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Amériques

L'Uruguay, premier pays à légaliser le commerce du cannabis

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 11/12/2013

Les sénateurs uruguayens ont approuvé la loi permettant à l'État de contrôler la production et la vente du cannabis. Une première mondiale que le président José Mujica voit comme un moyen de lutter contre le narcotrafic.

L'Uruguay est devenu, mercredi 11 décembbre, le premier pays à légaliser le cannabis à usage récréatif. Dans le sillage des députés, les sénateurs ont approuvé la loi régulant la production et la consommation de la marijuana, dont les Pays-Bas, l'Espagne ou encore les États américains du Colorado et de Washington tolèrent déjà la culture sous certaines conditions.

Le caractère inédit de la disposition uruguayenne tient en ce qu'elle permettra à l'État de prendre le contrôle de la production et de la vente du produit. Concrètement, le texte prévoit trois modes d'accès au cannabis : l'auto-culture (six plants au maximum), la culture dans des clubs de membres (comprenant un maximum de 45 personnes et 99 plants) et la vente en pharmacie, sous contrôle public (40 grammes au maximum par mois). Tout cultivateur ou usager devra s'inscrire sur un registre national et la vente sera réservée aux personnes majeures résidant en Uruguay. Toute publicité demeurera interdite, et la culture de la marijuana hors du circuit encadré restera illégale.

Dès octobre, avant même que la loi ne passe l'examen du Sénat, les autorités de Montevideo avaient ainsi indiqué vouloir fixer à 0,75 euro le prix du gramme, soit le prix actuellement pratiqué dans la rue.

"Une plus grande disponibilité également pour les enfants"

Avec cette régulation dont il est l'instigateur, le président uruguayen José Mujica, arrivé au pouvoir en 2009, entend mettre à mal les puissants réseaux du narcotrafic. "Quand vous légalisez, vous permettez à toute personne de pouvoir consommer, voire planter, sous contrôle de l'État. L'usager pourra ainsi bénéficier d'une garantie sur les prix ainsi que sur la qualité du produit. Il n'aura donc plus intérêt à recourir à un marché souterrain, estime Christian Tharel, administrateur à Lyon du Collectif d'information et de recherche cannibique (Circ) qui milite en faveur de la légalisation du cannabis.

La loi vise également, selon le gouvernement, à limiter les risques liés à la consommation de la marijuana et à détourner ses amateurs des dealers qui pourraient les diriger vers des drogues plus dures. "En terme de prévention, le mode de légalisation établi par l'Uruguay a été intelligemment pensé car il permettra aux consommateurs d'avoir accès aux informations concernant le produit vendu, note de son côté Christian Tharel. On prétend que la prohibition préserve les jeunes, mais ceux qui consomment le font n'importe comment puisqu'ils ne disposent d'aucune information sur ce qu'ils fument."

Pour l'opposition uruguayenne, la légalisation du marché risque de faciliter l'accès de la marijuana aux plus jeunes.  "La loi présente des défauts de forme et de fond, contestait lundi à l'AFP le sénateur d'opposition Alfredo Solari. La certitude qu'il y aura une plus grande disponibilité de cannabis […] me fait craindre une plus grande disponibilité également pour les enfants et les adolescents, ce qui est la conséquence la plus grave" de cette loi de régulation.

"L'Uruguay est en train de frapper un grand coup"

Assurant mener une "expérience pour le monde", le chef de l'État uruguayen espère lui convaincre la communauté internationale du bien-fondé de son initiative. Plusieurs anciens présidents latino-américains lui ont d'ailleurs apporté son soutien, arguant du fait que les politiques de répression menées jusqu'alors contre le trafic de drogue ont été mises en échec.

"L'Uruguay est en train de frapper un grand coup, commente Christian Tharel. Tout l'enjeu de cette loi est de déterminer si le cannabis est une drogue dont on peut gérer seul la consommation, comme l'alcool." Pour calmer l'opposition, le président José Mujica s'est d'ores et déjà engagé à "faire marche arrière" si son expérimentation virait au pétard mouillé. Mais l'exécutif ne pourra tirer ses premiers enseignements qu'à la fin de l'année prochaine. Selon Montevideo, les décrets d'application de la loi, censés donner le coup d'envoi de la production, ne seront prêts qu'en avril 2014.

Première publication : 10/12/2013

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