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Economie

Le Sénat américain redore le blason du bitcoin

© Francesco De Comite

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 22/11/2013

La monnaie électronique décentralisée a atteint un nouveau record lundi, puisque le bitcoin s’échangeait à près de 700 dollars. Une conséquence de la reconnaissance officielle par les autorités américaines du potentiel du bitcoin.

Ils étaient tous là. Les représentants de la Réserve fédérale américaine, des services secrets, du ministère de la Justice et plus largement du monde politique. Une réunion des grands décideurs américains, lundi 18 novembre, qui avait pour vocation d’évoquer, pour la première fois, la monnaie électronique et décentralisée bitcoin lors d’une audition au Sénat. Conclusion de plus de trois heures de débats : ce mode de transaction électronique “peut à long terme être prometteur, en particulier si les innovations permettent de mettre en place des moyens de paiement plus rapides, efficaces et sûrs”, a estimé Ben Bernanke, le patron de la Fed.

Cette reconnaissance officielle du potentiel de cette jeune monnaie décentralisée, née en 2009, représente une petite révolution. Jusqu’à présent, les bitcoins étaient davantage associés, dans l’esprit du grand public comme des autorités, au milieu du crime organisé. Le bitcoin n’était-il pas utilisé pour payer les achats de drogue, sur le controversé site de vente en ligne de stupéfiants Silk Road, par le FBI en octobre ? En avril 2012, un rapport du FBI mettait également en garde contre une monnaie "n’est soumise à aucune autorité centrale de supervision et [qui peut] logiquement attirer les terroristes, trafiquants en tout genre et autres criminels”.

De 12 dollars à 700 dollars

L’époque de la chasse aux bitcoins, assimilés à une grande lessiveuse d’argent sale, semble donc, aux États-Unis, révolue. Tous les responsables présents lors de cette réunion ont souligné “qu’à leurs débuts, des systèmes de paiement en ligne bien établis comme PayPal ont également été associés à l’argent du crime”, rapporte le "New York Times". “Ce qu’il faut retenir de cette audition, c’est que le régulateur américain voit dorénavant bitcoin comme une innovation majeure dont il faut accompagner le développement”, se félicite Gonzague Grandval, président et fondateur de Paymium, une société française qui gère Bitcoin-central, l’une des principales bourses européennes où s’échange des bitcoins.

Conséquence la plus visible de cette nouvelle bienveillance des autorités américaines : la valeur du bitcoin a atteint des nouveaux sommets. Il fallait, pendant près d’une heure lundi, dépenser 900 dollars pour se procurer un bitcoin sur Mt. Gox, la plus importante plateforme d’échanges de bitcoins au monde. Le cours est, ensuite, redescendu à un peu moins de 700 dollars. C’est trois fois plus qu’il y a à peine dix jours. La progression par rapport à la fin 2012 est encore plus impressionnante puisqu’un bitcoin ne valait que 12 dollars il y a un an. Mais cette hausse n’est pas linéaire, et régulièrement le cours connaît de mini-crash comme en avril 2013 lorsque la valeur de cette monnaie électronique avait perdu 60 % en cinq jours.

Un distributeur de bitcoins au Canada

Une forte volatilité qui constitue l’un des principaux obstacles à une plus large adoption du bitcoin. “C’est sûr qu’il faut bien s’informer avant d’acheter un bitcoin”, reconnaît Gonzague Grandval. En Chine, “les bitcoins sont perçus comme d’autres valeurs telles que les actions ou les obligations”, explique au site spécialisé dans les nouvelles technologies TechCrunch, Bobby Lee, le PDG de la bourse d’échange BTC China. Une manière de dire que l’activité y est surtout spéculative.

Mais pour Gonzague Grandval, l’essentiel est ailleurs. Pour lui, le bitcoin n’est pas qu’une monnaie d’échange, mais aussi un mode de transaction décentralisée appelé à simplifier les échanges. Il élimine, en effet, les intermédiaires comme les banques centrales ou les géants des cartes de crédit comme Visa ou Mastercard. Ce qui lui manquerait, c’est la confiance du grand public dans cette économie.

Pour l’heure, les incursions de ce moyen de paiement dans l’économie réelle commencent à peine à se concrétiser. Un vendeur de sandwichs à Chicago accepte, ainsi, les paiements dans cette monnaie et une trentaine de bars ou restaurants à Berlin servent les clients qui ne veulent payer qu’en bitcoin. Pour Gonzague Grandval, des événements comme l’audition au Sénat américain “peuvent contribuer à l’améliorer aux yeux des marchands et consommateurs”. De quoi donner des idées comme celle du premier “distributeur-convertisseur” de bitcoins installé au Canada ? “D’autres devraient arriver notamment en France”, promet Gonzague Grandval. Mais ces distributeurs, forcément gérés par des sociétés, ne pervertissent-ils pas ce système en introduisant de nouveaux intermédaires ?

Photo : Francesco De Comite/Flickr

Première publication : 19/11/2013

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