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FRANCE

Prostitution : les "salopes" de 1971 répondent aux "salauds" de 2013

© AFP

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 02/11/2013

Se désignant comme les "343 salauds", des personnalités de la culture et des médias se sont élevés contre la pénalisation de la prostitution, en référence aux 343 salopes, ayant revendiqué leur droit à l'avortement en 1971. Ces dernières s’indignent.

En se désignant comme "les 343 salauds", les signataires du manifeste "Touche pas à ma pute", à paraître dans le numéro de novembre du magazine Causeur, et signé en réalité par 19 personnes, font référence à un autre appel bien célèbre. Il s'agit du "Manifeste des 343", pour autant de femmes, qui en 1971 n'ont pas hésité à avouer publiquement avoir eu recours à l'avortement, encore illégal à l'époque.

Choquées par la comparaison, ces femmes n'ont pas de mots assez durs pour condamner l'intiative de ce collectif d'hommes, qui a ainsi voulu se dresser contre la pénalisation de la prostitution.

"Le visage hideux du machisme"

Yvette Roudy, ancienne ministre socialiste des Droits des femmes de 1981 à 1986, et signataire alors de l'appel des "salopes", va jusqu'à les qualifer de "pauvres types". Dans un entretien accordé au Parisien le 1er novembre, elle fustige "le machisme sous son visage hideux. Ils sont bêtes, nuls, minables, lâches, ignobles".

"Quand on est monté au créneau en 1971, on avait du panache, de la noblesse. C’était courageux. On revendiquait la dignité et une question de droits", se souvient-elle. "Eux ne respectent rien. Ils ramènent la masculinité à leurs couilles. Leur liberté est celle du renard dans le poulailler", déplore Yvette Roudy.

"Les 343 salauds portent bien leur nom"

Dans le Nouvel Observateur, une autre des "salopes" est montée au créneau. Nicole Muchnik a été l'un des fers de lance du "Manifeste des 343 salopes", qui ont en 1971 revendiqué haut et fort leur droit à avorter. "Les 343 salauds portent bien leur nom", estime cette journaliste de 77 ans, qui se dit "énormément blessée" de la comparaison entre les deux appels.

"Je trouve comique que ces hommes, qui passent pour être intelligents, protestent, parce qu'on touche à leur portefeuille, parce qu'on leur inflige une amende", observe-t-elle. "À côté, ils ne parlent pas ou à peine, pour s'excuser du fait que ces femmes soient en réalité des esclaves du sexe", dénonce Nicole Muchnik.

"Je n'ai franchement rien contre le fait qu'une petite bourgeoise ait envie de se faire un 'type' en fréquentant un hôtel de passe ou ce qu'elle veut, c'est sa liberté. La prostitution, c'est bien autre chose, c'est de la vente de femme, et rien d'autre", assène encore celle qui se désigne comme "la première des salopes".

Première publication : 01/11/2013

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