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2014, le calendrier rêvé de la paix en Colombie

© AFP/Manifestation pour la paix à Cali en décembre 2013

Texte par David GORMEZANO

Dernière modification : 12/01/2014

Le conflit avec les FARC, vieux de 50 ans, fait de la Colombie un anachronisme en Amérique latine. Après plus d’un an de négociations à La Havane, un accord de paix est–il à portée de main en 2014 ?

Lors de ses vœux de fin d’année aux Colombiens, le président Juan Manuel Santos s’est montré résolument ambitieux : "2014 sera, espérons-le, l’année de la paix qui marquera la fin d’un conflit armé qui depuis un demi-siècle déjà n’a cessé de nous saigner. (…) Nous sommes 47 millions à ne pas nous résoudre à continuer à souffrir de la violence".

Des vœux teintés d’optimisme qui sonnent aussi comme une stratégie électorale. En effet, en 2014, le président colombien sera en campagne pour sa réélection à la tête du pays au mois de mai. Pour assurer son succès, Juan Manuel Santos veut à tout prix coupler l’élection présidentielle à un référendum pour ratifier un accord de paix avec les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie, entrées en guérilla en 1964).

Ce scénario idéal garantirait à coup sûr sa réélection, estiment ses supporters. FARC et gouvernement colombien négocient depuis plus d’un an à La Havane sous l’égide de médiateurs cubains et norvégiens. Dans la capitale cubaine, les négociations progressent et les deux parties trouvent des points d’accord, ce qui semblait impensable il y a quelques années seulement.

D’interminables négociations

En 14 mois de négociations serrées, les deux parties se sont ainsi accordées sur la participation de la guérilla à la vie politique (novembre 2013) et sur une réforme agraire et un programme de développement rural ambitieux (mai 2013). Deux dossiers qui, historiquement, sont à l’origine d’un conflit né dans les campagnes.

Mais il reste encore trois points cruciaux à négocier selon la feuille de route initiale : la culture de la coca et le narcotrafic, le désarmement des groupes armés et les réparations pour les victimes du conflit qui a fait 200 000 morts et 4,5 millions de déplacés (principalement entre 1996 et 2005).

Les deux parties doivent se retrouver lundi 13 janvier à La Havane pour un nouveau round de négociations. Auront-elles la volonté de se mettre d’accord en quelques mois et d’exaucer ainsi le calendrier dont rêve le président Santos ?

Un accord complet impossible à trouver d’ici mai

Pour l’universitaire Sandra Borda, "les négociations ont fait d’énormes progrès mais à un rythme qui n’est pas celui qu’espérait le gouvernement. Ce sera très difficile de boucler la négociation avant la présidentielle du moi de mai". Aussi le gouvernement colombien pourrait être tenté de présenter au vote populaire un texte incomplet et partiel évoque Daniel Pecaut, professeur à l’EHESS. "Ce serait un pari, voire un miracle, mais on voit mal comment les Colombiens pourraient se prononcer sur un texte qui ne soit pas définitif", nuance-t-il toutefois.

De son côté, Sandra Borda estime qu’une accélération du calendrier n’est pas impossible. "Le gouvernement a peur qu’un référendum qui se tiendrait à une autre date entraîne une faible participation de l’électorat. Du côté des FARC, la tenue d’un référendum n’est pas la priorité, c’est une condition qu’a imposé le gouvernement à la finalisation d’un accord de paix", explique-t-elle.

La participation des FARC à la vie politique

Les FARC, par la voix de son principal négociateur Ivan Marquez, persistent à rechercher "une sortie démocratique" à 50 ans de conflit. Mais selon un sondage de l’Universidad de los Andes, 70% des Colombiens refusent que les FARC puissent participer aux élections et 50% n’accepteraient pas le résultat d’une élection locale qui porterait au pouvoir un ex-combattant des FARC. Pour Sandra Borda, il ne fait aucun doute que "les Colombiens sont réticents à l’idée de voir des commandants des FARC se transformer en maires ou en sénateurs. Mais c’est au gouvernement d’expliquer à la population que sans cette disposition, il n’y aura jamais d’accord de paix".

Cette perspective, l’ex-président Uribe, partisan de la guerre à outrance contre la guérilla durant ses deux mandats (2002-2010), en a fait son combat. Fin décembre, il déclarait : "Mon mouvement politique ne s’opposera pas à un accord de paix, mais nous nous opposerons à ce que des criminels qui ont commis des crimes atroces ne soient pas emprisonnés et puissent se présenter à des élections". Cette position rend de fait impossible tout accord de paix alors que depuis une vingtaine d’années d’ex-guérilleros marxistes ayant appartenu à des mouvements de lutte armée autres que les FARC se sont parfaitement intégrés dans la vie politique, du côté de la gauche colombienne. Gustavo Petro, le très populaire maire de Bogota, fut un militant du M19 tout comme Antonio Navarro Wolf, qui fut lui ministre et sénateur.

Participation politique sans amnistie ?

Participer à des élections n’a pas non plus laissé des souvenirs inoubliables aux FARC. En 1985, après un accord avec le gouvernement d’alors, la guérilla marxiste lance un parti politique, l’Union Patriotica. Près de 3000 ex-combattants des FARC sortis des maquis se présentent alors aux élections locales et nationales et sont brutalement assassinés pendant la campagne par des paramilitaires. Plusieurs centaines d’élus seront empêchés de siéger.

Aussi le gouvernement colombien est face à un casse-tête. Pour faire adopter son plan de paix, il doit régler des questions juridiques majeures : permettre à certains leaders des FARC d’entrer en politique et établir une gradation des peines de prison pour ceux qui ont commis des crimes graves. Daniel Pécaut rappelle qu’à cet égard la Colombie est sous surveillance de la Cour pénale internationale.

Des FARC en bout de course

En plus des questions de calendrier et de modalités d’inclusion des FARC dans la vie politique, d’autres dangers plombent les chances d’aboutir à un accord de paix en 2014. "Une bonne partie des élites colombiennes, et pas seulement les partisans de l’ex-président Uribe, ne sont pas intéréssées par un accord de paix. Aujourd’hui, les villes sont sûres, il n’y a plus d’enlèvements. Inclure les FARC dans la vie politique pourrait favoriser l’émergence de mouvements paysans ou une renaissance du syndicalisme", explique Daniel Pecaut.

Pour Sandra Borda, ce sont les FARC qui ont aujourd’hui le plus à perdre si le processus de paix n’aboutit pas : "Je pense qu’il y aura un accord, mais qu’il prendra plus de temps que prévu. En effet, les FARC n’ont aucune raison de quitter la table des négociations car elles sont militairement très affaiblies. La coopération militaire étroite entre le gouvernement colombien et les États-Unis a été un outil très efficace pour lutter contre les FARC. Aujourd’hui, c’est impossible de revenir au niveau de violence que nous avons connu dans les années 80, 90 et 2000".

Première publication : 12/01/2014

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