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EUROPE

Italie : l’ex-imam Abou Omar, enlevé par la CIA, écope de six ans de prison

© CIA

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 06/12/2013

Enlevé en Italie par la CIA il y a dix ans, l'ex-imam radical égyptien Abou Omar a été reconnu coupable de terrorisme international par la justice italienne. Retour sur une incroyable affaire qui a mis à mal les services de renseignement américains.

Condamné à six ans de prison pour terrorisme international. Un tribunal italien a reconnu l’ex-imam radical égyptien Abou Omar - Osama Mustafa Hassan Nasr de son vrai nom - coupable d’association de malfaiteurs à des fins de terrorisme international. Une sentence rendue par contumace, l’ancien prédicateur accusé d’être lié au mouvement islamiste djihadiste Ansar el-Islam, étant en liberté en Égypte.

Cette décision est le dernier acte en date de l’une des affaires de kidnapping et de “transfèrement illégal” de présumés terroristes par la CIA les plus célèbres. Elle a déclenché un scandale politique majeur en Italie, mis dans l’embarras jusqu’aux plus hauts responsables des services de renseignement américains et abouti à la condamnation à des peines de prison en Italie de 23 agents de la CIA.

Tout commence le 17 février 2003 vers 12h30. Abou Omar se rend à la mosquée de Milan, où il officie, quand il est interpellé par des carabinieri puis mis de force dans un van par d’autres agents, dont certains appartiennent à la CIA. Destination : Le Caire - après un passage par la base américaine de Rammstein (en Allemagne) - où il sera détenu et interrogé par les services de sécurité égyptiens.

Multiples actes de torture

Abou Omar faisait, en fait, l’objet d’une surveillance discrète de la part des autorités italiennes et américaines, qui le soupçonnent d’être lié au milieu terroriste en Irak et de servir de recruteur pour apprentis moudjahidines. Pour certains, comme le souligne le juriste italien Francesco Messineo dans un article universitaire consacré à l’affaire, la CIA espérait aussi, grâce à cet enlèvement, récupérer des informations utiles en prévision de la future opération militaire américaine en Irak.

Mais l'opération ne se déroule pas comme prévu pour les espions américains. À l'issue de près d'une année “d’interrogatoires”, l’Égypte décide de relâcher Abou Omar, qui est placé en résidence surveillée. Il sera rapidement remis en prison (jusqu’en 2007), mais entre temps, l’ex-imam en profite pour dénoncer les conditions de son enlèvement et accuse la CIA et les Égyptiens d’actes de torture. Il affirme avoir été battu, violé, privé de sommeil, soumis à des séances de chocs électriques, y compris sur ses parties génitales, et n’avoir été autorisé à prendre des bains qu’une fois tous les quatre mois.

L’implication de Rome dans cette affaire suscite un vif émoi en Italie. Une enquête avait été ouverte par la police peu après la “disparition” d’Osama Mustafa Hassan Nasr. En 2005, les autorités ont acquis la conviction que la CIA - avec l’aide d’agents des services de renseignement italiens - est derrière le kidnapping de l’ancien imam. Les allégations, depuis l’Égypte, d’Abou Omar s’ajoutent, en fait, à d’autres preuves que la police italienne a pu obtenir. Il semblerait que les agents américains aient été peu soucieux d’effacer leurs traces. Les téléphones de certains d’entre eux ont ainsi gardé en mémoire des appels et des données qui permettent aux Italiens de retracer le fil précis des événements de février 2003.

Des pontes de la CIA condamnés

La machine judiciaire italienne se met alors en branle. En 2007 s’ouvre un procès sans précédent qui vise à établir si 23 ressortissants américains, tous agents de la CIA, sont responsables d’enlèvement illégal sur le sol italien. Le chef de la CIA en Italie et celui de la cellule milanaise font partie des accusés. Deux membres des services de renseignement italiens sont également poursuivis.

Les autorités américaines protestent, Silvio Berlusconi, alors chef du gouvernement, témoigne en personne qu’il n’était pas au courant du “transfèrement” d’Abou Omar. En 2009, le verdict tombe : tous les accusés sont reconnus coupables, par contumace, et condamnés à des peines de 5 à 8 ans de prison. C’est la première fois que la justice d’un pays allié aux États-Unis condamne la pratique des enlèvements secrets de suspects opérés par la CIA en dehors des États-Unis.

Aucun des condamnés ne sera effectivement mis derrière les barreaux, mais ils sont considérés comme fugitifs et ne peuvent remettre un pied en Europe sous peine d’être arrêtés. L’organisateur de l’enlèvement et ancien chef de la CIA à Milan, Robert Seldon Lady, a été interpellé le 18 juillet 2013 à Panama, avant d’être relâché le lendemain pour disparaître à nouveau. Il a ensuite demandé, en septembre, la grâce au président italien, s’excusant au passage d’avoir participé au kidnapping.

Si la condamnation d’Abou Omar remet l’affaire de son enlèvement sur le devant de la scène, un autre chapitre judiciaire de cette saga reste encore à écrire. Le 16 décembre, la Cour de cassation italienne doit valider les condamnations de deux ex-dirigeants des services secrets transalpins, Marco Mancini et Nicolo Pollari, condamnés à 10 ans et 9 ans de prison pour complicité d'enlèvement.

Première publication : 06/12/2013

  • ÉTATS-UNIS

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  • ITALIE

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  • RUSSIE

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