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Economie

Quand les États-Unis redoutaient un Ben Laden virtuel

© Flickr

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 10/01/2014

Un rapport de 2008, qui vient d’être exhumé, mettait en garde les services de renseignement américains contre l’émergence d’un faux Ben Laden en ligne et les dangers du virtuel pour la sécurité nationale.

Un Oussama Ben Laden virtuel, même une fois mort, délivrant en ligne ses prêches et appelant à des actions violentes pour “les siècles à venir” : voilà l’une des craintes des services de renseignement américains, telle qu’exposée dans un document de travail de 2008 par l’Office of the Director of National Intelligence (ODNI).

Cet avatar de l’ex-leader d’Al-Qaïda, tué par les Américains en 2011 au Pakistan, aurait été créé à l’aide des “nombreux enregistrements audio et vidéo” d’Oussama Ben Laden, d’après les auteurs du rapport. Le niveau de sophistication des techniques de modélisation 3D permettrait de facilement le rendre crédible aux yeux du monde. Une manière de perpétuer sa légende et de faire croire à sa survie en cas de mort violente, prédisaient alors ces experts du renseignement.

Ce rapport de 142 pages, rendu public mecredi 8 janvier, ne s’intéresse pas uniquement à un Ben Laden tout en pixel. Il prévoyait que les technologies de modélisation 3D et les “mondes virtuels [comme World of Warcraft ou Second Life, NDLR] pouvaient servir [...] à des fins de recrutement, de transfert de fonds et de planification de futures attaques en utilisant des représentations virtuelles des cibles potentielles”.

“Barbie Girls” ou “World of Warcraft” ?

Ces auteurs appellent les espions américains à s’intéresser de très près à certains mondes persistants, et plus spécialement à ceux dédiés aux enfants. “Barbie Girls”, qui n’existe plus, et “Club Penguin”, qui compte plus de 150 millions d’utilisateurs, sont ainsi présentés par les auteurs comme des havres de paix où les militants islamistes radicaux pourraient se retrouver à l’abri des regards pour communiquer.

À l’époque de la rédaction de ce rapport, les auteurs soulignaient l’absence “de preuves concrètes” de l’utilisation par des groupes terroristes du nec plus ultra des dernières technologies. “On sait qu’ils exploitent parfaitement le Web 1.0 [forums de discussion et sites Internet traditionnels, NDLR], mais ils ne semblent pas encore avoir pris la mesure des opportunités du Web 2.0”, d’après ces experts du renseignement, convaincus que les islamistes radicaux ne tarderaient pas à s’y mettre.

Les espions de la NSA semblent avoir partagé le même avis avec les auteurs de ce rapport. Entre 2009 et 2011, l’agence américaine a espionné l’activité sur des jeux en ligne comme “World of Warcraft” pour y déceler d’éventuelles présences de terroristes en puissance, d’après des documents confidentiels rendus publics par l’ex-consultant de la NSA Edward Snowden.

Brouiller les cartes entre le réel et le virtuel

Quant à l’apparition d’un faux Ben Laden plus vrai que nature, elle n’a jamais eu lieu. Les groupes terroristes islamistes n’ont, pour autant, pas ignoré les progrès technologiques en modélisation et virtualisation. “Il est aujourd’hui très difficile sur l’Internet de faire la part entre le virtuel et le réel dans ce que ces groupes postent en ligne”, affirme Gilbert Ramsay, expert des réseaux islamistes et d'Internet au Centre d’études sur le terrorisme et la violence politique de l’université de Saint Andrews (Angleterre).

L’hypothèse du recours à des avatars pour incarner certains dirigeants de l’État islamiste en Irak et au Levant (EIIL) avait, d’après lui, circulé dans le milieu du renseignement. Mais ce sont les vidéomontages de combats en Irak qui illustrent, d’après Gilbert Ramsay, le mieux la sophistication technologique des groupes terroristes et leur attrait pour le virtuel. “Les fausses vidéos postées par ces mouvements étaient facilement identifiables il y a quelques années, tandis qu’aujourd’hui, ces montages censés montrer ce qui se passe sur le terrain en Irak ressemblent à des vrais petits films de guerre très réalistes”, reconnaît-il.

Si les auteurs du rapport se sont - pour l’heure - fourvoyés sur l’avènement d’un Ben Laden éternel, ils ont donc correctement identifié l’importance du virtuel pour les mouvements radicaux. “Brouiller les cartes entre ce qui est réel et virtuel est consubstantiel pour ces groupes. C'est devenu à la fois une arme de propagande et un moyen pour compliquer la tâche à ceux qui les traquent”, résume Gilbert Ramsay.

Première publication : 10/01/2014

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