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Afrique

Moines de Tibéhirine : "Depuis le début, on se heurte à des blocages"

© Assiya Hamza/FRANCE 24 | Photo des sept moines exposée au monastère de Tibéhirine.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 29/11/2013

L’autorisation accordée au juge français Marc Trévidic d’autopsier les têtes des sept moines assassinés en 1996 constitue une avancée pour l’avocat des familles des victimes. Mais certaines réticences d’Alger entravent toujours l’enquête.

Près de deux ans après avoir délivré une commission rogatoire internationale aux autorités algériennes, le juge français Marc Trévidic a obtenu le droit d’exhumer les têtes des sept moines trappistes français de Tibéhirine assassinés en mai 1996. "Une étape indispensable qu’il fallait franchir, commente sur l’antenne de FRANCE 24 Me Patrick Baudoin, avocat des familles des victimes qui se sont constituées parties civiles. Il faut rappeler qu’il n’y a jamais eu d’autopsie pratiquée sur les têtes des moines, ce qui était tout à fait anormal."

Rentré d’Alger le 27 novembre, Marc Trévidic retournera en Algérie avec sa propre équipe et travaillera avec des experts algériens pour procéder à des expertises médico-légales. "Chacune des familles délivrera l’ADN de l’un de ses membres afin de voir s’il correspond bien à chacun des moines", précise Me Patrick Baudouin.
 
Les autopsies devraient permettre d’apporter de nouveaux éléments sur une enquête judiciaire engagée depuis près de 10 ans. Malgré une revendication du Groupe islamique armé (GIA), 17 ans après les faits, la piste islamiste est largement remise en cause par le juge Trévidic qui instruit le dossier depuis 2007. Depuis 2009, ce dernier étudie également l’hypothèse d’une bavure de l'armée algérienne qui, après avoir accidentellement tué les moines, les aurait décapités pour maquiller le drame et l’imputer aux islamistes.
 
"Blocages" et "opacité"
 
Marc Trévidic n’a toutefois pas été autorisé à interroger la vingtaine de témoins de l’affaire, parmi lesquels des officiers supérieurs des services de renseignement et des islamistes repentis ou incarcérés. "Depuis l’origine de l’affaire […], on se heurte à beaucoup de blocages et d’opacité du côté algérien, déplore l’avocat. Le refus qui a été opposé au juge Trévidic de pratiquer lui-même certaines auditions s’inscrit dans cette continuité. Je trouve cela regrettable parce qu’on devrait être au contraire dans une coopération judiciaire pleine et entière. Il faut rappeler qu’il s’agit de sept ressortissants français qui ont été assassinés en Algérie. La justice française a donc la compétence d’enquêter par l’intermédiaire de son juge d’instruction."
 
Des réticences qui, aux yeux de Me Patrick Baudoin, sèment davantage le trouble sur le rôle d’Alger dans cette affaire. "Pourquoi ne pas ouvrir complètement les portes ? s’interroge-t-il. Cela ne peut que jeter une certaine suspicion sur le comportement des autorités algériennes et, au-delà, sur celui des militaires et des services algériens."
 
Aucune date d’exhumation n’a, pour l’heure, été fixée mais les conditions météorologiques hivernales laissent penser que les travaux ne débuteront pas avant le printemps, lorsque les sols ne seront plus gelés. Les éléments scientifiques qui ressortiront des autopsies pourront dès lors être confrontés aux différents récits du drame et déterminer si la décapitation des religieux a eu lieu post-mortem.

Première publication : 29/11/2013

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