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Economie

Visite de Fabius à Luanda : la France veut sa part du "miracle" angolais

© AFP

Vidéo par James ANDRE

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 01/11/2013

La visite en Angola du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, peut être l'occasion pour les industriels français de participer au boom économique de ce pays d'Afrique australe. Mais pour beaucoup, le "miracle" angolais a tout du mirage.

La délégation de grands patrons qui accompagnent le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, lors de son déplacement en Angola, jeudi 31 octobre, est impressionnante. Air France, Airbus, Alstom, BNP Paribas, Bolloré, Total, Veolia : ils sont tous là ou presque pour essayer de tirer profit du boom économique que ce pays d’Afrique australe connaît depuis plusieurs années.

L’enjeu commercial de ce voyage diplomatique est clair. Il s’affiche jusque sur le site du ministère de l’Économie, où il est précisé sur la fiche descriptive de cet État : “Peu de pays dans le monde ont un potentiel aussi important que l’Angola, où, malgré la concurrence, il existe d’importantes possibilités pour les entreprises françaises”.

Sur le papier, le “miracle” angolais est flagrant. Depuis la fin de la sanglante guerre civile qui a ravagé le pays entre 1975 à 2002, cette ancienne colonie portugaise affiche des taux de croissance "à la chinoise". Malgré un sérieux coup de frein pendant les premières années de la crise financière, l’Angola connaît de nouveau depuis 2012 une croissance supérieure à 7 % par an. Et tous les analystes, du Fonds monétaire international (FMI) à la Banque africaine de développement (BAD), prévoient que le pays, aujourd’hui troisième économie d’Afrique, va pouvoir garder ce cap encore quelques temps.

Bons baisers de Chine

La Chine a d’ailleurs mis tout son poids économique pour devenir le premier partenaire commercial de l’Angola. Pékin a investi plus de 15 milliards de dollars dans 17 projets de coopération économique avec Luanda. “Officiellement, la présence chinoise compte 276 000 ressortissants [dans le pays]”, souligne une note de décembre 2012 de l’équivalent suisse de la chambre de commerce. Le Portugal n’est pas non plus resté indifférent à la bonne santé économique de l’Angola… mais d’une autre manière. Confrontés à la crise dans leur pays, plus de 150 000 Portugais ont obtenu un visa pour aller travailler dans leur ancienne colonie. “Un phénomène de cette ampleur est inédit dans l’histoire contemporaine”, note le site Slate Afrique.

Qu’est-ce qui fait tourner l’Angola et aiguise autant d’appétits ? Le pétrole essentiellement. L’Angola est le deuxième producteur d’or noir du continent et le quatrième au niveau mondial. Le pays compte, en outre, encore augmenter sa production - 1,8 million de barils par jour actuellement -, pour atteindre 2 millions de barils par jour en 2015. La France n’est pas en reste dans cette course aux pétrodollars angolais : l’argent investi par Total sur le pays (9,1 milliards d’euros) représente en effet la quasi-totalité des investissements de la France (10 milliards d’euros en 2012).

D’autres voient encore plus loin et imaginent que l’Angola pourrait devenir le nouveau Qatar africain. Le pays pourrait bien, en effet, se transformer en puissance gazifière de premier ordre comme le petit émirat. Il abrite la deuxième plus importante réserve de gaz naturel en Afrique et n’a commencé à l’exploiter qu’en 2013. Luanda s’inspire d’ailleurs du modèle qatari et s’est doté en 2012 d’un fonds souverain à hauteur de 5 milliards de dollars pour diversifier son économie.

Roi des inégalités

Mais le parallèle avec le Qatar peut se révéler trompeur et beaucoup craignent que le miracle ne soit en fait un mirage. D’abord parce que le pays est encore trop dépendant des fluctuations des prix du pétrole. L’or noir représente 90 % de ses exportations et pèse pour plus de 40 % du PIB de l’Angola, d’après la BAD. Le moindre choc peut très vite faire plonger l’économie angolaise. Lors de la crise financière de 2008, et la baisse des prix du pétrole qui s’en est suivie, la croissance du pays est ainsi passée en un an de plus de 10 % à environ 1 %.

L’Angola est, en outre, un royaume d'inégalités. Le PIB par habitant (6 120 dollars), l’un des plus élevés du continent, est particulièrement trompeur. La quasi-totalité des richesses sont entre les mains de 5 % de la population, d’après un rapport du Centro de Estudos de Investigaçao Cientifica, un cercle angolais de réflexion économique. “Les inégalités dans les répartitions des revenus est l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne”, s’alarme le site Perspective économique d’Afrique, qui compile les données des principales institutions économiques mondiales et régionales. Quelque 25 % de la population est au chômage et 36 % des Angolais vivent avec moins de 2 dollars par jour.

L’un des pays les plus corrompu de la planète

Un contexte social encore aggravé par un niveau de corruption important. En 2011, le FMI s’étonnait “d’un écart inexpliqué de 32 milliards de dollars dans les comptes publics de l’Angola pour la période 2007-2010”. Cette somme apparaît bien dans les comptes de Sonangol, la toute puissante entreprise publique pétrolière, mais personne ne sait où l’argent est passé. Pour l’ONG Transparency International, l’Angola, malgré des efforts, demeure l’un des pays les plus corrompus au monde (157e sur 176 États surveillés en 2012). “Près de 40 % des grandes entreprises mondiales perçoivent la corruption comme un obstacle majeur”, souligne le site Perspective économique d’Afrique.

Bien qu’endémique, la corruption ne serait toutefois pas le principal frein au développement de l’activité économique. Le manque d’accès à l’eau potable, les infrastructures en piteux état, la lourdeur administrative et l'indigence du secteur financier font de l’Angola, l’un des pires pays pour faire des affaires. Il est classé en 179e place sur 189 de l’indice “Doing Business” 2014 de la Banque mondiale.

Première publication : 31/10/2013

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