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FRANCE

École Gülen en France : "On n'est ni une secte, ni des intégristes"

© Charlotte Oberti/FRANCE 24

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 10/01/2014

Le mouvement musulman turc Gülen a implanté une de ses écoles privées en banlieue parisienne. Prônant un enseignement laïc, le mouvement espère s'installer durablement en France et lever les suspicions qui pèsent sur lui. Reportage.

À Villeneuve-Saint-Georges, à moins de 20 kilomètres au sud de Paris, une école pas tout à fait comme les autres a ouvert ses portes en 2009. L’établissement EducActive est la première implantation en France de la confrérie musulmane Gülen, un mouvement sociétal et religieux turc. Cette école alternative assure prôner un enseignement basé sur "la bienveillance" et sur "les relations étroites entre professeurs et élèves".

"Dans notre école, les élèves se sentent à l’aise, on les aime", annonce fièrement Abdurrahman Demir, le directeur général de l’école – qui englobe le primaire, le collège et le lycée. Ici, pas de cours de religion, ni de port du foulard, mais le port de l’uniforme : l’établissement revendique sa laïcité. "Nous nous conformons à la société française."

L’établissement privé n’est pas sous contrat avec l’État, bien qu’il en ait "fait la demande", mais directeur et enseignants affirment suivre les programmes de l’éducation nationale. "L’école ne reçoit jamais la visite d’inspecteurs, car ils n’ont pas le temps", explique Abdurrahman Demir. L’établissement, d’une capacité maximale de 240 élèves, attire des enfants et des adolescents de milieux sociaux aisés, notamment en raison de frais de scolarité élevés – 3 700 euros annuels en primaire, 4 700 euros au collège et 5 200 euros au lycée. Mais ce sont surtout les dons privés, venus majoritairement de Turcs sympathisants du mouvement Gülen, qui financent l'établissement.

"Pas de violence, pas de bagarre, pas de racket"

Sur les 189 élèves inscrits, environ 70 % sont franco-turcs, évalue le directeur. Ce dernier se défend toutefois de tout communautarisme : "Notre but est de diversifier les élèves. C’est certes une école ouverte par des Turcs mais pas pour des Turcs", nuance-t-il. Selon lui, le secret de son école est très subtil : "Nous instaurons une relation de confiance entre l’apprenant et l’enseignant. Et nous avons de bons résultats : dans l’école, il n’y a pas de violence, pas de bagarre, pas de racket", croit savoir le directeur.

Les professeurs, recrutés via Pôle emploi ne disposent pas tous des diplômes requis dans l'Éducation nationale. Mais ils assurent compenser par une plus grande disponibilité. Ainsi, il se rendent régulièrement chez les parents d’élève, après la classe, "pour dîner ou simplement échanger avec la famille".

"Au début, c’était inhabituel de voir mes professeurs venir à la maison, avoue Meltem, élève de 1ère S, mais maintenant ça va." La jeune fille de 16 ans explique se sentir beaucoup plus encadrée dans cet établissement qu’elle ne le serait dans un lycée public.

Une vision idyllique de l’établissement qui tranche avec la suspicion pesant autour de l’organisation chapeautant la structure.

"Pas une confrérie, ni un réseau, ni une secte"

Si l’école attire aujourd’hui les regards, c’est que le mouvement à l’origine de sa création fait parler de lui sur la scène internationale. En Turquie, le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan est actuellement empêtré dans un scandale politico-financier, dont il attribue l’éclatement au mouvement Gülen, ou à la "néo-confrérie" comme certains l’appellent. Ce mystérieux mouvement, inspiré du soufisme, prône le dialogue interreligieux ainsi que l’amour universel et s’articule autour du prédicateur Gülen, exilé aux États-Unis depuis 14 ans. Fortement implanté au sein de la police et la magistrature turques, il a établi à l'étranger sa vitrine par le biais de centaines d’écoles, notamment en Afrique et en Asie.

Quand on demande au directeur de l'école, Abdurrahman Demir, de définir son mouvement, ce dernier peine à donner une réponse claire. "Nous ne sommes pas une confrérie, nous ne sommes pas un réseau et nous ne sommes certainement pas une secte", détaille celui qui confie avoir rencontré "le philosophe" Gülen dans sa maison en Pennsylvanie. "On nous assimile parfois à la franc-maçonnerie mais, là encore, c’est faux. Le problème, c’est que les gens réfléchissent en fonction de ce qu’ils connaissent mais nous ne rentrons dans aucun moule, nous ne ressemblons à rien de ce que les gens connaissent. Il faut inventer de nouveaux référents." L’homme assure par ailleurs qu’il n’y a pas de confessionnalisme entre les murs d’EducActive et que le personnel est globalement étranger aux thèses du prédicateur.

"Je ne connais pas Gülen"

"Le mouvement quoi ?" interroge d’ailleurs Linda, enseignante de CM2, à l’évocation de la confrérie, avant de retrouver la mémoire. "Lorsque j’ai postulé dans l’école, je me suis informée sur Internet et je suis tombée sur un article intitulé "Faut-il avoir peur du collège EducActive de Villeneuve-Saint-Georges ?". Pourtant, une fois ici, rien ne m’a semblé bizarre." Mme Gervois, la directrice ajointe, est en ce qui la concerne formelle : "Je n’ai rien à voir avec le mouvement Gülen. Nous n’en parlons jamais ici."

Ne pas en parler pour, peut-être, ne pas attiser les discriminations. "En France, le regard est moins tolérant envers les étrangers", constate Abdurrahman Démir, faisant le parallèle avec la Belgique, où il a auparavant dirigé une autre école Gülen. "Nous devons chaque fois montrer patte blanche pour prouver que l’on n'est pas des intégristes", regrette-t-il. Et d’ajouter : "mais qu’importe, nous avons de solides contacts dans les RG [les anciens services de renseignements français, NDLR], eux savent qu’ils n’ont rien à craindre de nous."

Première publication : 10/01/2014

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