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En images : À Soweto, on "remercie Dieu d'avoir donné vie à Mandela"

© Sarah Leduc | Eglise St Peter Claver de Soweto

Vidéo par Willy BRACCIANO , Duncan WOODSIDE

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 10/12/2013

À l'église St Peter Claver de Soweto, comme partout ailleurs en Afrique du Sud, les fidèles célèbrent dans la joie la mémoire de Nelson Mandela ce dimanche 8 décembre, proclamé jour de prière national et de réflexion. Reportage.

Il n'y a plus une place de libre sur les bancs de l'église St Peter Claver, à Soweto, haut lieu du soulèvement populaire contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Cela n'a rien d'exceptionnel, mais dimanche 8 décembre, la messe est un peu spéciale et les prières n'ont qu'une âme à accompagner : celle de Nelson Mandela.

"Même les nuages, même le ciel semblaient se joindre à notre tristesse", poétise Maselwane Mohara, l'évêque de St Peter Claver, évoquant sans doute l'orage magistral qui a grondé toute la nuit à Johannesburg. "Mais aujourd'hui, nous ne sommes pas là pour pleurer ou nous lamenter. Nous voulons d'abord apporter nos condoléances à la famille puis remercier Madiba pour ce qu'il a fait pour nous". Madiba, nom de clan de Mandela, signifie en langue Xhosa, "celui qui provoque la tempête". Et l'orage sûrement aussi.

L'évêque en soutane violette s'engouffre dans l'église aux murs de brique et les 300 fidèles, tous en chapeaux et costumes, se lèvent à son passage. Il ouvre son prêche en célébrant celui qui a apporté "le pardon, la capacité à aller de l'avant, à ne pas se lamenter sur son sort. Il nous a appris à embrasser nos ennemis et à se dire 'frères, sœurs, vivons ensemble'". Les chants et les percussions s'élèvent alors dans l'église.

"Vendredi, samedi, même les nuages, même le ciel, même le temps semblaient se joindre à notre tristesse", poétise Maselwane Mohara, l'évêque de St Peter Claver. © Sarah Leduc

Mandela, un croyant très discret

Ici pas de larmes : les fidèles dansent, chantent, frappent dans leur mains. Tous célèbrent leur mort comme il se doit, dans la joie. "On chante quand on est content et on chante quand on est triste pour faire en sorte de se sentir mieux. Célébrons Mandela comme cela, c'est ce que nous savons faire de mieux", avait d'ailleurs préconisé Jacob Zuma.

Le président sud-africain a lui-même assisté dimanche matin à l'office religieux de l'église méthodiste de Bryanston, aux côtés de Winnie Mandela, ex-femme du défunt président, et de Graça Machel, sa veuve. La fondation Mandela organisait de son côté une messe qui a réuni plus de 500 personnes à Johannesburg. Tous ont prié à la mémoire d'un homme qui s'était pourtant montré très discret avec la religion.

Chrétien méthodiste de baptême, Nelson Mandela croyait aussi aux esprits de ses ancêtres africains. Il était entouré sur son lit de mort d'un prêtre et d'un membre de la famille royale Thembu, qui lui a fermé les yeux après son dernier souffle, comme le veut la tradition. Mais de son vivant, Mandela disait "ne pas être particulièrement religieux, ni porté sur la spiritualité". Il était tout sauf prosélyte : "Toujours faire de la religion une affaire privée, réservée à soi. N’encombre pas les autres avec ta religion", avait-il écrit en 1977, depuis la prison de Robben Island où il a passé 18 de ses 27 années de détention.

Du haut de ses 78 ans, Elizabeth "remercie dieu d'avoir donné vie à Mandela. © Sarah Leduc

Les religions unies pour Madiba

Peu lui importe la foi mitigée de Madiba. Du haut de ses 78 ans, Elizabeth "remercie Dieu d'avoir donné vie à Mandela". Cette ancienne fleuriste de Soweto apportera un oeillet rouge, sa "fleur préférée", pour la déposer devant le corps de l’ancien président, mardi prochain, lors de la cérémonie officielle au Stade de Soccer City.

Hans, 83 ans, déposera, lui, l'un des chapelets qu'il vend le dimanche devant l'église. "Mandela, c'était un homme de poids. C'est le seul qui se soit vraiment battu pour son pays. Il a souffert, il a fait de la prison, mais il n'a jamais rien lâché et toute sa vie, il s'est battu pour ses idées", estime-t-il. Ce qui inquiète Hans, c'est qu'on puisse l’oublier : "On a besoin de livres pour que ceux qui ne sont pas encore nés sachent qui était Mandela et ce qu'il a fait."

Hans, 83 ans : "On a besoin de livres pour que ceux qui ne sont pas encore nés sachent qui était Mandela et ce qu'il a fait." © Sarah Leduc

Pour l'instant, il n'a pas trop de souci à se faire. La jeune génération fait preuve du même respect que les anciens envers celui que l'on appelle affectueusement "Tata" (papa). "Sans lui, je n'aurais peut-être pas eu la chance d'aller à l'école, peut-être même que cette église ne serait pas là aujourd'hui!" salue Siyabonga, 17 ans, avant de s'étonner : "Vous les Français, pourquoi admirez-vous Mandela? n'avez vous pas vos propres icônes pour venir nous prendre les nôtres !" Et le jeune homme d’éclater de rire avant de se remettre à chanter.

Aux chants d'Elizabeth, Hans ou Siyabonga se sont joints dimanche ceux des juifs et des musulmans sud-africains, minoritaires dans un pays à 80 % chrétien, mais où les différentes religions ont toujours cohabité dans une paix relative. Une journée multiconfessionnelle et œcuménique qui aurait eu tout pour plaire au père de la nation "arc-en-ciel".

 

 

Première publication : 08/12/2013

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