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Afrique

RD Congo : la fin du M23, un espoir de paix au Kivu ?

© AFP | Des soldats congolais, le 2 novembre 2013 à Kiwanja

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Sarah LEDUC , Jon FROSCH

Dernière modification : 07/11/2013

Le M23 a proclamé la fin de sa rébellion dans l'est de la République démocratique du Congo. Le gouvernement crie victoire. Mais le démantèlement du groupe laisse-t-il présager une pacification de la région? La prudence reste de mise.

Dix-huit mois après sa création, le mouvement du M23 a annoncé mardi 5 novembre la fin immédiate de sa rébellion dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), après avoir été chassé la veille de ses dernières positions par l’armée.

Le gouvernement congolais avait fait de cette annonce publique une condition sine qua non pour la signature d'un accord politique susceptible de mettre un terme définitif au conflit qui l’oppose au M23.
 
Vers une solution pacifique ?
 
Affirmant vouloir parvenir à cette solution pacifique, le chef de l'aile politique du M23, Bertrand Bisimwa, a demandé dans un communiqué diffusé mardi à tous les chefs militaires de la rébellion "de préparer les hommes des troupes au processus de désarmement, démobilisation et réinsertion sociale dont les modalités sont à convenir avec le gouvernement".
 
Si le principe d’un accord semble donc accepté par les deux parties, ses contours restent flous  et  la prudence de mise. Entamées le 9 décembre 2012 à Kampala, capitale ougandaise, les négociations entre le M23 et Kinshasa ont déjà échoué plusieurs fois du fait de dissensions entre les deux parties. Les rebelles réclamaient une amnistie globale pour ses éléments. Une condition que le gouvernement ne semble toujours pas prêt à accepter.
 
"Si certains membres du M23 peuvent être intégrés dans l’armée congolaise ou démobilisés, environ une centaine d'hommes risquent d’être poursuivis par la justice congolaise pour crimes de guerre. Le gouvernement a déjà publié une liste", explique Filip Reyntjens, professeur en sciences politiques spécialiste de l’Afrique, à l’université d’Anvers, interrogé par FRANCE 24. 
 
"Une demi-douzaine d’hommes, issus des postes de commandement, pourraient être poursuivis par la Cour pénale internationale", ajoute le chercheur. À l'instar de Bosco Ntaganda, ancien chef du mouvement déféré devant la CPI en mars dernier pour crimes de guerre, exactions à l'encontre des civils ou enrôlement d’enfants soldats.
 
 
Une longue histoire de défiance
 
Entre Kinshasa et le M23, la défiance est historique. La méfiance à l'égard du pouvoir est au fondement même du mouvement. En effet, le groupe est né d'une mutinerie d'anciens membres du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) - rebelles pro-tutsi qui ont sévi dans la région dans les années 2000 - contre le gouvernement.
 
Les mutins, sous l’impulsion de Bosco Ntaganda, ont invoqué le non-respect d’un accord signé le 23 mars 2009. Kinshasa s’était engagé à intégrer les combattants du CNDP dans l’armée régulière (FARDC) et à les maintenir sur leurs terres du Nord-Kivu. Un engagement qui n'a pas été entièrement respecté, selon eux, d’où la création du M23 – ou Mouvement du 23-Mars, en référence à l’accord bafoué.
 
Une issue à la guerre du Kivu ?
 
Un nouvel accord saura-t-il donc restaurer la confiance rompue entre Kinshasa et le groupe rebelle du Nord ?  Le démantèlement du M23 saura-t-il pacifier une région en conflit depuis des années ?  Les experts restent prudents.
 
Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans le nord de la RDC, voient se succéder depuis plusieurs années des cycles de violence et de conflits armés dont les luttes ethniques ne sont pas l’unique moteur. Les  richesses minières – étain, or, coltan - et les terres fertiles de cette partie de la région des Grands Lacs suscitent des convoitises, autant celles de milices que des pays voisins, comme le Rwanda et l’Ouganda, qui essayent d’y étendre leur influence.
 
Les rébellions précédent donc d'autres rébellions, soutenues par les voisins rwandais et ougandais. "Kinshasa a déjà essayé de réintégrer les milices par le passé et non seulement cela a échoué, mais cela a conduit à la création de nouveaux groupes rebelles", analyse Filip Reyntjens qui redoute la formation d’une nouvelle poche de résistance, tout en soulignant que la lutte contre les groupes armés n’est pas finie dans le Kivu.
 
"Une fois balayée la menace du M23, les autorités congolaises risquent de se frotter aux autres groupes armés qui sévissent dans la région", prévient Filip Reyntjens, évoquant notamment les FDLR, les Forces démocratiques de libération du Rwanda, qui défendent les intérêts des Hutus rwandais réfugiés en RDC.
 
La pacification de cette région si éloignée de la capitale reste donc une gageure pour Kinshasa et l’ensemble des dirigeants africains de la région.

Première publication : 05/11/2013

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