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Afrique

Reportage : des centaines de Maliens rapatriés de Bangui

© FRANCE 24

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 06/01/2014

Plusieurs centaines de Maliens musulmans de Bangui, fuyant les violences, ont été rapatriés vers Bamako. Certains, qui habitaient la Centrafrique depuis toujours, n’ont jamais mis les pieds dans leur pays d’origine.

Après les Tchadiens, c’est au tour des Maliens de fuir la Centrafrique. Un mois après le début de l’opération Sangaris, les violences inter-confessionnelles sont loin de s’être calmées. Les milices chrétiennes d’autodéfense anti-balakas [anti-machettes en langue Sango], formées après la prise du pouvoir par les rebelles de la Séléka, s’en prennent désormais à tous les musulmans présents en Centrafrique.

Dans la cour de l’ambassade du Mali à Bangui, des centaines de familles musulmanes maliennes attendent le départ. Nombreuses sont celles qui vivent dans la capitale centrafricaine depuis toujours mais qui, face aux menaces dont elles sont l’objet, préfèrent laisser le pays de leur enfance derrière elles. Certains Maliens attendent depuis des jours d'être rapatriés. Dimanche, un convoi les a enfin acheminés vers l’aéroport, où ils ont embarqué pour le pays d’origine de leurs parents.
 
"Je suis née ici, je n’ai jamais mis les pieds au Mali, c’est la première fois que j’y vais", explique Aissatou Sissoko, qui attend le dernier appel dans la cour de l’ambassade avant d’être acheminée vers l’aéroport. Comme elle, la plupart des Maliens de Centrafrique dans l’attente de leur rapatriement laissent tout derrière eux. "Je ne pense pas revenir un jour, affirme Asmaou Isilla sur le chemin de l’aéroport. Ils ont détruit nos maisons, brûlé nos camions… Je suis très triste de laisser mon pays".
 
La fuite ou la terreur
 
Pour ces Maliens musulmans, le choix se résume à fuir ou subir la terreur. "J’ai perdu mon beau-fils. Ce sont les anti-balakas qui l’ont découpé en morceaux. Il est décédé", raconte Safiatou Touré, la voix pleine de tristesse et de résignation.
 
En tout, plus de 500 Maliens ont d’ores et déjà fui Bangui, soit un quart de la population malienne de Centrafrique. "Ils craignent d’être les prochaines victimes d’un tireur isolé ou bien même d’un voisin habité par une folie meurtrière, alors qu’avant les événements, ils partageaient des tas de choses ensemble, vivaient dans les mêmes quartiers", explique Diadé Dagnoko, l’ambassadeur du Mali en République centrafricaine.
 
"Ce ne sont pas juste les Maliens, ce sont tous les musulmans qui sont attaqués. Il y a des Sénégalais qui fuient, des Tchadiens, des Camerounais, des Nigérians aussi", précise Rokia Mbou, une jeune femme qui attend d’être rapatriée, un bébé d’à peine quelques mois dans les bras. Ces deniers jours, 12 000 Tchadiens – les forces tchadiennes sont accusées par les milices chrétiennes de soutenir les ex-rebelles de la Séléka – ont été contraints de rentrer dans leur pays d’origine.
 
Depuis début décembre, les violences entre musulmans et les chrétiens anti-balakas ont provoqué la mort de plus d’un millier de personnes, malgré le déploiement de 1 600 soldats français et de près de 4 000 soldats de la paix africains. Le nombre de déplacés s’élèverait, selon l’ONU à quelque 935 000 personnes, provoquant une crise humanitaire de grande ampleur.

Première publication : 06/01/2014

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