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Asie - pacifique

En Chine, la pollution aveugle la population... et les caméras de surveillance

© AFP | "Airpocalypse" à Harbin.

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 05/11/2013

La pollution de l'air, en plus de ses désastres sur la santé, met en péril la sécurité nationale en Chine, selon les autorités du pays. Les caméras de vidéosurveillance, incapables de voir à travers le nuage de pollution, se révèlent inutiles.

Nankin, 8 millions d’habitants, capitale du Jiangsu, à l’extrême est de la Chine. Les médecins d’un hôpital de la ville viennent de diagnostiquer un cancer du poumon à une fillette de 8 ans. Une pathologie extrêmement rare chez les enfants : la moyenne d’âge des patients atteints de cette maladie est de 70 ans. L’enfant habite à proximité d’un axe routier très fréquenté. Pour les médecins, pas de doute, la pollution atmosphérique est responsable du cancer de la petite fille.

Harbin, 11 millions d’habitants. Trois jours durant, au cours de cet automne, la mégalopole chinoise, située dans le nord-est de la Chine, a été plongée dans le brouillard. Pas l’humide fog londonien qui se forme au contact de l’eau, mais une fumée dense de fines particules émises par les industries environnantes, par le chauffage domestique et par la circulation. Les écoles ont été fermées, les transports routiers bloqués, l’aéroport paralysé. Par endroits, la visibilité ne dépassait pas les trois mètres. Un phénomène rebaptisé "Airpocalypse" par les Chinois.

La sécurité nationale en péril

En Chine, les habitants suffoquent. La santé publique ne laisse évidemment pas indifférentes les autorités chinoises, qui envisagent toutes les solutions, même les plus fantasques (un aspirateur géant notamment), pour venir à bout de la pollution. Mais en ce moment, ce qui préoccupe particulièrement les dirigeants chinois, ce sont les conséquences sur la sécurité nationale : outre le fait que ces micro-particules empoisonnent l’air, elles entravent la visibilité et donc l’efficacité de la multitude de caméras de vidéosurveillance installées dans les métropoles chinoises.

Pékin, obsédée par les éventuelles atteintes à la sécurité de l’État, a investi massivement dans d’immenses réseaux de surveillance, permettant à la police d'épier à peu près toutes les grandes artères des villes du pays. Mais aussi coûteuses soient-elles, les caméras deviennent complètement inutiles dès que le "smog" envahit les mégalopoles chinoises.

Selon le "South China Morning Post", qui cite un expert en vidéosurveillance, les particules sont si nombreuses et si solides qu’elles bloquent la lumière aussi efficacement qu’un mur de briques. "À en croire notre expérience, quand la visibilité tombe en deçà de trois mètres, même la meilleure des caméras ne peut pas permettre de voir à plus d’une douzaine de mètres", assure-t-il dans les colonnes du quotidien.

Choisir entre la pollution et les radiations

Le gouvernement prend le problème très au sérieux – d’autant plus après l’attentat à la voiture de la place Tienanmen fin octobre – et a chargé une commission de scientifiques de trouver une solution d’ici quatre ans. La Fondation nationale chinoise de sciences naturelles a mobilisé deux équipes, une militaire, l’autre civile. Le défi est gigantesque.

Selon le professeur Yang Aiping, expert en images digitales et chef de l’équipe civile, les études préliminaires ont permis de déterminer que les particules du brouillard provoqué par la pollution n’avaient pas les mêmes propriétés optiques que les fines gouttelettes d’eau contenues dans le brouillard "naturel". "Nous devons réviser profondément, si ce n’est entièrement, les algorithmes de certains modèles mathématiques. Nous avons aussi besoin d’effectuer de nombreuses simulations par ordinateur et des tests sur le terrain", prévient le professeur, dasn les colonnes du "South China Morning Post".

Pour l’heure, une solution existe pour pouvoir assurer la sécurité nationale même dans le plus épais nuage de pollution : les radars. Les ondes électromagnétiques et les micro-ondes, avec l’aide d’un logociel, peuvent permettre de reproduire des images assez nettes. Mais les radiations engendrées pourraient porter atteinte à la santé publique.  En Chine, les jours de brouillard s’annoncent bien meurtriers.

Première publication : 05/11/2013

  • ENVIRONNEMENT

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