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Economie

Twitter fait son premier gazouilli en bourse

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 07/11/2013

Le célèbre réseau de microblogging fait son entrée en bourse jeudi avec l’objectif de lever près de 2 milliards d’euros. Twitter vise haut alors même que le groupe ne génère encore aucun profit. Symptôme d’une bulle en devenir ?

C’est la plus importante introduction en bourse de la galaxie internet depuis Facebook en mai 2012. Twitter, le célèbre réseau de microblogging aux 230 millions d’utilisateurs, fait, jeudi 7 novembre, ses premiers pas au New York Stock Exchange.

Le site fondé en 2007 compte mettre 70 millions d’actions en vente à un prix de 27 dollars. C’est plus que les 25 dollars que Twitter avait retenus il y a deux jours, et bien au delà des 20 dollars que la société californienne avait envisagés il y a un mois. La demande était visiblement au rendez-vous. Avec ce nouveau prix, Twitter peut espérer lever 1,8 milliard de dollars (1,3 milliard d’euros) et viser une capitalisation boursière de 14,1 milliards de dollars (10 milliards d’euros) au maximum.

Sur le papier, cette opération boursière est encore plus chère que celle de Facebook. Si Twitter atteint une valorisation de 14,1 milliards de dollars, cela correspondrait à plus de 14 fois son chiffre d’affaires anticipé pour 2014 (un milliard de dollars), contre "seulement" 12 fois pour Facebook ou LinkedIn au moment de leur entrée en bourse.

Un objectif osé qui, pour beaucoup, fleure bon la bulle internet. "Les marchés ont remplacé les dot-com par le concept de média social + mobile", souligne à Bloomberg Ian D’Souza, un professeur de finance comportementale à l’Université de New York qui craint une redite de la débacle boursière du tournant du XXIe siècle. Comment, en effet, expliquer l’emballement pour une société qui six ans après son premier gazouilli ne dégage toujours pas de bénéfice ? Pourquoi miser autant sur un service qui compte cinq fois moins d’utilisateurs que Facebook ? En ce sens, l’effervescence de l’introduction en 2012 du réseau social fondé par Mark Zuckerberg était davantage justifiée : avec son milliard d’utilisateurs Facebook était déjà, à l’époque, rentable.

Objectif 40 dollars ?

Mais, pour d’autres, le jeu des comparaisons entre les deux services n’a pas beaucoup de sens. “Facebook était une société déjà mature qui avait su rentabiliser sa base d’utilisateurs tandis que Twitter est actuellement dans une phase d’accélération de croissance et a besoin de financement pour continuer à se développer afin d’aller chercher les profits”, souligne à France 24 Cédric Chaboud, gérant de la Société privée de gestion de patrimoines (SPGP) en charge des investissements du fonds Skylar Origin, spécialisé dans les introductions en bourse.

Il récuse aussi le parallèle avec la précédente bulle internet. “A l’époque tout le monde, grand groupes industriels compris, investissait dans du vent, du moment qu’il était question d’Internet”, rappelle Cédric Chaboud. Lorsque ces étoiles filantes du Net ont explosé en plein vol, le choc s’est alors propagé à tous les niveaux de l’économie. “Cette fois-ci, ce sont essentiellement des fonds d’investissement spécialisés dans les nouvelles technologies qui interviennent”, souligne-t-il.

Et puis, dans le cas de Twitter, le potentiel de croissance justifie, aux yeux de ce spécialiste, le prix relativement élevé de l’action. “Les investisseurs paient aujourd’hui une partie de ce que Twitter sera dans quatre ou cinq ans”, affirme-t-il. Cédric Chaboud pense que dans un “scénario optimiste” où le groupe continue d'améliorer ses résultats avec pour objectif une rentabilité à l’horizon 2015, l’action pourrait rapidement monter à 40 dollars.

Ralentissement de la hausse des utilisateurs

Même dans le meilleur des cas, l’aventure boursière pour en arriver là ne sera sûrement pas un long fleuve tranquille. “Il va déjà y avoir un premier mois très volatile où certains vont probablement perdre beaucoup d’argent”, prévoit Cédric Chaboud. La faute à ceux qui, attirés par une valeur prestigieuse, investiront avant tout pour détenir un bout de la marque. Une irrationnalité entretenue aussi par l’interdiction faite aux analystes d’émettre le moindre avis sur l’action Twitter pendant 30 jours.

Ensuite, c’est la grande inconnue : Twitter va-t-il réussir à trouver la formule magique pour transformer tous ces messages de 140 caractères en profit ? Une chose est sûre : “le potentiel de croissance du nombre d’utilisateurs est plus limité pour Twitter que Facebook”, affirme Cédric Chaboud. L’augmentation du nombre d’abonnés a d’ailleurs déjà commencé à ralentir ces derniers mois. Le service de microblogging n’aura probablement jamais un milliard de cerveaux disponibles à apporter sur un plateau aux publicitaires.

Il lui faudra donc trouver un autre moyen pour faire fructifier ce petit e-empire. À en croire les récents changements sur Twitter - partenariats avec des chaînes de télévision aux États-Unis et meilleure visibilité des vidéos dans les fils de tweets -, le réseau social pourrait chercher à se faire de l’argent sur le dos des vidéos. Quelque soit la manière dont il compte augmenter ses revenus, il y a de fortes chances que cela se traduise par des changements pour les utilisateurs.
 

Première publication : 07/11/2013

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