe le cordon ombilical que pour se marier. Car, en dehors de l’institution matrimoniale, la sexualité n’existe pas. Officiellement, en tout cas. La solution ? Partir très loin. Au Canada.

La procédure est d’ores et déjà lancée. Là encore, rien n’est simple. "Ma mère m’a dit que je pouvais partir n’importe où pourvu que je sois mariée !" Comme de nombreux homosexuels algériens, Amelle aspire donc à faire un mariage "rainbow", une variante du mariage "de convenance". Il s’agit pour une femme et un homme homosexuels de s’unir pour réduire la pression familiale, sauver les apparences et pouvoir vivre plus facilement leur sexualité. Les groupes fleurissent sur les réseaux sociaux comme Facebook.

Depuis un an, Amelle administre une page "Mariage de convenance entre gays et lesbiennes". Chacun peut y a déposer une petite annonce. "Je sens que ma mère a des doutes. Tout le monde me dit ‘qu’attends-tu pour te marier ? Tu es belle et ce ne sont pas les prétendants qui manquent’. Je réponds simplement que je ne suis pas prête mais ma mère me dit qu’à mon âge, elle m’avait déjà avec mon frère. C’est une solution." Se marier pour faire taire les autres mais pas seulement. "Le mariage 'rainbow', c’est surtout parce que je veux devenir maman. Dans notre société, une femme seule ne peut avoir un enfant."

Amelle a déjà rencontré des candidats mais rien ne se concrétise pour l’instant. "Nous n’avions pas les mêmes principes. Je veux vraiment avoir une vie de famille, que mes enfants connaissent leur père, insiste la jeune femme en précisant que tout cela est rendu possible par l’insémination artificielle. Les gays que j’ai rencontrés ne voulaient se marier que pour les beaux yeux de la famille."

"Je préfère souffrir que de la voir souffrir"

Vivre son homosexualité est donc une véritable gageure en Algérie. À moins d’avoir "une famille très ouverte", note Amelle. C’est rare, mais j’ai quelques amis pour qui c’est le cas. Ça se passe très bien." Le tableau est cependant loin d’être tout noir. Outre ses amis proches, quelques membres de sa famille comme ses cousins acceptent son homosexualité. "Ma tante me demande souvent pourquoi je n’ai pas de petite amie."

Grâce à la télévision, véritable fenêtre sur le monde pour la société algérienne, les mentalités commencent à changer. "Surtout avec ce qui s’est passé en France avec le mariage pour tous. Ça a ouvert le débat. De nombreux collègues à moi n’étaient pas contre. Ça évolue et c’est rassurant."

Seuls les parents d’Amelle ignorent encore son orientation sexuelle. Un tabou insurmontable. "Ça leur ferait trop de mal, surtout à ma mère. C’est comme si on leur disait qu’ils avaient raté l’éducation de leur enfant." La jeune femme évoque son rôle d’aînée de la fratrie, l’obligation morale de prendre soin de ses parents. "Il n’y a rien de plus important que l’amour de ses parents. Ce que je crains le plus au monde, c’est de voir ma mère malheureuse. Je ne peux pas en être la cause", confie-t-elle en insistant sur leur lien privilégiée. À de nombreuses reprises, elle a pensé faire son "coming out". En vain. "Je n’ai pas le droit de lui briser le cœur. Je préfère souffrir que de la voir souffrir, c’est le prix à payer."

*Le prénom a été changé.

En raison de propos injurieux, les contributions des lecteurs ont été bloquées.

Première publication : 09/10/2013

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