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Moyen-orient

Réhabilitation de l’Iran : vers un rapprochement entre Israël et l’Arabie saoudite ?

© Bandar bin Sultan, le chef des services secrets saoudiens.

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 10/12/2013

La détente entre Washington et Téhéran est-elle en train de rapprocher Riyad et Tel Aviv ? Selon des informations d'une agence iranienne, reprises en Israël, de hauts responsables sécuritaires des deux pays se sont récemment rencontrés à Genève.

Le célèbre adage selon lequel "l'ennemi de mon ennemi est mon ami", en l’occurrence l’ennemi est l’Iranien, est-il en train de rapprocher Saoudiens et Israéliens ? Selon des informations de l’agence de presse iranienne Fars, reprises par plusieurs sites israéliens  lundi 9 décembre, le chef des services de renseignement saoudiens, le Prince Bandar bin Sultan, se serait entretenu avec de hauts responsables sécuritaires de l’État hébreu, dont le patron du Mossad, le mois dernier à Genève. Et ce en marge des pourparlers sur le nucléaire iranien.

S’appuyant sur une source qu’elle présente comme connectée au milieu du renseignement saoudien, l’agence Fars affirme que les entrevues se sont focalisées sur "les moyens de contenir l’Iran par tout moyen, renforcer le contrôle sur les rebelles djihadistes en Syrie, marginaliser les Frères musulmans et stopper la vague du Printemps arabe".
 
Si elles n’ont pas été jusqu’ici démenties, il faut prendre ces informations avec prudence, dans la mesure où elles sont révélées par une agence iranienne contrôlée par les Gardiens de la révolution, vraisemblablement à des fins de propagande visant à discréditer le rival régional saoudien.
 
"Intérêts mutuels"
 
Toutefois, selon un observateur avisé de la région contacté par FRANCE 24, ces informations peuvent tout à fait être "plausibles" puisque les services de renseignement, même de pays ennemis, se parlent de temps en temps. "Israéliens et Saoudiens ont beaucoup d’informations à échanger compte tenu des intérêts mutuels qu’ils partagent en ce moment notamment sur la question iranienne et de leurs préoccupations concernant l’attitude de l’administration américaine dans la région, ainsi que les développements de la crise syrienne" explique-t-il sous couvert d'’anonymat.
"Malgré les apparences, il ne faut pas oublier que l’Arabie saoudite se caractérise par son approche modérée vis-à-vis de l’État hébreu contrairement à l’intransigeance de l’axe Téhéran-Damas plus jusqu'au-boutiste et radical sur la question palestinienne", ajoute l’expert, qui rappelle que c’est Riyad qui avait proposé le plan arabe de paix qui avait été adopté en 2002, lors d’un sommet à Beyrouth, et qui offre la paix et la sécurité à Israël en échange de son retrait des territoires arabes conquis en 1967 et de la création d’un État palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale.
 
Le contexte et le timing dans lequel l’information d’une rencontre des chefs de renseignement des deux pays ont été divulguées ne sont pas anodins. En effet, le réchauffement diplomatique entre le camp occidental et Téhéran, qui s’est matérialisé fin novembre par un accord intermédiaire sur le nucléaire iranien, a exaspéré au plus haut point Riyad et Tel Aviv qui n’ont eu de cesse de plaider auprès de Washington, leur allié commun, pour un isolement croissant de la République des mollahs.
 
Shimon Peres prêt à rencontrer Hassan Rohani

Le président israélien Shimon Peres, qui ne dispose que de pouvoirs protocolaires, s'est dit prêt dimanche 8 décembre à rencontrer le président iranien Hassan Rohani.

Interrogé lors d'un forum économique à Tel Aviv sur une possible rencontre avec le président iranien, il a répondu: "Pourquoi pas ? Je n'ai pas d'ennemis, ce ne n'est pas une question de personne, mais de politique. L'objectif est de transformer des ennemis en amis", a-t-il ajouté. (Avec AFP)

Rapprochement tacite
 
Or les informations allant dans le sens d’un rapprochement tacite de circonstance entre l’Arabie saoudite et l’État hébreu se sont multipliées ces derniers temps.
 
Ainsi, dans son éditorial publié le 19 novembre par le prestigieux quotidien américain "The New York Times", Thomas Friedman révélait que le président israélien Shimon Peres s’était exprimé, depuis son bureau à Jérusalem et par vidéoconférence, face à une assemblée composée de responsables politiques et d’experts issus des pays du Golfe et du monde arabe. Ces derniers étaient réunis dans le cadre d’une conférence sur les questions de sécurité à Abou Dhabi.
 
Au cours de cet évènement qui devait rester secret, aucun des ministres arabes présents, ni même un des fils du roi saoudien Abdallah, n’a quitté la salle, et ont, au contraire, applaudi le discours du président israélien. Ce dernier avait notamment évoqué la menace que pourrait constituer l’Iran, si jamais elle devenait une puissance nucléaire. 
 
Le 17 novembre déjà, le "Sunday Times" avait révélé que l’Arabie saoudite et Israël étudiaient les possibilités d’une éventuelle collaboration logistique dans le cadre d’un plan de frappe militaire contre l’Iran. Le quotidien britannique évoquait alors la possibilité pour Riyad d’autoriser l’aviation israélienne à utiliser son espace aérien en cas de frappe contre les installations nucléaires iraniennes.

Première publication : 09/12/2013

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