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SPORT

Le Qatar s'offre une équipe (inter)nationale de handball

© AFP / Le Qatar a perdu face à la France 29-23 le 4 janvier 2014

Texte par Sylvain MORNET

Dernière modification : 05/01/2014

Le Qatar participe ce week end à la Golden League de handball à Paris. Novice sur la scène internationale, l’émirat nourrit des ambitions pour le Mondial-2015 organisé sur son sol. Il a donc mis à profit la flexibilité du système de naturalisation.

Ils sont Tunisien, Égyptien, Français, Espagnol, Cubain et Monténégrin et ils forment l’équipe nationale du Qatar de handball masculin. Néophyte dans ce sport, l’émirat recrute à tour de bras à l'étranger pour bâtir une sélection compétitive et faire figure honorable lors du prochain mondial organisé en 2015 sur son sol. Cette compétition, premier championnat du monde d'un sport collectif organisé par le Qatar, doit servir de vitrine du savoir-faire de l’état gazier.

Pourtant, entre le Qatar et le handball, l'histoire ne va pas de soi. Jusqu'à présent, l'émirat n'a jamais fait mieux qu'une 16e place lors des championnats du monde. C'était en 2003 au Portugal, lors de sa première participation à un mondial. À Doha, dans un an, l'objectif sera donc d’éviter de faire de la figuration.

"On est obligés de payer les gamins pour qu’ils viennent au handball"

Difficile pour cela de compter sur des joueurs locaux. "Les purs Qataris n’ont pas envie de jouer pour l’équipe nationale, ils n’ont pas besoin de ça pour vivre", déclarait ainsi le technicien Français Gaël Monthurel dans "Libération" en janvier 2013. "Pour recruter les jeunes, il faut longuement discuter avec les parents. On est même obligés de payer les gamins pour qu’ils viennent. Dans mon club, c’est 600 euros par mois", expliquait ainsi l’ancien médaillé de bronze à Barcelone en 1992, chargé de la formation des moins de 15 ans du club de l’armée, Al-Jaish.

Avec seulement 619 licenciés, quand la France en compte plus de 500 000, le Qatar a donc dû puiser dans ses "gazodollars". Les dirigeants qataris se sont tout d'abord payés, au printemps dernier, les services de l'un des meilleurs entraîneurs de la planète avec Valero Rivera, champion du monde avec l’Espagne en janvier 2013. Le technicien ibérique peut compter sur son compatriote Borja Fernandez, l'arrière cubain Rafael Capote, le Monténégrin Goran Stojanovic, les Tunisiens Sinen Wajdi et Youssef Ben-Ali, l'Égyptien Hassan Mabrouk ou encore l'ex-chambérien Bertrand Roiné, champion du monde avec la France en 2011. Tous ont accepté de garnir les rangs de la sélection émiratie.

"C’est ce qui doit s’appeler la mondialisation, avoue ironique Claude Onesta, l’entraîneur des Bleus, à FRANCE 24. Ce n’est pas la culture que je me fais d’une équipe nationale. Je vois des gens qui chantent l’hymne national d’un autre pays. Dans d’autres circonstances, je trouverais cela généreux et assez merveilleux, mais là… Moi j’ai encore une idée de la nationalité. Je suis fils d’immigrés. À l’époque, on changeait de nationalité quand la vie ou les idées vous y obligeaient. Là, le parcours est moins noble."

"La politique du Qatar en matière de handball va s’arrêter après 2015"

Il faut dire que dans le milieu du handball, les règles en matière de naturalisation sont bien moins drastiques que dans celui du football. Même après avoir déjà connu des sélections pour un pays, il est possible de changer de maillot à la condition de ne plus avoir joué de match international officiel depuis trois ans.

"C’est une dérive. Mais cela fait longtemps qu’on l’a constatée", explique à FRANCE 24 Daniel Costantini. "Le Qatar organise le Mondial-2015 et quand on connaît l’orgueil de ce pays, on sait qu’il faut qu’il fasse un résultat pour ne pas que le handball disparaisse aussi vite qu’il n’est apparu", indique l’ancien entraîneur de l’équipe de France, champion du monde en 1995 et 2001. "Malheureusement, je suis persuadé que la politique du Qatar en matière de handball va justement s’arrêter après 2015. Ce pays n’a pas besoin du handball dans les écoles pour développer la citoyenneté des gens, leur sociabilité et leur engagement personnel. Je pense donc que cela sera un coup d’épée dans l’eau."

Avant de penser à 2015, le Qatar visera en tout cas un premier titre au Bahreïn, en février lors du Championnat d'Asie, deux ans après avoir échoué en finale face à la Corée du Sud. En guise de préparation, la sélection émiratie dispute la Golden League à Paris les 4 et 5 janvier. Lors de leur premier match, les Qataris se sont inclinés 29-23 face à la France.

Première publication : 04/01/2014

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