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Amériques

CIA : des médecins accusés de complicité de torture dans les prisons militaires

© AFP

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 12/11/2013

Des médecins et des infirmiers se sont rendus responsables de mauvais traitements dans les prisons du Pentagone et de la CIA, selon un rapport indépendant. Cette étude montre que ces professionnels de santé ont été complices de torture.

Après le 11-Septembre, la lutte contre le terrorisme a conduit des médecins, des infirmiers ou encore des psychologues travaillant pour l’armée américaine à trahir leur serment d’Hippocrate. Selon une étude rendue publique lundi 4 novembre par l’Institute on Medicine as a Profession de l’Université de Columbia de New York, des professionnels de la santé se sont en effet rendus complices d’abus dans différentes prisons militaires du Pentagone et de la CIA.

"Ces pratiques comprennent la conception, la participation et l’application de tortures et de traitements cruels, inhumains et dégradants", peut-on lire sur la page de présentation de cette étude. Celle-ci a été conduite pendant deux ans à partir de documents sur les conditions de détention de combattants ennemis à Guantanamo ou dans les prisons américaines en Irak et en Afghanistan.

Ce rapport détaille notamment les actes qui ont été perpétrés par le corps médical au mépris de "leurs obligations éthiques". Ils ont ainsi été "consultés sur les conditions de détention pour augmenter l’anxiété et la désorientation des prisonniers". Ils ont aussi utilisé "des informations médicales dans le cadre d’interrogatoires" et participé à "l’alimentation de force de grévistes de la faim". Des professionnels de santé de la CIA étaient également présents lors d’interrogatoires particulièrement musclés ou de " waterboarding" (tortures par l’eau).

Des médecins devenus agents militaires

Pour le Dr Gerald Thomson, professeur de médecine à l’Université Columbia, qui a participé à cette étude, "il est clair qu’au nom de la sécurité nationale, des médecins ont été transformés en agents militaires et ont pratiqué des actes qui étaient contraire à leur éthique médicale. Nous avons la responsabilité de faire en sorte que cela ne se reproduise plus".

Son collègue, Leonard Rubenstein, professeur de droit de la Santé publique à l’Université Johns-Hopkins, note par ailleurs que ces "abus sur les détenus et la participation des professionnels de santé ne sont pas derrière nous dans ce pays". Comme le souligne le rapport, le Pentagone continue de "maintenir ligotés des détenus pendant plus de deux heures et deux fois par jour" ou encore de "les nourrir de force". Ces accusations font référence à la grève de la faim lancée il y a huit mois à Guantanamo. Sur la centaine de prisonniers qui a participé à ce mouvement, une quinzaine ont été nourris par sondes naso-gastriques.

En réponse à cette étude, les autorités américaines ont estimé qu’il s’agissait d’éléments inexacts et erronés. "Il est important de souligner que la CIA n’a plus de prisonnier en détention et que le président Obama a mis fin au programme de détention et d’interrogatoire par décret en 2009", s’est défendu Dean Boyd, le directeur de la communication de la CIA.

De son côté, le Pentagone a soutenu ses médecins et assuré de leur grand "professionnalisme". Selon le porte-parole Todd Breasseale, interrogé par l’AFP, "ils travaillent dans des conditions de grand stress" et apportent "les meilleurs soins que les détenus aient jamais connus".

Première publication : 04/11/2013

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