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Asie - pacifique

L'Afghanistan lance son premier recensement depuis 1979

© FRANCE 24

Vidéo par Sylvain LEPETIT , Miyuki DROZ ARAMAKI

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/01/2014

Pour la première fois depuis 1979, l’Afghanistan a lancé un vaste programme de décompte de sa population. Les Nations unies, qui accompagnent le pays dans ce recensement, reconnaissent que ce défi est d’envergure.

Combien y a-t-il d'Afghans en Afghanistan ? La réponse à cette question, simple d’apparence, remonte à près de 35 ans. Le dernier recensement mené dans le pays date de 1979, soit avant l'occupation soviétique, la guerre civile, le régime Taliban, puis l'invasion américaine.

Le nombre d’Afghans se situerait à ce jour entre 26 et 32 millions. Et pour obtenir des données plus précises, le gouvernement afghan et les Nations Unies ont lancé un programme de décompte de la population de ce vaste territoire d'Asie centrale. Un véritable défi dans ce pays encore en guerre où la loi interdit aux femmes de parler à des inconnus.

Deux reporters de FRANCE 24, Miyuki Droz Aramaki et Sylvain Lepetit, ont suivi une équipe de recenseurs à Kaboul. Au total, ils sont 2 500 à arpenter la capitale, dans des quartiers qui n’existaient parfois pas dix ans plus tôt.

Des tabous subsistent

Première difficulté rencontrée par ces enquêteurs, l’impossibilité de compter les femmes. Par tradition, seuls les membres de la famille peuvent entrer dans les habitations. Les deux fonctionnaires doivent recueillir les informations sur le pas de la porte. "Je suis de ce quartier, les gens me connaissent. C'est plus facile de les convaincre de répondre aux questions… On leur garantit la confidentialité des informations", confie l’un d’eux.

Une fois le recensement effectué, les maisons comptabilisées sont marquées d'un coup de pinceau. Cependant, une question reste taboue : l'origine ethnique. Pendant des mois, le recensement afghan a dû être suspendu : les représentants des différentes ethnies du pays craignaient de voir les résultats modifier les rapports de force politique.

Haji Mohammad Mohaqiq, ancien chef de guerre et candidat à la vice-présidence, estime que ces informations pourraient porter préjudice aux minorités, et notamment la communauté Hazara qu’il défend. "Ça aurait un effet direct sur le Parlement, la répartition des sièges et le choix des candidats. Si on ne protège pas l'existence des minorités, cela aura de graves conséquences sur la justice et sur la défense de leurs droits", explique-t-il.

Un défi lié à la sécurité

Cette première tentative de recensement depuis 35 ans est surtout promue par la communauté internationale qui la finance : 8 millions d'euros, rien que pour Kaboul. Le but est de mieux évaluer les besoins de la population. Mais difficile d'imaginer les équipes se rendre en territoires taliban. Même Mercedita Tia, responsable du sondage pour les Nations unies, a de la peine à y croire : "Nous estimons que les conditions de sécurité s'amélioreront d'ici 2015-2016. Nous sommes plutôt optimistes et pensons que nous pourrons nous rendre aussi dans les zones difficiles."

Avec le retrait des troupes étrangères, il sera de plus en plus difficile pour les fonctionnaires afghans de se déplacer en sécurité. Pour l'instant, les Nations Unies n'ont réussi à comptabiliser que les trois provinces les plus paisibles du pays sur les 34 que compte l'Afghanistan.
 

Première publication : 07/01/2014

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