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FRANCE

Attentat du Drakkar : 30 ans après le drame, des larmes et des doutes

© AFP | Quelques uns des survivants de l'attentat contre le Drakkar en 1983.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 25/10/2013

Le 23 octobre 1983, 58 parachutistes français sont morts dans l'explosion du Drakkar, l'immeuble qui leur servait de quartier général à Beyrouth, au Liban. Un attentat qui garde, trente ans plus tard, ses zones d'ombres.

Le 23 octobre 1983, un attentat frappait un poste du contingent français de la Force multinationale d'interposition au Liban, créée deux ans plus tôt par l'ONU. Trente ans plus tard, la mémoire des 58 parachutistes français, tués ce jour-là dans l'attentat du Drakkar, un immeuble de huit étages de la banlieue sud chiite de Beyrouth, a été honorée, mercredi 23 octobre, à Pamiers [Ariège], au son du chant militaire "Ceux du Liban".

Et ce en présence des parachutistes de Pamiers, du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et du ministre délégué aux Anciens combattants, Kader Arif. "À ceux qui ont donné leur vie en ce 23 octobre 1983, la nation est à jamais reconnaissante", a déclaré le ministre de la Défense.
 
Des questions et des doutes
 
Trente ans après cette tragédie, l’émotion et la tristesse étaient toujours palpables parmi les familles de victimes, et les rescapés présents lors de la cérémonie. Trente ans après, de nombreuses questions restent également en suspens, notamment sur la nature de l’explosion qui a soufflé le Drakkar.
 
Le dimanche 23 octobre 1983, à 6h18, soit deux minutes avant l’attentat qui allait frapper le contingent français, un camion bourré de plus d’une tonne d’explosifs se fracasse contre le quartier général de l’armée américaine, situé au sein même de l’aéroport de Beyrouth. Le bilan de l’explosion est effroyable : 241 morts dont 220 marines. Deux minutes plus tard, c’est le Drakkar qui s’effondre sur les paras français.
 
Des huit étages de l’immeuble qu’ils avaient investi un mois plus tôt, il ne reste plus qu’un monticule de gravas. Cinquante-huit parachutistes des 1er et 9e régiments de chasseurs parachutistes y perdent la vie, ainsi que l’épouse du gardien de l’immeuble, et ses quatre enfants. Seuls quinze soldats survivent à l'explosion. Cette attaque reste, à ce jour, la plus meurtrière pour l'armée française, depuis la fin de la guerre d'Indochine en 1954.
 
Ce double attentat visant la force multinationale a été attribué, par la France et les États-Unis, au mouvement islamiste chiite libanais Hezbollah, et son chef militaire Imad Moughniyé, tué à Damas en 2008, ainsi qu'à son parrain iranien. À l’époque, le Djihad islamique, un prête-nom du Hezbollah pour les opérations clandestines, avait revendiqué l’attaque. Pour l’Iran, en guerre contre l’Irak de Saddam Hussein, les Occidentaux sont alors coupables d’armer et de financer le maître de Bagdad.
 
La thèse officielle remise en cause par des rescapés
 
Un soldat français tient la main de l'un de ses camarades, le 23 octobre 1983, après l'attentat contre l'immeuble Drakkar à Beyrouth. © ©AFP
Selon la thèse officielle française, retranscrite dans les archives de l’armée française, un camion suicide bourré d'explosifs, tout comme celui qui avait pulvérisé quelques minutes auparavant le quartier général des Marines américains, pénètre dans le sous-sol du PC français, "malgré les tirs d’une ou plusieurs sentinelles", avant d’exploser.
 
Cette thèse est toutefois très contestée par les survivants de l’attaque. Nombreux sont ceux qui assurent n’avoir vu aucun véhicule pénétrer le bastion des paras français, doté d’une seule entrée, et entouré d’un mur et de levées de terre, pas plus qu’ils n’ont entendu des tirs avant l’explosion.
 
Dans le journal "Le Monde" publié mercredi, cinq survivants font part de témoignages mettant à mal la version officielle. "Je n'ai pas vu de camions", assurent Daniel Tamagni et Eric Mohamed, qui, précise le quotidien, étaient sur le balcon face à l'entrée, par où serait arrivé le véhicule piégé. Ces témoins directs affirment qu’ils n’ont jamais été entendus par les enquêteurs, et qu’ils furent interdits de parler de ces incohérences.
 
Une implication syrienne ?
 
Un an après les faits, une polémique avait déjà éclaté sur les circonstances de l’attentat. Fin octobre 1984, dans un article paru dans le Figaro-Magazine, le père de l'une des victimes affirmait qu’il se pourrait que le Drakkar ait été au préalable lourdement miné par les services secrets syriens [qui étaient positionnés dans l’immeuble avant l’arrivée de l’armée française, NDLR], et que l'explosion ait été commandée à distance. Pour la Syrie, qui occupait alors le Liban depuis 1976, la Force multinationale d'interposition était un obstacle, qui l’empêchait de faire main basse sur le pays du Cèdre.
 
En 1989, rebelote. Comme en 1984, des députés annoncent leur intention de demander la constitution d'une commission d'enquête parlementaire spéciale sur l'attentat du Drakkar. En se fondant cette fois sur des éléments recueillis par l'hebdomadaire "Paris-Match" et un reportage de "La Cinq". Selon les témoignages de survivants interrogés par les deux médias, l’hypothèse d’un immeuble miné par les Syriens avait également été évoquée. L'attentat aurait, dans ces conditions, été perpétré en représailles à une tentative conjointe des Américains et des Français d'assassiner l'un des chefs de la communauté chiite au Liban, Mohammad Hussein Fadlallah.
 
L'affaire du Drakkar - Journal de FR3 du 28 octobre 1984
Plus récemment, en 2008, des critiques avaient été exprimées par d'anciens Casques bleus contre la présence du président syrien, Bachar el-Assad, lors du défilé du 14 juillet à Paris, à l’invitation du président Nicolas Sarkozy, au motif que son pays serait derrière l'attentat du Drakkar. D’autant plus qu’une promotion de l'École militaire interarmes portant le nom du Lieutenant Antoine de la Bâtie, une des victimes du Drakkar, devait défiler ce jour-là.
 
"Ce n'était pas la Syrie. La Syrie, c'était l'attentat contre l'ambassadeur de France au Liban, Louis Delamare, en 1981. Le Drakkar, c'était l'Iran et le Hezbollah", avait alors déclaré à la presse une source élyséenne.

Première publication : 23/10/2013

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