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FRANCE

"Le virage social-démocrate de François Hollande est solide"

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Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 15/01/2014

Pacte de responsabilité, chômage, Europe… Durant 2h30, François Hollande a expliqué sa feuille de route pour "mettre en mouvement la France". Regards croisés sur la conférence de presse du président par un économiste et un politologue.

Ne lui parlez pas de virage dans sa politique, car “tourner suggère de ralentir”. François Hollande préfère déclarer qu’il “accélère en restant sur le même chemin”. Lors d’une grande conférence de presse à l’Élysée mardi 14 janvier - la troisième du genre depuis le début de son quinquennat - le président français s’est attaché à livrer sa feuille de route jusqu’à 2017.

En véritable social-démocrate assumé, il a détaillé le contenu de son pacte de responsabilité, dont les contours ont déjà été annoncés lors de ses vœux aux Français le 31 décembre. Cette mesure - visant à réduire le coût du travail qui pèse sur les entreprises contre plus d’embauches - constitue un nouveau chantier dans le combat du chef de l’État contre le chômage. Mais François Hollande a également abordé d’autres thèmes comme sa politique internationale et sa volonté de dessiner un couple franco-allemand fort. Les détails très attendus sur sa liaison supposée avec une comédienne et l’état de santé de la Première dame devront, en revanche, attendre.

Thomas Guénolé, politologue et maître de conférences à Science-Po, et Pascal De Lima, chef économiste au cabinet de conseil EconomicCell, analysent pour FRANCE 24 les principaux points abordés par le président.

  • Pacte de responsabilité et chômage

Thomas Guénolé n’est pas vraiment convaincu par la nouvelle mesure du chef de l’État : “Son pacte de responsabilité possède un point faible évident. C’est que la notion de “pacte” suppose de la bonne volonté des deux côtés. Or, à ce stade, l’engagement des entreprises est totalement incertain. Selon moi, prendre le problème de l’emploi par l’embauche forcée n’est pas la solution. Je crois davantage à une relance ‘keynésienne’ par la demande émanant de l’État lui-même. L’économie écologique pourrait être un bon levier. Modernisation des transports, isolation… c’est la France entière qui pourrait être en chantier - sous l’impulsion de l’État - et donc créer de l’emploi et de l’activité. Mais cela suppose de laisser s’envoler la dette publique…”

Pascal De Lima se montre, pour sa part, plus positif : “Malgré ce qu’il en dit, en portant son intérêt sur les entreprises, François Hollande amorce bel et bien un virage social-démocrate pour répondre à un vrai problème d’offre. Et je pense que c’est solide. Économiquement parlant, son pacte de responsabilité se tient et va dans le bon sens. En revanche, le million d’emplois attendus par le Medef me semble être un chiffre tout à fait déraisonnable. Il n’y arrivera pas. D’autant plus que l’abaissement des charges patronales contre plus d’emploi, c’est une technique déjà vue et employée, notamment par tout le système Aubry des 35 heures ou plus récemment par Nicolas Sarkozy et sa défiscalisation des heures supplémentaires. À chaque fois, les créations d’emplois ont eu lieu mais dans des proportions marginales…”

  • Allègement fiscal pour les Français et baisse des dépenses publiques

Thomas Guénolé reste circonspect sur cette thématique : “Sur ce point là, je n’ai rien entendu de concret. Ce qui, à mon sens, signifie que la baisse d’impôt promise n’aura pas lieu cette année. Et je pense que François Hollande a raison car avant de baisser les impôts, il est beaucoup plus sûr de baisser les dépenses publiques. Il faut désormais qu’il donne plus de précisions sur cet aspect et sur l’action de son futur Conseil des dépenses publiques dont il vient d’annoncer la création.”

Pascal De Lima, de son côté, a apprécié la prudence du président : “Même s’il n’a pas dit grand-chose, il a été subtil : il souhaite économiser plus pour dépenser mieux, ne pas 'couper aveuglément dans les budgets', selon ses dires. Et introduire ce volet qualitatif, c’est nouveau. Il n’est pas aussi flou que l’opposition l’entend. Il est en fait assez clair, mais trop large. Derrière ses propositions, il peut y avoir des milliers de façons de faire !”

  • Politique internationale

Thomas Guénolé se dit très insatisfait sur ce point : “François Hollande se targue d’un succès au Mali et d’un succès en bonne voix en Centrafrique. Moi, je suis pessimiste dans les deux cas. D’abord parce que j’estime que l’armée française est en sous-effectif par rapport aux enjeux. Ensuite, parce que la racine profonde du problème dans ces régions c’est l’extrême pauvreté de masse et le niveau d’éducation. Ce n’est pas en repoussant les combattants djihadistes dans les montagnes qu’on les a éradiqués."

Pascal De Lima est, de son côté, plus clément : “François Hollande a voulu se focaliser sur le cas du couple franco-allemand car il est actuellement en légère crise, même si on est encore loin de la rupture. Il y a un équilibre instable et fragile entre les deux grands de l’Europe et il a plutôt raison de plaider pour une renaissance de ce couple nécessaire. Chercher à dresser un bilan exhaustif de sa politique internationale n’aurait pas été stratégique car il aurait dilué son message et celui-ci aurait perdu en intensité.”

  • Union européenne

Thomas Guénolé a vu dans la grande tirade de François Hollande sur les liens franco-allemands, avant tout une manœuvre politique : “Il a besoin de matière sur l’Europe, afin de donner de la consistance au programme du Parti socialiste en vue des élections européennes. Car sans cela, sur quoi ferait-il campagne ? Le scrutin des Européennes est souvent réparti entre les votes défouloirs et anti-système (qui reviendront au Front national et au Front de Gauche) et les votes idéalistes (qui donneront l’avantage au Centre et surtout à Europe Écologie-Les Verts). L’UMP et le PS, pour leur part, veulent éviter de trop perdre leur rente électorale.

Pascal de Lima, avec son regard d’économiste, est plus enthousiaste : “Sa façon d’aborder le couple franco-allemand est assez nouvelle. Il parle enfin de ‘convergence’ et non pas de ressemblance. Il s’agit d’exploiter les spécificités des pays de manière constructive, pas de chercher à s’imiter. Par exemple, les Allemands - forts en énergies renouvelables - et les Français - forts en recyclage énergétique - vont pouvoir mutualiser leurs compétences. Le couple franco-allemand peut marcher et peut vraiment servir d’exemple pour l’Europe. À condition, tout de même, qu’Angela Merkel et François Hollande s’accordent sur la politique monétaire de la Banque centrale européenne (l’Allemagne veut moins de laxisme) et les plans d’austérité (que l’Allemagne souhaite renforcer). Sur ces deux points discordants, la France est plus proche de l’Italie ou de l’Espagne. Mais Berlin et Paris ont l’air décidés à s’entendre, surtout, comme l’a souligné François Hollande, depuis que la chancelière a mis en place le salaire minimum en Allemagne. Un premier pas vers la convergence qui en laisse présager d’autres.

Première publication : 14/01/2014

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