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Culture

La mort de JFK : 26 secondes qui ont bouleversé le cinéma américain

© DR | Image extraite du film amateur d'Abraham Zapruder

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 22/11/2013

Peu après le 22 novembre 1963, l'Amérique découvrait les images de l’assassinat de Kennedy issues d'un film amateur de 26 secondes. Un document qui, selon l’historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret, a profondément marqué le septième art américain.

Il s’agit du film amateur le plus célèbre au monde. Vingt-six secondes de pellicule qui captent sur le vif l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas, dont les États-Unis commémorent, ce 22 novembre, le 50e anniversaire. Jamais dans l’Histoire, un fait de cette dimension n’avait été saisi de la sorte, offrant ainsi à quiconque la possibilité de revivre sans fin, dans une fascination quasi-morbide, cet événement qui traumatisa profondément l’Amérique.

Lorsque, en ce 22 novembre 1963, Abraham Zapruder, tailleur de profession, utilise pour la première fois sa caméra 8 mm, il est très loin de se douter que son film amateur s’inscrira à jamais dans la mémoire collective. Pour Jean-Baptiste Thoret, enseignant et historien du cinéma, auteur de "26 secondes, l’Amérique éclaboussée" (éd. Rouge profond, 2003), ce document maintes fois vu constitue "l’un des moments fondateurs de l’histoire des images du XXe siècle". Un film "matrice" qui bouleversera les codes du cinéma hollywoodien.


Le cinéma gore réaliste

Jugée trop violente, la diapositive 313 tirée du film d'Abraham Zapruder resta longtemps inédite. Une censure qui a alimenté les thèses conspirationnistes. © DR

Sur les 477 photogrammes que comporte la pellicule d’Abraham Zapruder, le 313e demeure le plus controversé. Parce qu’il correspond au moment où la deuxième balle traverse la tête de JFK, le cliché fut longtemps censuré pour son caractère violent. L’auteur de la vidéo demanda lui-même à ce que le magazine "Life", à qui il vendit son "reportage", ne la publie pas. Le grand public aura finalement attendu 12 ans avant que le film ne soit pour la première fois montré dans son intégralité.

Mais le traumatisme avait déjà opéré. Dans ce qui peut s’apparenter à un exercice cathartique, plusieurs cinéastes avaient déjà intégré l’esthétique de l’image manquante. Dès 1967, comme le rappelle Jean-Baptiste Thoret, "Bonnie and Clyde" d’Arthur Penn, qui fut conseiller technique de JFK, s’achève sur un bout de crâne jaillissant de la tête de Warren Beatty. Quelques années plus tard, Michael Cimino dans "Voyage au bout de l’enfer" met en scène, sans rien dissimuler, les séances de roulettes russes auxquelles s’adonnent des prisonniers américains au Viet Nam. Parallèlement, tout un genre de cinéma d’horreur dit réaliste reproduisait de sanglantes explosions de têtes, dont l’assassinat de Kennedy "fut l’incontestable source", écrit l’historien.

La figure du tueur isolé

Il n’apparaît pas sur le film de Zapruder, mais son ombre va planer sur tout un pan du cinéma américain. Lee Harvey Oswald, le principal suspect de l’attentat contre JFK, a longtemps nourri la peur collective du tireur fou embusqué au dernier étage d’un immeuble. Nouvelle figure de la terreur, le sniper solitaire et implacable fait son apparition dans plusieurs films policiers à la violence crue.

Dans "L’Inspecteur Harry" de Don Siegel (1971), Clint Eastwood traque un dénommé Scorpion qui abat des innocents depuis les toits de San Francisco. Dans "La Théorie des dominos" de Stanley Kramer (1977), Gene Hackman se voit contraint de jouer le tireur d’élite pour le compte d’une organisation criminelle. Bien plus tard, Clint Eastwood, encore lui, essaiera dans le thriller "Dans la ligne de mire" de Wolfgang Petersen (1993) de déjouer les plans d’un tueur souhaitant éliminer le président américain…

Le document amateur révélateur de secrets

Aucun film dans l’histoire du cinéma, à en croire Jean-Baptiste Thoret, n’a été autant décortiqué que celui du tailleur de Dallas. Nombre de journalistes, d’historiens et de conspirationnistes ont analysé, image par image, le film d’Abraham Zapruder "censé détenir la vérité".

Une "investigation esthétique" que le cinéma américain va reproduire dans des longs-métrages où le document amateur, filmé ou simplement sonore, joue un rôle déterminant dans l’enquête. Ainsi dans "Blow Out" de Brian De Palma (1981), un ingénieur du son, interprété par John Travolta, croit déceler dans une bande audio un coup de feu qui discréditerait la thèse de la mort par accident d’un politicien en vue.

De même dans "Conversation secrète" (1974), Francis Ford Coppola met en scène un expert en filature que les conciliabules d’un couple enregistrées à la sauvette met sur la piste d’un meurtre.

Le cinéma paranoïaque

Loin de faire éclater la vérité, les 26 secondes de Zapruder, analyse Jean-Baptiste Thoret, ont plutôt donné lieu à un "délire interprétatif" qui "ont fait sombrer le pays dans le fantasme d’une conspiration aux ramifications invisibles". Depuis, on ne compte plus le nombre de films ayant le complot pour trame de fond. De "À cause d’un assassinat" (1974) à "Jeux de pouvoir" (2009) en passant par "Les Trois jours du Condor" (1975) ou encore "Ennemi d’État" (1998), les grandes machinations inondent un cinéma américain contemporain qu’on croirait atteint de paranoïa chronique.

Il y a peu cependant, le film "Parkland" de Peter Landesman revenait sur l’assassinat du président Kennedy en se tenant aux faits accrédités par la version officielle. Comme une anti-thèse au "JFK" d’Oliver Stone qui, en 1991, réanimait les doutes concernant la culpabilité du seul Lee Harvey Oswald.

De guerre lasse, les tenants de la conspiration semblent s’être essoufflés. À moins qu’ils se soient trouvé une nouvelle cause : la contestation de la version officielle des attentats du 11-Septembre, l’autre grand traumatisme américain dont les images ont été rejouées en boucle.
 

Première publication : 21/11/2013

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