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EUROPE

Réforme de l'Église, avortement : le pape François dévoile son programme

© AFP

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 27/11/2013

Le pape François a publié mardi une exhortation apostolique dans laquelle il dévoile les grandes orientations de son pontificat. Un programme qui semble très novateur sur la forme mais plutôt fidèle à la tradition de l’Église sur le fond. Éclairage.

"Evangelii Gaudium", ou "La joie de l’Evangile". C’est ainsi que le pape a souhaité intituler sa première exhortation apostolique, message à l’adresse des catholiques à travers le monde. Rendu public mardi 26 novembre, le texte invite les croyants à être des témoins de la joie de l’évangile.

Mais François va plus loin. Il va jusqu’à évoquer une "conversion" de la papauté. Le souverain pontife appelle ainsi à une réforme tous azimuts de l'Église.

Une démission une fois sa tâche accomplie ?

Dans ce texte de 160 pages, rédigé à la première personne et entièrement écrit de sa main, le style se veut proche du lecteur et de l’époque actuelle. Et s'il cite Benoît XVI, Jean Paul II et Paul VI, François prend certaines libertés par rapport aux magistères du passé. "La langue utilisée est très directe, très crue, inhabituelle de la part d’un pape", observe Odon Vallet, qui a également relevé des "expressions étonnantes et hautes en couleur". L’historien des religions évoque notamment des "comparaisons militaires". Le pape oppose ainsi aux "généraux auto-satisfaits", les "simples soldats qui combattent", une formulation qui fait dire à Odon Vallet qu’il "ne se montre vraiment pas très tendre avec les cadres de l’Église ".

Outre la forme, là où François veut bousculer, c’est sur le fonctionnement de l’Église. Alors qu’il a déjà engagé une réforme de la Curie, le pape souhaiterait une Église plus universelle et véritablement au service des pauvres, des thèmes qu'il a déjà eu l’occasion de développer dans ses messes quotidiennes à la résidence Sainte-Marthe, où il a élu domicile, délaissant le palais pontifical. Reprenant une préconisation du Concile Vatican II (1962-65), qui a contribué à moderniser l’Église, il plaide pour davantage de collégialité, en donnant notamment une plus grande autorité aux conférences des évêques, "y compris doctrinale". Pour Odon Vallet, "on voit bien avec cette idée qu’il vient d’Amérique du Sud. Car, là-bas les conférences épiscopales ont une très grande importance, et les évêques d’Amérique du Sud sont connus pour leur indépendance". Interrogée mardi sur France Info, Caroline Pigozzi, journaliste spécialiste des religions estime que "le pape va s’attaquer à tout ce qui doit changer à Rome, sans craindre les résistances, car il ne fait pas partie de ce système".

De sa réflexion sur l’Église, il tire également une conclusion qui le concerne et qu’il exprime sans détour. "je dois penser à une conversion de la papauté. Il me revient de rester ouvert aux suggestions orientées vers un exercice de mon ministère". "Je ne crois pas qu'on doive attendre du magistère papal une parole définitive ou complète sur toutes les questions", remarque-t-il. Un ton humble pour le chef d'une Église d'1,2 milliard de fidèles. Caroline Pigozzi, qui a suivi le souverain pontife durant de long mois et en a tiré un livre portrait, "Ainsi fait-il", estime qu’il "pourrait démissionner", une fois sa tâche accomplie. "Il ne veut pas perdre de temps", poursuit-elle.

Ferme sur l’avortement et l’ordination des femmes

S’il se montre ainsi extrêmement novateur sur la forme de l’écrit ainsi que sur la réforme de l’Église, à laquelle ses prédécesseurs ne se sont pas véritablement attelés, il reste en revanche fidèle à la tradition catholique sur certains points de fond. Il a ainsi exclu une évolution de la position vaticane sur l’ordination des femmes. "Le sacerdoce réservé aux hommes. C’est une question qui ne se discute pas", tranche-t-il, même si auparavant il avait exprimé le souhait de vouloir confier des responsabilités aux femmes.

De même, sans écrire le mot "avortement", il a fermement affirmé qu’il ne fallait pas "s’attendre à ce que l’Église change sa position sur la défense des enfants à naître, auxquels on veut nier aujourd'hui la dignité humaine". Pour autant, Caroline Pigozzi n’est pas surprise. "Oui, il est assez conservateur sur le plan dogmatique", reconnaît-elle. "Mais, lui ne juge pas et pardonne", souligne la vaticaniste. François a en effet appelé à mieux accueillir et accompagner les femmes qui ont avorté. "On ne peut pas attendre d’un pape qu’il soit soudainement un fervent défenseur de l’avortement", ironise-t-elle.

Pour Odon Vallet, il faut savoir lire entre les lignes. "Le fait qu’il affirme que ces deux questions précises sont indiscutables, signifie en fait que d’autres le sont, comme la question du célibat des prêtres par exemple ou celle encore des divorcés-remariés", explique-t-il. Sur ce dernier thème, le pape a déjà déclaré vouloir faire évoluer la politique de l’Eglise. Il a d'ailleurs demandé aux huit cardinaux qui forment son gouvernement  d’étudier la question. François semble vouloir faire de la pastorale de la famille une priorité, puisqu’il y consacre le premier synode de son pontificat. Cette réunion d’une grande partie des évêques du monde aura lieu du 5 au 19 octobre 2014 à Rome. En préparation, le Saint-Siège a d’ores et déjà entamé une grande consultation : à travers le monde, des centaines de milliers de fidèles vont être invités à répondre à un questionnaire d’une quarantaine de questions portant notamment sur la mariage, la sexualité, la place des divorcés et des remariés dans l’église. Une procédure sans précédent.

Première publication : 27/11/2013

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