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Culture

Fermeture de la manufacture Pleyel : "la mort d'un symbole"

© AFP

Vidéo par FRANCE 3

Texte par Joseph BAMAT

Dernière modification : 13/11/2013

Deux cent ans après sa création, l'illustre manufacture des pianos Pleyel fermera ses portes à Saint-Denis, près de Paris. La marque préférée de Chopin n'a pas su résister à la concurrence étrangère, notamment asiatique.

C’est un Requiem qui résonne pour les pianos Pleyel. La marque française de pianos la plus prestigieuse au monde arrêtera sa production d’ici la fin de l’année. Fondée en 1807 et rendue célèbre par les compositeurs Chopin, Franz Liszt, Claude Debussy ou encore Maurice Ravel, la société cesse l'activité de sa manufacture en banlieue parisienne.

"L'entreprise Pleyel confirme la fermeture de l'atelier de production de Saint-Denis, qui emploie 14 salariés, compte tenu de la situation de pertes récurrentes, et du très faible niveau d'activité", a annoncé, mardi 16 novembre, le président de la manufacture, Bernard Roques, dans un communiqué.

"Une première solution permettant d'assurer la poursuite d'une certaine partie de la production n'a pas abouti. Compte tenu du niveau des stocks des produits finis, le maintien de l'activité commerciale est assuré. Des solutions alternatives seront recherchées", a-t-il ajouté.

La disparition de cette marque, considérée comme "la Ferrari du piano", et si emblématique du savoir-faire français, a déclenché une vague de stupeur au sein des amateurs de musique classique, et dans les médias nationaux.

"Bien entendu, j’ai eu un pincement au cœur en apprenant cette nouvelle", a ainsi confié à FRANCE 24, Jean-Jacques Trinques, auteur d’un livre sur l’histoire des pianos Pleyel. "Il n’y avait plus de grande usine depuis des années, mais cela est triste, car c’est la mort d’un symbole", ajoute ce spécialiste, dont le grand-père était apprenti aux ateliers Pleyel à Saint-Denis dans les années 1920, quand le site s'étendait alors sur 50 000 m2.

Un long déclin

L’annonce de la fermeture de la manufacture est le dernier et triste chapitre d’un long déclin. La société Pleyel avait déjà connu une chute brutale au début des années 1930, après la crise de 1929. L’entreprise avait ensuite été ressuscitée par des investisseurs, qui d’après Jean-Jacques Trinques, étaient plus intéressés par les retombées financières de la marque,  que par les avancées techniques en matière d’instruments.

Au cours des années 1960, ce fleuron musical français est passé entre plusieurs mains. La production avait été délocalisée en Allemagne, puis rapatriée dans le sud de la France à Alès, dans le Gard, dans les années 1990. En 2000, c’est finalement l’entrepreneur français, Hubert Martigny, qui a racheté la marque avec l’espoir de lui faire retrouver sa grandeur d’antan. Mais la compétition féroce venue du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud a rendu difficile ce sauvetage. Alors que les pianos asiatiques sont produits à la chaîne, la fabrication d’un instrument Pleyel nécessite 5 000 pièces, près de 1 000 heures et travail et 20 artisans différents.

Face à cette concurrence, lors de la réimplantation du groupe en 2007 à Saint-Denis, Hubert Martigny a décidé de se concentrer sur quelques rééditions, et sur des pianos personnalisés pour une clientèle très sélecte. "Martigny a juste voulu se faire plaisir avec cette affaire", estime Jean-Jacques Trinques. Mais la production, limitée à une vingtaine de pianos annuels, ne s'est pas révélée suffisante. L’homme d’affaires a finalement jeté l’éponge en début d’année, en cédant son projet fétiche à l’investisseur Didier Calmels, qui a lui-même mis un terme à la production.

Reportage dans les ateliers Pleyel

Manufacture Pleyel: visite à l'Atelier 1 par beethovenof

Quel futur pour Pleyel ?

Malgré cette fermeture, l’héritage de la société Pleyel, auquel l’État avait attribué le label "Entreprise du patrimoine vivant", n’est pas près de tomber dans l’oubli. À Paris, son nom est associé à une célèbre salle de concert, ainsi qu’à une station de métro.

La marque est également indissociable du compositeur Chopin, qui chérissait ses pianos au point de ne jouer qu'exclusivement sur l’un de ces instruments, et dans la salle Pleyel, lors de ses passages à Paris. En retour, il avait toujours à sa disposition, et grâcieusement, ces pianos français.

Passionné par ce savoir faire, Jean-Jacques Trinques veut croire en un possible retour de la marque Pleyel dans le futur. "J’espère que ces pianos seront construits, un jour, de nouveau en France", déclare-t-il, tout en ajoutant craindre une réapparition des pianos Pleyel, "mais avec un Made in China" gravé sur le côté.

Première publication : 13/11/2013

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