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Amériques

La NSA accusée d’espionner les pratiques pornographiques de prédicateurs musulmans

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 28/11/2013

Films pornographiques, messageries coquines, sites de rencontres… Une enquête du Huffington Post accuse l’agence américaine d’espionner le comportement sur Internet de ses cibles pour pouvoir ensuite les discréditer publiquement.

Malgré sa récente démission du quotidien britannique “The Guardian”, Glenn Greenwald a encore frappé. Dans un article pour le Huffington Post rédigé à six mains, le journaliste - auteur des articles à l’origine du scandale Prism de juin 2013 - révèle, mardi 26 novembre, de nouvelles informations préjudiciables sur l’Agence nationale de sécurité américaine (NSA).

Selon un document datant du 3 octobre 2012 que s’est procuré Glenn Greenwald via l’ex-consultant de la NSA, Edward Snowden, l’agence américaine a développé un programme de surveillance des pratiques sexuelles et pornographiques auxquelles plusieurs de ses cibles s’adonnent sur Internet.

Au nombre de six, lesdites cibles - des musulmans plus ou moins célèbres considérés comme influents - sont accusées de propagande djihadiste et de pousser à la radicalisation. Les données collectées par la NSA sur leurs habitudes en ligne visent à les “décrédibiliser” ainsi qu’à “nuire à leur réputation et à leur influence” auprès du public. Des informations particulièrement “compromettantes” (dont la teneur n'a pas été précisée) ont d’ailleurs déjà été relevées pour deux des six concernés.

Discréditer les cibles plutôt que de les bombarder

À Washington, cette pratique ne semble pas déranger. “Cela ne devrait pas surprendre que le gouvernement américain use d’outils légaux pour empêcher les cibles terroristes de radicaliser les autres et de faire du mal à la Nation”, assure au Huffington Post Shawn Turner du bureau National Intelligence, organe de conseil au président.

Ancien de la NSA et proche du président Bush, Stewart Baker, pour sa part, va même jusqu’à légitimer ce genre de pratique. “Si des personnes essaient d’en embrigader d’autres dans le but de tuer des citoyens américains et que nous pouvons les discréditer, alors il vaut mieux le faire”, exprime-t-il, ajoutant qu’il était, selon lui, “plus juste et plus humain” de les décrédibiliser que de les bombarder directement.

Reste qu’à y regarder de plus près, aucune des six cibles dont il est question dans le document de la NSA n’a formellement été accusée de terrorisme et aucun lien direct avec des groupuscules djihadiste n’a pu être établi.

Une méthode déjà utilisée contre Martin Luther King

On ignore si les informations récoltées par les agents ont été utilisées contre les cibles mais ces nouvelles révélations ont provoqué une levée de boucliers du côté des associations de défense des libertés qui accusent la NSA d’abus sur des citoyens. “Où que vous vous trouviez, la NSA collecte des informations sur vos opinions politiques, votre santé, vos relations intimes et vos activités sur le Web [...] même s’ils affirment qu’il n’y a pas d’abus dans l’exploitation des informations personnelles, ces documents prouvent que la NSA a sa propre définition du mot ‘abus’’’, dénonce Jameel Jaffer de l’American Civil Liberties Union.

Journaliste spécialiste de la NSA, James Bamford rappelle, quant à lui, que l’exploitation d’informations compromettantes a déjà conduit à de nombreux scandales par le passé aux États-Unis. “Cette opération de la NSA est similaire à celle menée par le FBI dans les années 1960 sous J. Edgar Hoover [l’emblématique directeur du FBI connu pour son obsession sur l’homosexualité, NDLR] contre de nombreuses personnalités politiques.” À l’époque, le chantage était légion pour le FBI qui n’hésitait pas à se servir des informations croustillantes récoltées par la NSA pour arriver à ses fins. Leaders politiques, journalistes d’influence et autres célèbres activistes comme Martin Luther King en ont fait les frais, rappelle le Huffington Post.

Autant de précédents qui laissent craindre, selon Jameel Jaffer, que l’exploitation de la vie intime à des fins dommageables a encore de beaux jours devant elle à Washington.

Première publication : 27/11/2013

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