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Asie - pacifique

Iran : les constructeurs automobiles français veulent passer la seconde

© AFP

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 26/11/2013

Très présents en Iran avant le durcissement de l’embargo, les constructeurs automobiles français rêvent de réinvestir le marché iranien avec l'allègement programmé des sanctions. Mais ils pourraient être doublés par les marques américaines.

La perspective de l’allègement des sanctions contre Téhéran, décidé après l’accord signé à Genève le 24 novembre, a de quoi considérablement soulager les Iraniens. Même si, comme aime à le préciser le ministre français des Affaire étrangères Laurent Fabius, ces allègements sont "limités, ciblés et réversibles". Car la levée des restrictions concerne précisément deux secteurs clé de l’économie iranienne : le pétrole, mais aussi l’automobile.

La France lorgne avec insistance ce dernier secteur, dans lequel elle était particulièrement bien implantée avant les embargos occidentaux. Jusqu’à 2005, Paris était un partenaire privilégié de Téhéran, mais les sanctions imposées à l’Iran ont mis à mal les échanges commerciaux entre les deux pays. Entre 2005 et 2013, les exportations françaises vers l’Iran sont ainsi passées de 2 milliards d’euros à 800 millions d’euros, accusant une perte de plus de 70%. Le secteur automobile français a été l’une des premières victimes de ces sanctions.

Les constructeurs français sous pression américaine

En 2012, PSA Peugeot Citroën, qui vendait annuellement plus de 400 000 véhicules en kit en Iran – son deuxième marché après la France – a quitté le territoire iranien, alors que l’entreprise était présente dans le pays depuis l’époque du Shah. Le constructeur fournissait des pièces détachées à son partenaire Iran Khodro (créateur de la mythique Paykan), qui s’occupait d’assembler des Peugeot 405 et 206.

La marque au lion a justifié son départ d’Iran par les difficultés à rapatrier en France les bénéfices engrangés dans le pays, après l’inscription sur la liste noire américaine, en janvier 2012, de la banque iranienne choisie par le constructeur. En réalité, nombre d’experts suspectent des pressions exercées sur le groupe français par l’américain General Motors (GM), proche du lobby  "United Against Nuclear Iran", qui détient 7 % du capital de PSA Peugeot-Citroën depuis février 2012.

Renault, l’autre grand constructeur français, n’a pas non plus été épargné par la mise au ban de l’Iran. En juin 2013, Washington a adopté un nouveau train de sanctions, prévoyant de punir toute personne étrangère faisant commerce de pièces détachées au secteur automobile iranien. Renault, qui ne travaillait pas directement en Iran mais chargeait deux marques locales d’assembler ses véhicules, a suspendu toutes ses activités en Iran, afin de ne pas se voir privé de commerce avec les États-Unis.

Nouvelles perspectives françaises en Iran

La levée temporaire des sanctions devrait donc être synonyme de bonne nouvelle pour les constructeurs français. Renault, malgré quelques réserves, s’est montré enthousiaste : "Si les sanctions sont levées, notre activité actuellement au ralenti pourrait reprendre à un rythme normal", a déclaré une porte-parole du groupe, interrogée par l’AFP. Du côté de Peugeot, en revanche, les réactions sont restées pour le moins modérées : "Le groupe suit avec attention l’évolution de la situation concernant l’Iran, mais l’heure n’est pas à la reprise de nos activités".

Les perspectives des constructeurs français en Iran risquent en effet de n’être pas aussi intéressantes qu’auparavant. Sentant le vent tourner, des entreprises américaines se sont empressées d’envoyer des commerciaux sonder le marché iranien. Ainsi, depuis plusieurs mois, General Motors (celui-là même qui aurait, selon certains experts, contraint Peugeot à quitter l’Iran) courtiserait activement la filière automobile du pays, et notamment… Iran Khodro.

General Motors tente sa chance

"Pour sensibiliser les Iraniens à son retour, la multinationale de Detroit s'est même offert une campagne de publicité l'an dernier dans plusieurs journaux iraniens, via un grand cabinet d'avocats internationaux", assurait le journaliste Georges Malbrunot dans un article publié le 4 octobre dernier dans "Le Figaro". Depuis, General Motors est même allé jusqu'à exporter cet été en Iran des modèles Camaro, via l'Azerbaïdjan". Cette démarche ne contrevient pas à la sanction américaine de juin 2013 qui ne vise que les pièces détachées, pas les véhicules entiers, précise le journaliste.

De là à imaginer que les sanctions contre l’Iran visaient en réalité l’industrie automobile française pour permettre aux constructeurs américains de s’y implanter sereinement, il n’y a qu’un pas, que nombres d’analystes franchissent allègrement. Michel Makinsky est l’un d’eux. Ce politologue spécialiste de l’Iran et de l’Islam publiait début juillet dans Le Monde une tribune, dans laquelle il pointait du doigt la sanction américaine de juin dernier. "La France est le principal acteur de ce marché et c'est elle qui est en réalité ciblée". Washington s’est employé à purger le marché iranien en vue de s'y implanter en cas d'accord avec Téhéran, poursuit le politologue.

Si rien ne prouve ces allégations, l’allègement des sanctions pourrait se révéler très fructueux pour les États-Unis, qui pourraient reprendre rapidement leurs échanges commerciaux avec leur meilleur ennemi. "Les choses pourraient aller vite, avec, à court terme, l’ouverture d’une chambre de commerce américano-iranienne à Téhéran, par un iranien longtemps exilé aux États-Unis", assure Georges Malbrunot sur son blog en date du 21 novembre dernier.

Première publication : 25/11/2013

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