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Culture

Tabu Ley Rochereau, monstre sacré de la rumba congolaise, est mort

© DR

Vidéo par Ludovic DE FOUCAUD

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 01/12/2013

Le chanteur Tabu Ley Rochereau, roi de la rumba congolaise et superstar en Afrique, est décédé samedi des suites d'un AVC dans un hôpital en Belgique. Il avait 76 ans. La nouvelle de sa mort a bouleversé Kinshasa.

Ses admirateurs le surnommaient le "messager", le "baobab de la rumba congolaise" ou encore "le prince Rochereau". Tabu Ley Rochereau, monstre sacré de la musique congolaise, est mort samedi 30 novembre au matin à l'hôpital Saint-Luc de Bruxelles, à l’âge de 76 ans. "Il a eu un AVC (accident vasculaire-cérébral) en 2008, il ne s'en est jamais remis. Il était alité (...). Lundi, sa situation s'est dégradée", a expliqué son beau-fils Jean-Claude Muissa. "Il aura droit à des funérailles officielles" et sera enterré à Kinshasa, a-t-il précisé.

Superstar en Afrique

Le pianiste et chanteur congolais Ray Lema a salué "un mélodiste extraordinaire". "Tout le monde fredonnait des mélodies de Tabu Ley", a-t-il ajouté, "c'était vraiment un chanteur énorme en Afrique". "C'est une superstar dans toute l'Afrique", abonde le journaliste musical François Bensignor, du Centre d'information et de ressources pour les musiques actuelles, à Paris.

Dans les rues de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), chacun se souvenait samedi de ses mélodies, comme André, "triste à la mort de quelqu'un qui a bercé notre jeunesse". Pour un chauffeur de taxi, "il faisait partie des plus grands musiciens de ce pays. Il était bon envers tout le monde". "Il fut un grand homme", a renchéri Nina, une trentenaire. "Il fera toujours partie de nos vies à travers sa belle musique".

Pour Léon Tsambu, spécialiste de la musique congolaise, "c'est une âme musicale qui s'est éteinte". "Rochereau a été plébiscité par Jeune Afrique comme personnalité congolaise, à côté de (l'ex-président) Mobutu, comme ayant marqué l'histoire de l'Afrique au XXe siècle", a-t-il rappelé. Léon Tsambu égrène en chantonnant certains grands succès du défunt : "Adios Théthé (dédié à sa première épouse), Bonane na Noël, Omanga (dédié à une femme) ou Mokolo nakokufa (Le jour de ma mort, en lingala)".

Ambassadeur de la rumba

Pascal Tabu Ley, alias "Rochereau", chanteur au timbre haut placé et père du rappeur français Youssoupha, était né le 13 novembre 1937 dans un petit village de la province de Bandundu (ouest), frontalière de celle de Kinshasa. Il s'était imposé dans les années 1960 comme l'une des stars de la rumba, devenant l'un de ses principaux ambassadeurs à travers le monde.

"Il y avait deux grandes écoles dans la musique de Kinshasa, l'école African Jazz dirigée par Grand Kallé, et l'OK Jazz emmené par Franco. Rochereau, qui est très bon compositeur, devient dans les années 1950 un disciple de Grand Kallé. Il a ensuite monté dans les années 1960 son propre orchestre et a pris le pouvoir", explique François Bensignor.

Tabu Ley Rochereau fut en 1970 le premier musicien africain à se produire en vedette à l'Olympia à Paris, accompagné de ses "Rocherettes" - comme Claude François avait ses Claudettes. Parmi les Rocherettes figure un moment Mbilia Bel, avec qui il vivra plusieurs années et qui deviendra elle aussi une énorme vedette.

Chanteur engagé

Le "prince" Rochereau a également goûté à la politique. Il a voulu être ministre de la Culture sous Laurent-Désiré Kabila, père de l'actuel président Joseph Kabila, mais sera finalement vice-gouverneur de Kinshasa.

En octobre 1999, il avait affiché son hostilité à une nouvelle force de la paix de l'ONU dans le pays, pour éviter la "sombre répétition" de l'opération de 1960. De 1960 à 1964, les Nations unies avaient mené une vaste et peu glorieuse opération militaire dans l'ex-Congo belge, motivée notamment par le souci des puissances coloniales et des États-Unis de ne pas voir le Congo tomber dans le giron soviétique.

En 1997, le chanteur avait dénoncé la persistance de la censure en RDC, au lendemain de l'interdiction de son dernier album, "Kebo beat", à cause du caractère "immoral" d'un des titres. Il avait déjà été victime de la censure en 1990, lorsque le régime du maréchal Mobutu Sese Seko (1965-1997), qui l'avait poussé un temps à l'exil, notamment en France, avait interdit son album "Trop, c'est trop".

Avec dépêche (AFP)

 

Première publication : 01/12/2013

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