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Afrique

"Dans notre quartier de Bangui, musulmans et chrétiens s’entraident"

© AFP

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 16/12/2013

Dans la capitale centrafricaine, ex-membres de la Séléka, coalition à majorité musulmane, et milices chrétiennes continuent de s’affronter. À l'exception des quartiers de Boulata et Ramandji, où la solidarité perdure entre les communautés.

Si la capitale de la Centrafrique, Bangui, sombre dans le chaos, certains quartiers de la capitale semblent échapper aux tueries entre chrétiens et musulmans, qui ont fait 450 morts selon l'ONU la semaine dernière. À l’image de Boulata et Ramandji, deux zones situées sur la route de l’aéroport, où aucun affrontement n'est à déplorer.

Selon un habitant de Boulata, pas de recette miracle mais une simple cohabitation pacifique entre musulmans et chrétiens. "Ici, il y a un mélange des populations qui n’existe pas dans les autres quartiers. Cette mixité nous a aidés à ne pas sombrer dans la violence", explique Bash, un musulman de 28 ans, contacté par FRANCE 24. "On a grandi ensemble, les gens se marient entre eux. Ici, vous pouvez voir dans une maison chrétienne un enfant avec un prénom musulman, car issu d’un père de confession musulmane".

Les maisons des chrétiens protégées par des musulmans

Malgré le calme ambiant dans le quartier, la peur a néanmoins gagné les habitants. La moitié des chrétiens ont ainsi fui leur maison pour se réfugier à l’aéroport. L’ami de Bash, Kami, un chrétien, en fait partie. En attendant qu’il puisse revenir chez lui, Bash protège sa maison des pillards. "Avec les jeunes musulmans, on organise des patrouilles tous les soirs, car à la nuit tombée, des gens essaient de piller les maisons. On s’équipe d’armes blanches et de bâtons, mais on ne s’en sert pas, car quand les pilleurs voient que nous sommes nombreux, ils fuient", témoigne Bash, selon qui, parler d’affrontements entre chrétiens et musulmans est une "exagération".

"Ici, on travaille en parfaite harmonie, je collabore étroitement avec le pasteur du quartier, on cherche à atténuer les tensions", raconte-t-il. Face à la recrudescence des violences, Bash tente de rester tolérant : "Certains musulmans, lorsqu’ils entendent que des membres de leur communauté sont tués quelque part, réagissent en voulant casser des églises, c’est humain". À Boulata, on dénombre une église, 17 structures de prières chrétiennes et six mosquées, précise Bash.

Absence des membres de l’ex-Séléka

D’après Hippolyte Donossio, le correspondant de RFI sur place, l’exception des quartiers de Boulata et Ramandji s’explique par l’absence de membres de l’ex-Séléka, la coalition à l’origine du coup d’État qui a renversé le président François Bozizé en mars dernier. "Vu qu’ils ne sont pas présents dans ces zones, il n’y a pas eu d’exactions, et les habitants ne ressentent pas le désir de vengeance qui a émergé depuis l’arrivée des troupes françaises", explique-t-il.

Les exactions perpétrées par les anciennes forces de l’actuel président Michel Djotodia ont entraîné l'émergence de milices chrétiennes baptisées anti-balaka, "anti-machettes" en langue sango. Depuis début décembre, les affrontements ont fait plus de 600 morts dans tout le pays, et 189 000 déplacés rien qu'à Bangui.

Face à ce drame, Roland Marchal, chercheur au CNRS spécialiste de l’Afrique, préfère rappeler que la situation de ces dernières semaines n’illustre pas la réalité de la ville. "En temps normal, c’est tutti frutti : plutôt que de se battre, musulmans et chrétiens boivent une bière ensemble."

Première publication : 16/12/2013

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