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FRANCE

"Il faut écrire sur la Syrie et, pour cela, y être"

© AFP | Nicolas Hénin, kidnappé le 22 juin avec le photographe Pierre Torres.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/01/2014

Lors d’une soirée organisée par le Comité de soutien aux quatre journalistes français enlevés en Syrie, de nombreux professionnels ont témoigné, lundi, des difficiles conditions de travail dans ce que l’un d’entre eux a nommé "l’empire du mal".

Cent vingt journalistes ont été tués en Syrie au cours de ces trois dernières années, dont 90 étaient Syriens. Dans ce pays déchiré par la guerre civile, entre 30 et 40 journalistes occidentaux sont retenus en otage à ce jour. Parmi eux, se trouvent quatre français, détenus depuis sept mois : Dider François, Edouard Elias, Nicolas Hénin er Pierre Torres.

Lundi 6 janvier, leur Comité de soutien, présidé par Florence Aubenas, elle-même otage pendant cinq mois en Irak, a organisé une soirée-débat à la Maison de la Radio, à Paris. Des journalistes français, syriens, polonais, espagnols et italiens, ainsi que des humanitaires, sont venus témoigner, parfois de façon poignante, des conditions de travail en Syrie et, pour certains, de leurs difficiles conditions de captivité.

"Tellement de journalistes ont disparu"

"J’ai eu les yeux bandés pendant trois semaines, des côtes fêlées, ils ont fait semblant de m’exécuter plusieurs fois, raconte le photographe Jonathan Alpeyrie, retenu 81 jours. [Les ravisseurs] avaient une télé, ils me demandaient pourquoi on ne parlait pas de moi, me disaient que j’étais un agent américain. Un proche du régime d'Assad a payé ma rançon, car il avait des problèmes avec l’Union européenne et voulait pouvoir voyager". Pour ce Franco-américain, "couvrir la guerre là-bas n’a plus de sens, il y a tellement de journalistes qui ont disparu".

Son confrère, l’italien Domenico Quirico, journaliste à "La Stampa" affirme, au contraire "pouvoir y retourner demain. [...] Il faut écrire sur la Syrie et, pour cela, y être. Sinon sur quoi écrire ?", s’interroge-t-il. L’homme, libéré en septembre dernier, assure que la prise d’otage est l’un des dangers inhérents à son métier. "La vraie tragédie, poursuit-il, c’est celle des 22 millions de Syriens. On dit que 130 000 personnes sont déjà mortes dans ce conflit mais on ne sait pas exactement. Ces 130 000 personnes, ce sont des enfants, des vieux, des civils qui sont morts. C’est nécessaire de continuer à aller en Syrie pour transformer ce chiffre en êtres humains."

Dans l’assemblée, un journaliste franco-syrien acquiesce : "Il faut continuer à aller en Syrie pour témoigner, c’est important ». Difficile, pour autant, de parvenir à travailler dans ces conditions de sécurité plus qu’incertaines. "On n’est pas suicidaire. Si c’est y aller et ne pas revenir, ça ne sert à rien. Je me sens coupable de ne pas y retourner, mais ma culpabilité n’est rien au regard de ce qu’ils vivent là-bas", assure Garance Le Caisne journaliste-pigiste pour le "JDD" et le "Nouvel Observateur".

Compliqué de faire confiance

Dans ce que Jean-Luc Hees, président de Radio France, nomme "l'empire du mal", il devient très compliqué de faire confiance aux gens. "Je suis allé cinq fois en Syrie, chaque fois je travaillais avec l’Armée syrienne libre, des révolutionnaires laïcs qui combattaient un régime sanguinaire, témoigne Domenico Quirico. J’avais confiance en eux. Mais la première révolution syrienne n’est plus, ils sont tous morts, tués par la guerre. Aujourd’hui, personne n’est plus ce qu’il dit être, il y a de faux révolutionnaires, de faux rebelles". Lui-même a été trahi par un petit groupe de l’Armée syrienne libre.

C’est pour cette raison que Garance Le Caisne préfère travailler seule, sans avoir recours à fixer. De son côté, Hala Kodmani, une Franco-syrienne travaillant pour "Libération", se fait, elle, passer pour une habitante, notamment pour éviter de se faire repérer comme une cible potentielle.

Peter Bouckaert, directeur de Human Rights Watch, déconseille à tous les journalistes d’aller dans le nord de la Syrie. "Si vous êtes pris par l’ISIS [groupe djihadiste EIIL, l’État islamique d’Irak et du levant, NDLR], votre avenir est très incertain". C’est ce groupe islamique qui détient, selon la plupart des intervenants de la soirée-débat, les quatre journalistes français.

Première publication : 07/01/2014

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