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Economie

Les grands de la Silicon Valley se penchent sur le sort des mineurs congolais

© gesi.org

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 11/01/2014

L’entreprise américaine Intel, acteur majeur du secteur, s'engage à offrir à ses clients des microprocesseurs éthiques dont les matériaux ne proviennent pas des zones de conflit en Afrique. Une décision qui devrait faire des émules.

À l’instar des géants du textile, les entreprises du secteur des technologies n’échappent pas aux scandales liés aux violations des droits de l’Homme par leurs sous-traitants dans les pays en développement. Et ce n’est pas Apple ou Sony qui diront le contraire. Mais certains veulent tirer leur épingle du jeu et l’un d’entre eux - Intel - a choisi le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas pour le faire savoir. À l’occasion de cette grand-messe des leaders de l’Internet et de l’informatique, la firme américaine a annoncé qu’elle s’engageait, à partir de 2014, à ne plus vendre de microprocesseurs produits à partir des minéraux issus des zones de conflit en Afrique.

C’est la première fois qu’un acteur de cette envergure prend une telle disposition. Pourtant, l’enjeu est de taille car la plupart des outils électroniques du quotidien - smartphones, ordinateurs, etc. - sont conçus à partir de ces minéraux extraits dans la région des Grands lacs, déchirée par les guerres civiles et ethniques.

Économie de guerre

C’est notamment le cas en République démocratique du Congo (RDC) où des milices armées et des groupes rebelles ont pris le contrôle de nombreuses mines, s'accaparant ainsi les millions de dollars de profits générés. Dans la province du Kivu, on extrait 60 à 80 % du coltan, un minerai stratégique dans la fabrication des composants électroniques. Exploités et maltraités, les travailleurs congolais de ces mines et leurs familles subissent la violence de plein fouet chaque jour. Contactée par FRANCE 24, l’ONG américaine Enough Project, spécialiste de la question, affirme que seules 10% des mines de RDC ne sont actuellement pas sous la coupe des milices. “C’est peu mais il y a encore deux ans, nous étions à 0% ! Passer d’une économie de guerre à une économie de paix ne se réalise pas en une nuit”, explique Sasha Lezhnev, analyste chez Enough Project.

Marcus Bleasdale, du magazine “National Geographic”, a passé ces dix dernières années à photographier ces conflits afin de leur donner une plus grande visibilité. “Intel est l’un des plus importants fabricants de processeur au monde. Ce qu’il vient d’annoncer est énorme ! Je ne m’attendais pas à une action aussi significative”, se réjouit ce fin connaisseur de la région, dans une interview accordée à son magazine le 9 janvier.

Il a fallu des années aux équipes d’Intel pour identifier et enquêter sur leurs fournisseurs congolais. Car avant d’obtenir des produits high tech, les minerais utilisés passent par autant de sous-traitants qu’il y a d’étapes dans le complexe processus de transformation des matières premières. Qu’il s’agisse de l’étain, du tantale (présent dans le coltan dont Intel est le plus gros consommateur au monde), du tungstène ou de l’or, beaucoup d’acteurs de l’industrie des technologies s’accordent à reconnaître que leur propre chaîne d’approvisionnement est très complexe. Ce qui explique bien souvent que les entreprises ne savent pas (ou préfèrent ne pas savoir) ce qu’il se passe derrière les portes des usines de leurs sous-traitants dans les pays en développement.

D’autres bons élèves

Mais Intel n’est pas la seule entreprise à faire preuve de bonne volonté et de transparence quant à ces minéraux, selon Enough Project qui travaille sur ces zones de conflit en Afrique. “Les firmes HP, Sandisk, Blackberry ou encore Apple se sont mises à faire des efforts conséquents sur le terrain, affirme à FRANCE 24 Sasha Lezhnev. Elles sont d’ailleurs présentes dans notre classement des meilleures entreprises en la matière. Pour y figurer, nous nous assurons qu’elles tracent leur chaîne d’approvisionnement ou encore qu’elles vérifient les affirmations de leurs sous-traitants.”

Reste que devant l’absence de sanctions ou même de mesures gouvernementales pour dissuader les entreprises de faire appel à des fournisseurs véreux, peu se donnent les moyens d’agir. “Contrairement aux diamants, les minéraux des zones de conflit sont beaucoup plus difficiles à sourcer car il y a énormément d’acteurs. Nous avons véritablement besoin d’un système de traçage efficace”, plaide Marcus Bleasdale. Aux États-Unis, la loi baptisée Dodd-Frank apporte un premier cadre législatif pour répondre à ce problème. Les entreprises américaines ont jusqu’au 31 mai 2014 pour indiquer publiquement si elles utilisent des minéraux extraits en RDC ou ses pays voisins. Aucune sanction n’est toutefois prévue pour ceux qui exploitent aveuglément les mines en zones de conflit. L'Europe, de son côté, semble totalement à la traîne, même si “des discussions actives sont en cours à Bruxelles”, affirme Sasha Lezhnev.

Cibler les futurs consommateurs

Intel, pour sa part, promet de surveiller régulièrement ses fournisseurs et espère ainsi montrer l’exemple à d’autres entreprises. Mais pour Carolyn Duran, la directrice de la chaîne d’approvisionnement d’Intel, la pression la plus efficace viendra du consommateur. “C’est lui qui détermine et dénonce ceux qui font de bonnes actions et ceux qui leur tournent le dos”, a-t-elle déclaré à la radio américaine NPR.

C’est également l’avis d’Enough Project qui met un point d’honneur à travailler avec un public jeune, “parce qu’il incarne les consommateurs de demain”, explique Sasha Lezhnev qui se félicite de voir que, selon une récente étude de l’institut KPMG, 70 % des Américains de moins de 30 ans considèrent l’aspect éthique et social d’un produit avant de l’acheter. “Nous faisons beaucoup de sensibilisation auprès des étudiants, et ce à travers 150 campus américains, canadiens et britanniques, car ils consomment d’ores et déjà énormément de produits technologiques et peuvent donc influer sur le secteur”, conclut-il.

Première publication : 11/01/2014

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