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Afrique

Pour les immigrés des années 60, le mythe éternel du retour au pays

© AFP

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 23/01/2014

Dans un livre d’entretiens, des migrants âgés venus d'Afrique du Nord racontent leur vie de labeur et d’exil en France. Aujourd’hui confrontés à la précarité, ces retraités ne sont pourtant pas retournés vivre dans leur pays natal.

On les appelle les "invisibles", les "sans-voix". Ces migrants originaires du Maghreb, venus chercher un avenir meilleur en France pendant les Trente Glorieuses, ont passé leur vie à travailler. Aujourd’hui à la retraite, ces chibanis, littéralement cheveux blancs en arabe dialectal, n’ont pas retrouvé leur terre natale. Un choix pour certains, une obligation pour d’autres.

"Je me sens un petit mieux ici que là-bas, peut-être parce que je me suis habitué à être ici avec la mentalité. Mais je me sens quand même bien en Algérie, en fait maintenant j’ai deux pays", raconte un sexagénaire algérien, arrivé en France après l’indépendance de l’Algérie en 1962. Son histoire, comme celle de milliers d’immigrés algériens, tunisiens ou marocains, l’association lyonnaise L’Olivier des sages a décidé de la raconter dans un ouvrage intitulé " Parcours de vies, vies parcourues", paru aux éditions Bellier.

"Nous souhaitions qu’ils puissent déposer leur histoire dans un livre, sans jugement et sans critique, explique Zorah Ferhat, directrice de l’association et fondatrice du premier café social lyonnais en 2010. Notre but n’est pas de faire un best-seller mais que les jeunes se rendent compte du parcours de ces personnes. C’est avant tout un travail de mémoire."

Tous les témoignages, anonymes, ont été recueillis par des bénévoles de l’association. Retranscrits de manière brute, sans changer les expressions parfois formulées dans un français approximatif, ces récits touchants mais parfois aussi très durs offrent un aperçu de la vie des immigrés maghrébins en France. "À 22 ans, j’ai quitté l’Algérie parce qu’il y avait la pauvreté et qu’il n’y avait pas de travail (…) J’ai laissé ma femme mais je lui envoyais souvent des enveloppes qui lui permettaient de faire vivre tout le monde au pays", raconte un retraité algérien.

"Ce n'était pas le travail qui manquait"

À l’époque, la France tourne la page de la Seconde Guerre mondiale. Dans ses colonies où le chômage et la misère font rage, elle trouve une main d'œuvre foisonnante pour lancer la reconstruction. Bâtiment, travaux publics, industrie, agriculture… Ces jeunes hommes, en pleine force de l’âge, ne rechignent pas à la tâche. "Je suis rentré à l'usine. Je suis resté 35 ans. À l'époque, ce n'était pas le travail qui manquait. C'était les patrons qui venaient nous chercher dans les hôtels, les foyers, les cafés... Dans les usines, ils cherchaient... Mais ce n'était pas comme maintenant. Il y avait du travail", confie un Algérien arrivé en France en 1968. "Il n’y avait pas de matelas, pas de couverture, pas de chauffage, c’était la misère. C’était de la misère mais meilleure que là-bas au Maroc", se souvient un Marocain venu habiter chez des proches dans une cave de chantier.

Une vie de dur labeur avec un seul rêve : retourner un jour au pays pour y couler une douce retraite et mourir sur sa terre natale. Mais aujourd'hui, après avoir passé 20 ans, 30 ans voire 50 ans en France, cet espoir est devenu chimérique. "Je ne suis jamais rentré en Algérie. À mon départ, mes parents étaient morts et je ne connaissais plus personne là-bas. J'ai grandi ici, j'ai vécu ici, je reste ici", explique un Algérien arrivé en France à l’âge de 17 ans.

Le mythe du retour au pays

Pourquoi rester ? Pour ceux qui ont eu la chance de faire venir leur famille en France, il est désormais impossible de retourner au pays en laissant derrière eux leurs enfants et leurs petits-enfants. Quant aux autres, ceux qui ont passé leur vie seuls, loin de leur famille restée de l'autre côté de la Méditerranée, le lien familial s’est tout simplement délité avec les années. Ils ne servent plus que de portefeuille. Sans oublier une santé déclinante qui nécessite parfois des soins permanents. "Le foie, les yeux, le cœur… Je suis malade de partout quoi. J’ai des soins à vie !!! Des fois, je compte les jours, peut-être que je vais mourir dans quelques jours, dans quelques mois, j’en sais rien", regrette un Algérien.

Car pour continuer à bénéficier de leurs droits sociaux, ils doivent rester en France. Ils sont en quelque sorte assignés à résidence parce qu’ils touchent des prestations sociales comme les APL ou l’Aspa, l’allocation de solidarité aux personnes âgées. Cette aide spéciale, versée à ceux qui perçoivent une petite retraite, est un complément qui permet d’atteindre le minimum vieillesse, soit 787,26 euros mensuels pour une personne vivant seule. Or, le versement de cette prestation est soumis à l’obligation d’avoir une résidence "stable et régulière", c'est-à-dire de vivre en France au moins six mois par an (décret du 18 mars 2007).

Si certains ont eu la chance de pouvoir louer un appartement, d’autres se retrouvent à finir leurs jours dans des foyers de travailleurs, parfois dans la même chambre de 4,50 m² qu'ils occupent depuis leur arrivée en France. Dans ces lieux inadaptés à leur âge ou à leur état de santé, ils sont confrontés à l’isolement et à une précarité parfois extrême. Une vie d’exil. Jusqu’au bout.

"Parcours de vies, vies parcourues", association L’Olivier des sages, éditions Bellier, 17 euros.

Première publication : 12/01/2014

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