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EUROPE

"Bloody Sunday" : des soldats britanniques pourraient être poursuivis pour meurtre

© AFP - Archives | Le 30 janvier 1972, à Londonderry, en Irlande du Nord.

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 20/10/2013

Le "Sunday Times" révèle qu’une vingtaine de soldats britanniques, aujourd’hui retraités, pourraient être poursuivis pour leur rôle dans le "Bloody Sunday". Le 30 janvier 1972, 14 manifestants étaient tués par l’armée britannique en Irlande du Nord.

Plus de 40 ans se sont écoulés depuis ce dimanche sanglant du 30 janvier 1972. Ce "Bloody Sunday" a été l’événement le plus marquant des 30 ans de violences intercommunautaires en Irlande du Nord : 14 manifestants avaient alors été tués à Londonderry par des soldats britanniques lors d’un rassemblement pacifique organisé par le mouvement des droits civiques.

Aujourd’hui, une vingtaine de soldats pourraient être poursuivis pour "meurtre" et "tentative de meurtre". C’est ce que révèle dimanche 20 octobre l’hebdomadaire britannique "Sunday Times". Selon le journaliste David Leppard, ces soldats devraient bientôt être interrogés par la police anglaise. "C’est la première fois que des soldats seront formellement interrogés par la police pour cet épisode, dans le cadre d’une enquête pour meurtre, a commenté une "source proche de l’enquête" citée par le "Sunday Times". Il est possible que certains d’entre eux soient inculpés."

Le ministère de la Défense britannique serait même en train de recruter un peloton d’avocats pour défendre les soldats visés par l’enquête, croit savoir le journal. Tous sont aujourd’hui à la retraite.

Excuses historiques de Cameron

Le discours historique de David Cameron le 16 juin 2010 préfigurait déjà, à mi-mots, ces éventuelles arrestations. Pour la première fois en 38 ans, un chef de gouvernement britannique présentait ses excuses aux familles des victimes tombées sous les balles anglaises ce 30 janvier 1972. "La répression de cette manifestation n’était ni justifiée ni justifiable, c’était une faute", avait alors déclaré le Premier ministre. Puis, dédouanant l’état-major de l’armée de toute faute, il avait pointé du doigt les "soldats qui ont perdu le contrôle d’eux-mêmes".

David Cameron avait reçu la veille le rapport d’enquête très attendu du juge Lord Saville sur les événements du "Bloody Sunday". Le dossier est immense : les investigations ont duré 12 ans et sont considérées comme les plus importantes de l’histoire judiciaire anglaise. Cette enquête établit un scénario mettant définitivement hors de cause les victimes. Ce jour-là, les soldats britanniques ont tiré sans sommation sur des personnes non-armées. Les enquêteurs assurent également que certains soldats impliqués dans la fusillade ont menti, lors de la toute première enquête, afin de ne pas être inquiétés.

Première enquête en 1972

Ouverte juste après les faits, en 1972, la toute première investigation avait conclu à la légitime défense des soldats britanniques, qui n’avaient fait que répondre aux tirs d’activistes catholiques de l’Armée républicaine irlandaise (IRA). Vingt ans plus tard, en 1992, le Premier ministre d’alors, John Major, avait reconnu l’innocence des victimes.

Dans son rapport d’enquête, Lord Saville pointe la responsabilité de 26 soldats, dont l’identité est restée secrète, dans la mort des 14 manifestants. L’enquête accable particulièrement deux d’entre eux, qui auraient délibérément visé entre huit et dix personnes.

Première publication : 20/10/2013

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