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FRANCE

Moines de Tibéhirine : Paris attend toujours un geste d'Alger

© AFP

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 30/10/2013

Les familles des moines de Tibéhirine, assassinés en mars 1996 en Algérie, ont été reçues mercredi à l’Élysée par François Hollande. Entretien sur les enjeux de cette rencontre avec Patrick Baudouin, avocat de la partie civile.

Il y a 17 ans, dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, sept moines trappistes français sont enlevés dans leur monastère isolé de Tibéhirine, près de Medea, au sud d’Alger. L’action est alors revendiquée par le Groupe islamiste armé [GIA], dans une Algérie en proie à une lutte sans merci, opposant l’armée algérienne aux commandos islamistes. Le 30 mai, les têtes des religieux sont retrouvées au bord d’une route de montagne.

Plus de 17 ans après les faits, les circonstances de leur mort ne sont toujours pas élucidées. Aujourd’hui, les familles des victimes réclament toujours justice. Reçues mercredi 30 octobre à l’Élysée par François Hollande, elles ont demandé une nouvelle fois au chef de l’État de convaincre Alger de laisser le juge français antiterroriste, Marc Trévidic, venir en Algérie pour son enquête. Car la commission rogatoire internationale pour se rendre sur place et délivrée en décembre 2011 par le magistrat à Alger, est toujours restée lettre morte.

FRANCE 24 s’est entretenu avec Me Patrick Baudouin, l’avocat des familles et président de la Fédération International des Droits de l'Homme [FIDH] pour connaître les attentes des proches des moines trappistes.

FRANCE 24 : Qu’attendent les familles des moines de cet entretien avec le président de la République ?

Me Patrick Baudouin : Les faits se sont produits il y a 17 ans, les familles des victimes ne sont pas animées par un esprit de vengeance ou de haine, bien au contraire. Elles veulent simplement comprendre ce qu'il s’est passé. Quinze représentants de cinq familles des moines, ainsi que le père Veilleux, l’un des responsables de l’ordre des cisterciens trappistes de l’époque, étaient présents mercredi à l’Élysée. Ils attendent beaucoup de cet entretien avec le président. L’enjeu de la rencontre avec François Hollande est de s’assurer de son concours actif auprès de la diplomatie algérienne pour obtenir les autorisations indispensables à l’enquête du juge d’instruction. Une fois en Algérie, Marc Trévidic pourra procéder à l’exhumation, et à l’autopsie des têtes des moines, et rencontrer une vingtaine de témoins clés de l’affaire.

FRANCE 24 : Quelles sont les pistes privilégiées par le juge d’instruction Marc Trévidic ?

Me Patrick Baudouin : Pour l’heure, nous n’avons aucune certitude. On sait juste que la version livrée par les autorités algériennes, selon laquelle les moines ont été tués par un groupe islamiste n’est pas absolument pas crédible. Le fait que les corps des victimes n’aient jamais été retrouvés, comme pour masquer les circonstances de leur mort, accrédite la thèse d’une bavure de l’armée algérienne, comme l’atteste le général François Buchwalter, ancien attaché de défense à l’ambassade de France à Alger. Et depuis 17 ans, on ne peut pas dire qu’Alger ait brillé par son désir de coopérer dans cette affaire. Une attitude qui laisse penser qu’il y a une responsabilité de l’État algérien. Si ce n’est pas le cas, il faut laisser à la justice française la possibilité de mener son enquête pour lever toutes les suspicions.

FRANCE 24 : Pensez-vous que cette démarche ait des chances d’aboutir à l’enquête voulue par le juge Marc Trévidic?

Me Patrick Baudouin : Nous avons bon espoir. Il y a une véritable volonté de Paris de faire avancer les choses. Lors de son premier voyage officiel en Algérie les 19 et 20 décembre 2012, François Hollande avait évoqué le dossier avec son homologue Abdelaziz Bouteflika, comme il l’avait promis aux familles des victimes. De son côté, le président algérien s’est également dit prêt à reconnaître les responsabilités de son pays, et faire en sorte que les autorités françaises puissent mener leur enquête. Les choses ont donc de grandes chances d’aboutir. Reste à négocier les conditions de l’enquête.

Pour les familles, il s’agit avant tout d’une démarche judiciaire. Pour les autorités françaises, l’enjeu est symbolique et politique.

 

Première publication : 30/10/2013

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