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Economie

Le "plus important délit d’initié de l’Histoire" devant la justice américaine

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 07/01/2014

C’est le procès d’un délit d’initié de 276 millions de dollars (202 millions d'euros). Au cœur de l'affaire, le trader Mathew Martoma, à travers qui la justice tente d’atteindre son ex-employeur, le multimilliardaire Steven Cohen.

Et si le “Loup de Wall Street” n’était en fait qu’un agneau ? Jordan Belfort, incarné à l’écran par Leonardo di Caprio, et les manigances financières qui l’ont rendu riche font en effet pâle figure face aux accusations qui pèsent sur Mathew Martoma et son ex-employeur SAC Capital.

Le procès de ce trader américain, qui débute mardi 7 janvier, est celui de “la plus lucrative affaire de délit d’initié de toute l’Histoire”, d’après le procureur de Manhattan Preet Bharara. Mathew Martoma est soupçonné d’avoir bénéficié d’informations non publiques sur un médicament qui lui ont permis de faire gagner la bagatelle de 276 millions de dollars (202 millions d'euros) à SAC Capital en 2008. S’il est reconnu coupable, il encourt une peine allant jusqu'à 45 ans de prison.

L’acte d’accusation de Mathew Martoma affirme que le trader a été informé par un médecin qu’un médicament anti-Alzheimer développé par deux sociétés - Elan et Wyeth - n’allait pas recevoir l’aval de la FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux). Le jour suivant, SAC vendait toutes ses parts dans ces deux groupes, évitant une importante perte et réalisant un profit conséquent.

Baleine blanche du procureur

Pour la plupart des observateurs, le dossier monté contre l’ex-employé de SAC Capital est solide. Mathew Martoma, qui est en liberté sous caution depuis 2011, serait alors un énième nom épinglé sur l’impressionnant tableau de chasse de Preet Bharara. Ce procureur a instruit à ce jour 78 dossiers de délit d’initié sans en perdre un seul.

Dans cet impressionnant palmarés figurent d'ailleurs plusieurs employés de SAC Capital visés par des enquêtes. Le mois dernier, le procureur a ainsi obtenu la condamnation de Michael S. Steinberg, reconnu coupable de délits d’initié et qui risque, quant à lui, jusqu’à 80 ans de prison. En tout neuf employés de ce hedge fund ont eu maille à partir avec la justice américaine. Six d’entre eux ont accepté de coopérer.

En novembre 2013, SAC Capital a, également, été reconnu coupable de fraude dans différentes affaires de délits d'initié. La société a payé 1,8 milliard de dollars pour mettre fin aux poursuites qui la visaient.

Pourtant, ce nouveau procès n’est qu’une semi-victoire pour Preet Bharara. Avec Mathew Martoma, la justice américaine pensait détenir le maillon manquant qui permettrait de faire tomber Steven A. Cohen, le patron de SAC Capital, intouchable jusque-là.

Ce multimilliardaire, figure à la fois légendaire et controversée de Wall Street, semble en effet être la cible ultime de Preet Bharara. Pour le procureur, le dossier contre Mathew Martoma allait permettre de faire tomber Steven Cohen. L’enquête fait référence à un étrange coup de fil de 20 minutes passé entre le trader et son ex-patron la veille de la vente des actions d’Elan et Wyeth. Mais l’insistance des enquêteur n’a pas réussi à ébranler la fidélité de Mathew Martoma envers Steven Cohen.

Règlement de comptes à Wall Street

Preet Bharara se retrouve donc sans munition réelle contre Steven Cohen. Depuis près d’une décennie, la justice américaine cherche à coincer ce dirigeant de “hedge fund” (fonds d’investissement à risque). Elle estime qu’une grande part des profits de SAC Capital a été réalisée grâce à des délits d’initié. L’utilisation illégale d’informations sensibles et non publiques obtenues grâce à un vaste réseau d’”experts” amis - essentiellement des médecins - aurait même, d’après les enquêteurs, été le principal fonds de commerce de SAC Capital. Pour le très informé site financier américain Zerohedge, Steven Cohen est, en fait, l’inventeur des systèmes de réseaux d’experts rémunérés pour leurs informations où la frontière avec le délit d’initié est parfois plus que ténue.

En ce sens, Steven Cohen représente l’incarnation des dérives que traque le procureur américain. Mais dans ce règlement de compte à Wall Street, les preuves de la culpabilité de Steven Cohen manquent. Ainsi, aucun des six employés qui ont accepté de coopérer ont fourni d’éléments permettant d’inculper leur patron.

La seule menace judiciaire qui pèse actuellement sur ses épaules est une procédure civile de la SEC (gendarme de la Bourse américaine) pour défaut de supervision de deux employés soupçonnés de délit d’initié. Des accusations que le magnat de la finance conteste. “Personne ne viendra témoigner avoir discuté [de délits d’initié] avec Steven Cohen”, affirme les avocats de SAC Capital dans une réponse aux accusations de la SEC que le magazine américain "Time" a pu consulter.

En attendant d’éventuels rebondissements judiciaires, Steven Cohen, qui gagnait plus de 900 millions de dollars (660 millions d'euros) par an au plus haut de sa carrière et vaut plus de 9 milliards de dollars (6,60 milliards d'euros), peut continuer à habiter sa villa de 3251 m² dans le Connecticut où il a constitué une impressionnante collection d’art.

Première publication : 07/01/2014

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