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Economie

La Miss japonaise qui défie les yakuza

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 21/12/2013

Ikumi Yoshimatsu, première "Miss International" japonaise, a crée un électrochoc dans l’archipel en dénonçant l’influence de la mafia dans le "show-biz". Un acte de résistance qui intervient alors que Tokyo durcit le ton contre les yakuza.

Ikumi Yoshimatsu, la “Miss International” 2012, n’était pas présente pour féliciter la lauréate 2013 de ce concours de beauté international. La reine de beauté japonaise avait expliqué la veille lors d’une conférence de presse, que les organisateurs du prix avaient cédé aux pressions d’un agent lié aux yakuza et lui avaient demandé de se “faire porter pâle”.

Elle a avoué avoir subi durant plus d’un an des pressions de personnes liées au crime organisé japonais. Des déclarations qui ont fait d’elle une nouvelle icône de la résistance au milieu mafieux japonais, infiltré dans des pans entiers de l’économie de l’archipel. Depuis lors, son blog a reçu plus d’un million de visites.

Pour la "Miss International 2012", les problèmes commencent au printemps de l’année dernière, avant même son élection. La plus puissante des agences d’artistes dans le pays, “Burning Productions”, veut alors avoir son mot à dire sur la carrière de la star montante. Ikumi Yoshimatsu est priée de prendre un nouvel agent “ami”.

Ikumi Yoshimatsu, au fait des liens supposés de cette agence avec les Yamagushi-Gumi (le plus puissant gang de yakuza), ne veut pas en entendre parler. “Pour des raisons morales et éthiques, je ne pouvais pas travailler avec ces gens et leurs partenaires”, a-t-elle expliqué par la suite. Ce refus, dans un milieu où l’influence de la mafia est considérée comme un fait établi, passe mal.

Genichi Taniguchi, l’homme qui était “destiné” à s’occuper de la carrière du mannequin s’est alors, d’après la star, mis à la harceler. Coups de fils menaçants à sa famille, irruption violente sur des plateaux de “shooting” photos et détectives payés pour la suivre, voici ce qu’Ikumi Yoshimatsu invoque aujourd’hui pour déposer plainte contre cet agent de star. Lui nie les allégations de harcèlement et assure simplement avoir un différend d’ordre financier avec l’agent américain que la star japonaise s’est choisie pour gérer sa carrière.

“Goldman Sachs avec des flingues”

La résistance de la reine de beauté est un acte isolé, mais reste néanmoins symptômatique d’une évolution de la société japonaise. Jusqu’à récemment, l’influence des yakuza passait pour normale dans bon nombre de secteurs d’activités. “Ce sont des entités semi-légales, avec des bureaux qui ont pignon sur rue, des cartes de visites et des magazines”, explique, dans le journal "Foreign Policy", Jake Adelstein, ex-journaliste américain spécialisé dans les faits divers pour un média japonais et fin connaisseur  du crime organisé au Japon.

Les quelque 60 000 Yakuza, regroupés en 22 gangs, que compte l’archipel ont d’ailleurs beaucoup diversifié leurs compétences. Le racket, la prostitution, le trafic d’influence et le meurtre sont toujours des domaines dans lesquels ils excellent, mais des lois de 2011 ont beaucoup restreint la possibilité de faire affaire avec eux. Ils se sont alors intéressés à des métiers plus respectables comme la finance ou le show-business, sans délaisser pour autant des méthodes crapuleuses pour arriver à leurs fins.

Une diversification qui a particulièrement bien réussi aux Yamagushi-Gumi et à ses près de 40 000 membres. Une organisation plus proche de “Goldman Sachs avec des flingues”, d’après Jake Adelstein, que des brutes épaisses dépeintes dans les films. Jeff Kingston, auteur de “Le Japon contemporain”, juge que si les Yamagushi-Gumi décidaient d’entrer en bourse ils auraient un poids financier “comparable à celui de Toyota”.

Pas facile de s’opposer à une telle puissance économique qui, en outre, ne recule pas devant l’utilisation de la violence. Mais si Ikumi Yoshimatsu s’est sentie suffisamment à l’aise pour faire de la résistance, c’est que Tokyo semble décidé à durcir le ton. La reine de beauté a, en effet, bien choisi son moment : les autorités financières ont décidé de lancer des enquêtes contre plusieurs importantes banques japonaises pour leur liens supposés avec le milieu du crime organisé.

Un regain d’activité policière qui fait suite à la décision américaine de mettre, en 2012, les Yamagushi-Gumi sur la liste noire des organisations criminelles internationales. Le président américain Barack Obama avait, un an plus tôt, signé un décret appelant les institutions financières internationales à saisir les comptes, notamment, des clans mafieux japonais. Ce doigt accusateur que le chef de la première puissance mondiale a pointé en direction du Japon semble avoir convaincu Tokyo que les yakuza ne peuvent plus être considérés comme un mal nécessaire à l’économie japonaise. Et cela devient une vraie question d’image sur la scène internationale, à l'heure où l'archipel se prépare à organiser les JO de 2020.

Première publication : 20/12/2013

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