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Afrique

Soudan du Sud : qui sont les mystérieux combattants de l’Armée blanche ?

© AFP

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 30/12/2013

Alors que le Soudan du Sud est en proie à de violents affrontements entre armée régulière et forces rebelles, des miliciens à l’identité méconnue prennent part aux troubles. Parmi eux, 25 000 soldats formant l’"Armée blanche".

Au Soudan du Sud, une mystérieuse milice, surnommée "Armée blanche", s’invite dans le conflit qui oppose depuis le 15 décembre les forces fidèles au président Salva Kiir et les rebelles rangés du côté de l’ex-vice président Riek Machar. Dimanche 29 octobre, des soldats de cette armée auraient affronté l’armée loyaliste aux abords de la ville de Bor, située dans l’État de Jonglei. Mais qui sont donc les membres de cette milice, redoutée dans la région pour sa brutalité ? Certains soulignent des liens étroits avec Riek Machar, en revanche d’autres la considèrent comme indépendante.

L’Armée blanche, dont le nom rappelle la couleur de la cendre qui recouvre les soldats pour les protéger des insectes, serait en effet, pour beaucoup, acquise à Riek Machar, ancien bras droit du président, tombé en disgrâce l’été dernier. Et pour cause, ces soldats, au nombre de 25 000 selon les militaires sud-soudanais, sont majoritairement issus de la tribu des Nuer, la même que celle du chef rebelle.

Rivalités anciennes entre les ethnies Nuer et Dinka

Des origines tribales communes qui les auraient rapprochés dans les années 1990. Les militaires "blancs" étaient alors de simples éleveurs, tentant de protéger leur bétail contre les tribus rivales. Lors de l’intensification de la crise soudanaise, ils auraient pris les armes et rallié les forces de Riek Machar. En novembre 1991, à Bor, l’Armée blanche aurait participé au massacre de l’ethnie Dinka, celle du président Salva Kiir, majoritaire dans ce pays qui en compte au total 250.

Cette milice, que certains experts français confessent ne pas connaître, verrait aujourd’hui d’un mauvais œil l’appartenance du président sud-soudanais à l’ethnie adverse. "Ces rivalités renvoient à des périodes très troubles. Il n’y a aucune unité ethnique au Soudan du Sud", explique Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France au Soudan et auteur de "Le Soudan dans tous ses états".

Un soutien "pratique" pour Riek Machar

Cette proximité avec le guérillero Machar est cependant nuancée par Joe Contreras, un porte-parole des Nations unies. Ces hommes "sont des sympathisants de Machar, mais ne semblent pas obéir à ses ordres", explique-t-il à la BBC. "Armés de machettes et de gourdins, ils n’ont reçu aucune formation militaire."

Une analyse crédible, selon Michel Raimbaud : "C’était peut-être jusqu’alors une milice dormante, qui obéit à un chef de guerre". De leur côté, les rebelles de Machar se défendent de tout lien avec cette armée qui, selon eux, ne leur a pas prêté allégeance, assurant qu’il s’agit d’une "force organisée de façon indépendante". Une position que Michel Raimbaud décrit comme confortable : "C’est bien possible que l’Armée blanche ne soit pas sous leurs ordres, néanmoins, elle est de la même mouvance que les pro-Machar, et sur le terrain elle sert aussi ses intérêts. C’est donc très pratique pour Riek Machar de nier tout lien avec eux, de ce fait il n’a pas à répondre de leurs actes".

Première publication : 30/12/2013

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