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FRANCE

Le racisme est-il devenu politiquement correct en France ?

© AFP

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 07/11/2013

Injures racistes à l'encontre de la Garde des Sceaux, multiplication de propos xénophobes sur Internet, abus de langage dans le monde politique... Les langues se délient, et certains comme Harry Roselmack crient au retour du racisme. Décryptage.

Si les violences verbales à caractère raciste sont impossibles à quantifier, les actes le sont difficilement, car ils ne débouchent pas systématiquement sur une plainte. Mais selon le dernier rapport de la CNDH, il y a eu 1539 actes à caractère raciste et antisémite et anti-musulman en 2012, soit une augmentation de 23 % par rapport à 2011.

 

"Me voilà ramené à ma condition de nègre". La phrase d'Harry Roselmack pourrait résumer sa tribune publiée mardi dans "Le Monde". Le journaliste y dénonce le retour du racisme en France, s’offusquant, pour le paraphraser, d’une "idiotie", qui jusque là, ne  "[l]’atteignait guère", mais dont ils sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à faire les frais.

Il y a dix jours, lors d’une manifestation contre le mariage pour tous, une enfant de 12 ans a secoué une banane au nez de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, en lui criant : "la guenon, mange ta banane !" Deux semaines auparavavant, Anne-Sophie Leclere, candidate FN investie dans les Ardennes, désormais suspendue, avait déclaré à la télévision qu’elle préférait voir la Garde des Sceaux "dans un arbre", plutôt qu’au gouvernement.
 
"L’habillage culturel craque"
 
Alors le racisme est-il vraiment de retour en France, comme l’écrit Roselmack ? Non, il n’a jamais disparu, martèlent les chercheurs. "Le racisme a toujours été présent dans notre société, ce qui change c’est la libération de la parole raciste", explique  Alain Jakubowicz, président de la Licra, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. "Un racisme structurel s’ajoute au racisme conjoncturel, mais le discours racialiste est resté le même. Dans le monde du football, la ‘banane’ est hebdomadaire", soupire-t-il.
 
"Le langage policé ou codé chez les élites a été remplacé par un langage de racisme direct, qui peut tomber sous le coup de la loi", abonde  Pap Ndiaye, chercheur à Sciences Po Paris. Il estime que l’on revient aujourd’hui à un "racisme biologique" par opposition au "racisme culturel", qui a fait florès dans les années 1990.
 
"Le racisme culturel a toujours eu un substrat biologique, explique Ndiaye. Simplement, la notion de 'culture' avait remplacé la 'race' dans le discours raciste, mais aujourd’hui, l’habillage culturel craque".
 
"L’identité nationale en cause"
 
En cause notamment, selon ces experts, la banalisation du discours raciste chez les élites intellectuelles, médias et politiques au premier plan. "Aujourd’hui, il est plus politiquement correcte de justifier le racisme, que de penser l’antiracisme", regrette Pap Ndiaye. "L’antiracisme serait-il devenu honteux ?" interroge de son côté dans un communiqué, Patrick Lozès, fondateur du CRAN. 
 
Selon ce dernier, la dérive remonte au débat sur l’identité nationale, lancé en 2009, à mi-mandat de la présidence Sarkozy. Depuis, les dérives des autorités politiques sont légion. Et les exemples ne manquent pas, des propos de Brice Hortefeux, alors ministre de l’Intérieur, sur les Arabes - "quand il y en a un, ça va. C’est quand il y a en a beaucoup qu’il y a des problèmes" -, aux pains au chocolat de Jean-François Copé.
 
"Quand le gouvernement a organisé ce débat sous l’égide du ministère de l’Immigration, cela a contribué à une forme d’institutionnalisation de la fameuse "identité nationale", et c’était une manière de tracer des frontières entre "nous" et "eux", explique Pap Ndiaye, ajoutant que le "tournant très droitier pris par les hautes autorités de l’État à ce moment-là a eu des effets délétères sur la société française".
 
Selon lui, la course à l’électorat FN a fait des dégâts. "Pour ne pas prendre à rebrousse poil un électoral désespéré par la crise, le calcul de la gauche est de faire silence. Celui de la droite est d’être en proximité avec ce discours", poursuit Ndiaye. Même analyse pour Alain Jakubowicz ,qui estime qu’"on a ouvert la boite de Pandore pour atteindre aujourd’hui le paroxysme de la violence verbale et physique."
 
"La poubelle du Net"
 
En cause également, Internet. Malgré la loi qui pénalise les propos diffamatoires ou insultants pouvant inciter à la haine, les propos xénophobes s’y étalent au grand jour. Sur le réseau social Twitter, il suffit de taper "#racisme", pour voir se déchaîner autant de défenseurs de la diversité et des valeurs républicaines  que d’offusqués du "racisme anti-blanc", de pourfendeurs du multiculturalisme ou d’auto-proclamés gardiens de la nation, blanche et chrétienne, cela va sans dire.
 
"Le discours s’est démultiplié sur cette grande poubelle du Net", dénonce Alain Jakubowicz. "Internet favorise l’expression d’un racisme anonyme", abonde Pap Ndiaye. "C’est le paradis des lâches, on se cache derrière un pseudonyme, et on peut dire ce qu’on veut sans risque d’être inquiété par la loi […]. Internet est une zone de hors droit."
 
Si la loi s’applique à la Toile, la longueur et le coût des procédures rendent difficile la pénalisation systématique de propos diffamatoires, d’où une "impression d’impunité" dénoncée par Pap Ndiaye.
 
Une société en proie à des tensions internes
 
Pour autant, la libération de la parole ne concerne qu’une minorité. D’après le dernier rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme [CNDH], 60 % des Français souhaitent une lutte plus vigoureuse contre le racisme. Le rapport montre en outre que le sentiment d'égalité entre les races reste largement majoritaire.
 
Patrick Lozès réfute également l'idée d'une France raciste. "Confrontée à la montés des périls haineux, la France a toujours su se hisser à la hauteur de son rêve républicain", écrit le fondateur du CRAN. 
 
"La société française est prise dans ses contradictions et tensions internes : tandis que la parole se libère, la France n’a jamais été aussi pluriculturelle, métissée, ouverte sur le monde", conclue Ndiaye, estimant qu'il est urgent de repenser une "dialectique entre unité et différence. Penser une unité qui ne soit pas uniformité."

 

Première publication : 06/11/2013

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