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Economie

Un patron suisse pourra continuer à gagner 250 fois plus que ses salariés

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 25/11/2013

Les Suisses ont voté contre une initiative pour plafonner la rémunération des patrons à un maximum de 12 fois le salaire le plus bas dans leur entreprise. Les écarts de revenus, en Suisse, sont pourtant parmi les plus importants au monde.

Les Suisses ne veulent pas interdire aux patrons suisses de gagner plus de 12 fois le salaire le moins élevé de leur entreprise. L’initiative baptisée “1:12” a, en effet, été rejetée par 65% des votants lors d’un référendum, dimanche 24 novembre en Suisse.

Cette proposition, soumise au vote par les Jeunes socialistes, a fait grand bruit dans le pays où le secteur financier est roi et où le niveau de rémunération des dirigeants est très élev.

Les Jeunes socialistes espéraient pouvoir capitaliser sur un fort ressentiment des Suisses à l’égard des largesses financières que s’accordent certains dirigeants de grands groupes. En février 2013, Daniel Vasella, l’ancien PDG du géant pharmaceutique suisse Novartis, avait dû renoncer, face à la grogne populaire, à une compensation de 75 millions d’euros pour ne pas divulguer à la concurrence les secrets de son groupe. En mars, les Suisses avaient voté à 67% en faveur d’une autre initiative interdisant les parachutes dorés des patrons.

Mais cette fois-ci, une vaste campagne, organisée par le milieu des affaires, a eu raison de la controversée initiative "1:12". Pour ses détracteurs, le plafonnement des rémunérations patronales était fiscalement injuste pour tout le monde. “Les 2% les mieux payés de Suisse fournissent 47% des revenus fiscaux [du pays]”, écrit Christian Keuschnigg, auteur d’une étude sur la question pour l’Université de Saint-Gall, commandée par une association d’entrepreneurs suisses.

Pour autant, la question des salaires ne va pas disparaître du débat suisse de si tôt. Le prochain débat devrait tourner, en 2014, autour de l’instauration d’un salaire minimum que l'Union des syndicats suisse veut établir à 3250 euros brut. Une autre manière de combattre les inégalités de rémunérations qui ont explosé en Suisse comme ailleurs. Illustration.

Des écarts salariaux impressionnants : L’AFL-CIO, un syndicat américain de travailleurs, s’est livré en avril 2013 au jeu de la comparaison internationale du ratio entre la rémunération des patrons et la moyenne des salaires des employés. Dans ce classement, la Suisse arrive en troisième position, derrière les États-Unis et le Canada. En moyenne, un dirigeant helvète gagnait, en 2012, 148 fois plus que son employé lambda. En France, cette différence n’est “que” de 108 fois.

Un chiffre d’autant plus impressionnant qu’il n’était que de 50 en Suisse il y a une dizaine d’années. La crise financière n’a donc pas franchement ralenti la progression des rémunérations des PDG helvètes sur cette période.

Des patrons suisses bien lotis. La rémunération moyenne des PDG d’entreprises suisses du SMI (l’équivalent du CAC40) est de 4,71 millions d’euros par an, d’après une étude de 2012 du cabinet américain de conseil PwC. C’est encore loin des 9 millions d’euros pour les patrons américains. Mais, c’est mieux qu’en France, où les dirigeants d’entreprises du CAC40 gagnent en moyenne 3,96 millions d’euros.

Les Suisses font encore plus fort si on s’intéresse à l’ensemble des patrons d’entreprises de plus de 2000 salariés. Dans ce cas de figure, les patrons helvètes sont même les mieux lotis au monde (devant les États-Unis et le Royaume-Uni) avec une rémunération moyenne annuelle de 495 500 euros en 2012, d’après le cabinet d’études Pedersen & Partners.

Des cas particuliers très particuliers. Derrière ces moyennes, il y a aussi des grands fauves économiques particulièrement généreux avec leurs dirigeants. Deux patrons suisses sont ainsi dans le top 5 des dirigeants européens les mieux payés en 2012. Severin Schwan, PDG du groupe pharmaceutique Roche, pointe à la 4e position (11,53 millions d’euros) juste devant Joseph Jimenez (10,73 millions d’euros), directeur général de Novartis.

Même constat pour les écarts de rémunération entre le haut et le bas de l’échelle. Chez Roche, Severin Schwan gagne 250 fois plus que le plus bas salaire au sein du groupe pharmaceutique. Idem chez Nestlé, ABB (géant de l’énergie) et Novartis, où les PDG touchent plus de 200 fois ce que gagne les employés tout en bas de la grille salariale. Heureusement, il a y COOP. Joos Sutter, le dirigeant de la chaîne suisse de supermarché, perçoit 12 fois le salaire le plus faible de son groupe. Pile ce que demandaient les Jeunes socialistes suisses.

Première publication : 25/11/2013

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