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Amériques

Les étudiants chiliens portent le combat de la rue au Congrès

© Twitter | Camila Vallejo, élue députée dimanche.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 18/11/2013

Quatre ex-leaders de la contestation étudiante de 2011, qui réclamaient une éducation gratuite, ont été élus députés lors des élections législatives de dimanche. Leur objectif : lutter contre le système depuis l'intérieur.

Ce sont les grands vainqueurs des élections chiliennes du 17 novembre : Camila Vallejo, Karol CariolaGiorgio Jackson et Gabriel Boric. Si Michelle Bachelet n'a pas remporté l'élection présidentielle dès le premier tour, ces quatre anciens leaders de la contestation étudiante ont été élus députés lors des élections législatives du même jour. 

Tous les quatre avaient beaucoup fait parler d'eux du temps de la contestation étudiante au Chili, qui a dénoncé sans relâche un système éducatif à deux vitesses, public-privé. Depuis la chute de la dictature (1973-1990), le pays n'avait pas connu un mouvement semblable, avec plus de 40 manifestations depuis 2011.

En entrant à la chambre basse du Congrès en mars prochain, les jeunes députés entendent lutter contre le système de l'intérieur. Figure de proue de la contestation étudiante, Camila Vallejo a remporté un siège au Congrès avec 43 % des votes dans la circonscription populaire de La Florida, dans la banlieue de Santiago où elle est née. Cette militante communiste de 25 ans, ancienne présidente de la Fédération étudiante de l'université du Chili en 2011 (FRCh), s'est présentée sous les couleurs de la Nouvelle majorité de Michelle Bachelet, qui a repris la gratuité dans l'éducation comme thème de campagne pour la présidentielle.

Nouvelle génération politique

Sa camarade de lutte, l'ancienne présidente de la fédération étudiante de l'Université de la ville de Concepcion (FEC), Karol Cariola, a également remporté un siège avec 38 % des suffrages. Militante du Parti communiste, elle était candidate dans la 19e circonscription, étiquettée en tant qu'Indépendante affiliée à la Nouvelle majorité.

La plus belle performance revient à l'ancien président de la Fédération étudiante de l'université catholique (FEUC), Giorgio Jackson, jeune de 26 ans, qui a récolté 46 % des suffrages dans la 22e circonscription de Santiago. Son parti indépendant, Révolution démocratique, a reçu le soutien implicite de la coalition de centre-gauche de la Nouvelle majorité de Michelle Bachelet, qui n'avait pas présenté de candidat face à lui. 

Dernière figure du mouvement étudiant qui a réussi à faire son entrée à la chambre basse du Congrès : Gabriel Boric, ancien président de la FECh en 2012 et aujourd'hui député sans étiquette, élu avec 26 % des voix dans la 60e circonscription de la capitale.

Leur entrée au Congrès marque incontestablement le changement de génération au sein de la classe politique du pays. Les résultats de la présidentielle en attestent également puisque l’ex-socialiste Marco Enríquez-Ominami, qui a également fait partie du mouvement étudiant, est arrivé en troisième position (10,93 %), juste devant l’outsider, l’économiste et entrepreneur Franco Parisi (10,13 %). 

Leur combat, qui ne se joue plus dans la rue mais au Congrès, continue sans relâche. "L'éducation a été mon leitmotiv pour pouvoir entrer au Parlement, mais nous avons avancé et il y a d'autres dossiers, les retraites, la santé, l'environnement, qui traversent la même crise que l'éducation", a commenté Camila Vallejo. De son côté, Giorgio Jackson affirmait pendant la campagne ne pas vouloir "être spectateur, mais acteur, et être acteur c'est assumer des responsabilités et pouvoir agir".

Trahison

Leur nouveau terrain politique est toutefois mal perçu chez certains étudiants, qui y voit une trahison. C'est notamment le cas de Melissa Sepulveda, qui a succédé à Camila Vallejo à la présidence de la FECh. Avant le scrutin, elle a affirmé à la radio chilienne ne voter "ni pour Giorgio Jackson ni pour Camila Vallejo", et a assuré que "la possibilité du changement ne se trouve pas au Congrès".

Pour cause, Camila Vallejo qui avait assuré en janvier 2012 que "jamais elle ne serait disposée à faire campagne pour Michelle Bachelet ni à appeler la jeunesse à voter pour elle", a fini par se rallier à la candidate socialiste, quasiment assurée d'être réélue présidente après un premier mandat (2006-2010).

La nouvelle députée, qualifiée par le "New York Times" de "révolutionnaire la plus glamour de la planète" se défend : C'est "une décision politique que nous assumons pour pouvoir rendre viables les demandes de la rue dans un futur gouvernement", a-t-elle assuré. 

Avec dépêches AFP

Première publication : 18/11/2013

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