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EUROPE

Reportage : en Allemagne, des immigrés dénoncent "l'esclavage moderne"

Vidéo par Anne MAILLIET

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 09/12/2013

Dans la région d'Oldenbourg, fief des producteurs de viande allemands, des immigrés originaires d'Amérique latine travaillent dans des conditions déplorables. Un dumping salarial qui permet à l'Allemagne de rester compétitive. Reportage.

Dans la paisible région d'Oldenbourg, en Basse-Saxe, connue pour ses producteurs de viande, les immigrés, qui sont nombreux à travailler dans les usines et les abattoirs allemands, sont révoltés. Ces ouvriers, de nationalité espagnole et originaires d’Amérique latine, affirment n'avoir reçu aucun salaire depuis le mois de septembre.

Leur avocat, Johannes Brinkhus, s'emporte auprès d'une équipe de FRANCE 24 sur place. "C'est leur fiche de paie pour le mois de septembre. Cinq cent-quarante six euros euros brut, ça fait 434 euros net. C'est de l'esclavage moderne ! Le sous-traitant leur promet de payer cet argent mais ne le fait pas et on leur demande maintenant de signer un papier pour qu'ils renoncent à leurs droits. Pendant ce temps, ils vivent dans une maison qui appartient à l'entreprise et le loyer qu'ils doivent payer est en plus déduit de leur salaire !"

Ces travailleurs, qui ont fui la crise en Espagne, sont payés trois euros de l’heure. Ils ne sont pas employés directement par l'entreprise allemande, mais par un sous-traitant qui recrute des ouvriers étrangers à prix cassés.

"Nos conditions de travail sont catastrophiques. Nous travaillons parfois 20 h par jour, parfois 18 ou 16, mais au minimum 14. Dans cette usine, il fait très froid et nous n'avons pas de vêtements de travail adaptés. C'est comme du travail forcé", témoigne ainsi Carlos. “Des centaines d'Espagnols sont dans la même situation que nous. Des choses comme ça ne devraient pas se passer, c'est honteux pour l'Allemagne", ajoute Rafael.

Une main d’œuvre bon marché

Plus de 40 000 cochons et des centaines de milliers de volailles sont abattus chaque jour dans cette région par cette main d'œuvre bon marché, estimée à environ 25 000 personnes au moins, selon les syndicats. Une grande partie du travail d'abattage et d'équarrissage leur est désormais confiée.

Grâce à ces immigrés, l'Allemagne a réussi à baisser ses coûts de production et à gagner des parts de marché en Europe. Selon Matthias Brummer du syndicat de l'industrie alimentaire, la découpe d'un cochon coûte désormais à peine plus d'un euro : "Le dumping salarial et social des 15, 20 dernières années en Allemagne a fait s'effondrer une grande partie de l'industrie de la viande des pays européens voisins. On en est arrivé à un point où certains pays d'Europe de l'Est sont complètement dépendants des livraisons de viandes allemandes. Si on les arrêtait du jour au lendemain, il y aurait une catastrophe alimentaire dans ces pays".

Face à cette exploitation, le futur gouvernement allemand promet d'instaurer un salaire minimum pour stopper ses dérives. Mais sur le terrain, les responsables locaux sont sceptiques. Conseiller municipal à Löhne, Paul Sandman pense que ce salaire minimum ne règlera pas tout : "Est-ce que les patrons se tiendront à ces nouvelles règles ? Au final, tout dépendra de ça. Si quelqu'un dans un bureau décrète qu'un ouvrier n'a travaillé que 140 heures alors qu'il en a travaillé 180 mais ne peut pas le prouver, le salaire minimum n'aidera personne. La nouvelle règlementation ne servira à rien si on ne fait pas en sorte qu'elle soit vraiment respectée".

Il faudra vraisemblablement des années pour parvenir à la mise en place de cette législation. Rafael et ses collègues, eux, n'auront peut-être pas à attendre. Confrontée à l’enquête de FRANCE 24, la direction de l'usine promet aujourd'hui de changer de sous-traitants et d'améliorer leurs conditions de vie et de travail

Première publication : 09/12/2013

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