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Amériques

Des universitaires américains boycottent Israël

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 18/12/2013

C’est une première aux États-Unis. L’appel au boycott académique d’Israël par l’un des principaux syndicats américains de chercheurs et d’enseignants a été approuvé à une écrasante majorité sur fond d’intense polémique.

C’est une première dans l’histoire de la vénérable American Study Association [ASA - association des études américaines]. À plus de 60 %, les membres de cet influent syndicat du monde universitaire américain qui se sont exprimés ont approuvé un appel au boycott d’Israël. Ce prestigieux parterre d’enseignants et de chercheurs accepte donc le principe d’une rupture des relations avec des établissements publics israéliens de recherche et les programmes académiques soutenus par l’État hébreu.

La résolution approuvée cite "l’occupation par Israël de la Palestine”, les “programmes illégaux de colonisation de terres palestiniennes” et la construction du mur “en violation de la législation internationale” pour justifier cet appel au boycott, adopté à l’unanimité du directoire le 4 décembre. Les États-Unis auraient “une responsabilité particulière à prendre position, car c’est l’un des plus importants fournisseurs d’aide militaire à l’État hébreu”, avait explique au “New York Times” Curtis Marez, président de l’ASA et enseignant à l’université de Californie.

"Je suis juif et grand-père de trois citoyens israéliens, et en tant que chercheur qui travaille sur toute forme de colonialisme, y compris dans les territoires palestiniens, je salue le résultat de ce vote", se félicite Eric Cheyfitz, enseignant à l’Université de Cornell.

Initiative sans précédent

Le boycott ne vise cependant pas à empêcher toute collaboration avec des chercheurs israéliens. “La résolution ne s’applique pas aux individus qui sont engagés dans des formes de coopération académique, telles que des interventions lors de conférence ou la collaboration à des articles scientifiques”, rappelle le communiqué de l’ASA.

Reste que la portée, ne serait-ce que symbolique, d'un tel boycott est sans précédent. Même au plus fort de l’apartheid, l’ASA - qui a été fondée en 1950 - n’avait pas appelé à une telle action contre le régime segrégationniste d’Afrique du Sud.

Dans un pays qui a toujours soutenu la politique israélienne, l’initiative de l’ASA a créé un électrochoc au sein du monde universitaire qui s’est retrouvé du jour au lendemain fortement divisé sur cette question sensible. L’Academic Association of University Professor ( AAUP - l’autre grand syndicat du secteur) a, ainsi, rappelé son opposition de principe à toute forme de boycott universitaire qui “est une entrave à la libre circulation des idées”. Larry Summers, l’ancien président de Harvard et ex-secrétaire du Trésor durant le premier mandat de Barack Obama, s’est emporté contre “l’idée que de tous les pays dans le monde qui peuvent être critiqués pour des abus contre les droits de l’Homme, ou pour leur politique extérieure, on puisse décider qu’un seul est digne d’un boycott et qu’il s’agirait d’Israël”.

Extrémistes anti-israéliens ?

C’est d’ailleurs l’argument qui revient le plus souvent dans la bouche des opposants à l’appel au boycott. Pourquoi cibler Israël quand tant de dictatures mériteraient d’être prises pour cible par le monde universitaire américain ? “Je suis profondément inquiet pour la réputation de l’ASA si elle se fait, ainsi, prendre en otage par la rhétorique d’extrémistes anti-israéliens”, s’est désolé Judea Pearl, le père du journaliste assassiné Daniel Pearl et un informaticien et philosophe israélo-américain de renom.

Un argument qui n’aurait pas de sens aux yeux des défenseurs de l’appel au boycott. “Le fait que d’autres pays font pire qu’Israël ne légitiment pas pour autant les actions de l’État hébreu et ne doit pas le mettre à l’abri de toute critique”, affirme ainsi Steven Salaita, un professeur d’anglais d'origine palestinienne à l’université de Virginia Tech.

Si l’éventualité d’un boycott académique d’Israël divise autant aux États-Unis, une telle mesure est loin d’être sans précédent dans le monde universitaire. En mai dernier, le célèbre physicien Stephen Hawkins avait fait sensation en annonçant qu’il ne participerait pas à une conférence en Israël en signe de solidarité avec les Palestiniens. En Grande-Bretagne, deux universitaires israéliens avaient été renvoyés, en 2002, du comité de lecture - où est décidé quels articles sont retenus - de publications scientifiques anglaises à cause de leur nationalité et de leur soutien à la politique israélienne.

Première publication : 16/12/2013

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