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Afrique

Les Algériens s’interrogent sur un retrait anticipé du président Bouteflika

© AFP'Abdelaziz Bouteflika lors de la visite de François Hollande à Alger en décembre 2012

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 15/01/2014

La seconde hospitalisation en huit mois du président algérien au Val-de-Grâce, à Paris, alimente toutes les spéculations. Bien que le pouvoir se montre rassurant, la presse s'interroge sur la capacité du chef de l’État à achever son mandat.

"Sauf cas de force majeure". À trois mois de la présidentielle, la formule alimente les spéculations en Algérie. Dans une dépêche publiée avant l’annonce de l’admission, lundi 13 janvier, d’Abdelaziz Bouteflika à l’hôpital parisien du Val-de-Grâce, l’agence de presse algérienne APS indiquait que ce dernier "procèdera, sauf cas de force majeure, à la convocation du corps électoral pour l’élection présidentielle de 2014 entre les 16 et 17 janvier en cours, conformément aux délais impartis par le code électoral". Entendez par-là : comme convenu, le chef de l’État fixera la date du prochain scrutin présidentiel excepté s’il ne survient un pépin.

Une précaution que d’aucuns, à Alger, voit comme un démenti involontaire du discours officiel assurant que l’hospitalisation du président algérien, âgé de 76 ans, n’est qu’un contrôle de routine prévu de longue date. "Puisque le déplacement n’est pas dicté par l’urgence, pourquoi alors l’entreprendre à la veille de la convocation du corps électoral ? La présidence ne peut-elle pas l’avancer ou le retarder ? Pourquoi ne l’a-t-elle pas annoncé depuis longtemps ou, du moins, le jour même du déplacement, soit lundi ?" s’interrogeait mardi le quotidien "El Watan".

"Les mêmes qui mettent en images et en mots la communication d’Abdelaziz Bouteflika auraient pu préparer l’opinion depuis quelques jours, en annonçant que cette ‘visite médicale routinière de contrôle’ allait avoir lieu. Mais non ! s’insurgeait de son côté le site d’information TSA. Une fois encore, on met les Algériens devant le fait accompli contribuant en cela à un émoi sur les réseaux sociaux qui, en attendant le communiqué de la présidence, bruissaient de rumeurs toutes plus alarmantes sur la santé du président, voire son décès."

"Cache-t-on la vérité ?"

"Cache-t-on la vérité ?" titre ce mercredi 15 janvier un autre article d’"El Watan" dont des sources affirment que le chef de l’État a été transféré à Paris "en urgence dimanche et non pas lundi et qu’il aurait quitté le pays dans un état de santé détérioré". L’hebdomadaire "Jeune Afrique", basé à Paris, indique pour sa part qu’"une partie de la famille proche du président séjourne également à Paris, depuis lundi, dans un grand hôtel.

"Si la seconde hospitalisation du chef de l’État confirme une réelle dégradation de son état de santé, la question de sa capacité à rester encore au pouvoir jusqu’au mois d’avril prochain - date de l’élection présidentielle - est sérieusement posée. Va-t-il abandonner ?", s’interroge ainsi "El Watan". À en croire le quotidien algérien, le Haut commandement de l’armée a convoqué, lundi, une réunion d’urgence pour "réfléchir à tous les scénarios de crise".

Aujourd’hui que la capacité d’Abdelaziz Bouteflika à achever son mandat est remise en question, la possibilité qu’il puisse officiellement briguer un quatrième mandat à la tête du pays, comme le lui demande le Front de libération nationale (FLN), le parti au pouvoir, semble s’éloigner encore un peu plus. Comment un chef d’État qui, depuis sa première hospitalisation à Paris en juin 2013 pour cause d’AVC, n’a assisté qu’à deux conseils de ministres et effectué aucune apparition publique peut-il prolonger son bail au palais présidentiel ?

"Alors que tout le monde sait que le président est malade, incapable de gérer le pays […] on se pose la question : pourquoi ne veut-il pas laisser l'alternance opérer tout à fait normalement ?" vitupérait, il y a un mois, Sofiane Djilali, président du parti Jil Jadid, lors d’une réunion des formations d’opposition à Alger.

Pour "El Watan", la candidature imminente à la présidentielle du populaire Ali Benflis, ancien Premier ministre d'Abdelaziz Bouteflika, ne serait pas étrangère à cette obstination. Le chef de l'État verrait d’un très mauvais œil l’arrivée au pouvoir de celui à qui il n’a jamais pardonné de l’avoir défié dans les urnes en 2004. "Passer les clés du palais d’El-Mouradia à son pire ennemi serait insupportable, voire inacceptable pour Bouteflika", a confié, sous couvert d’anonymat, un ancien ministre au quotidien algérien.

Reste qu’Abdelaziz Bouteflika n’a toujours pas fait officiellement acte de candidature. L'annonce de la convocation du corps électoral doit se faire 90 jours avant l’élection présidentielle et les postulants à la magistrature suprême doivent se faire connaître au plus tard 45 jours avant le scrutin. Le président algérien dispose donc d’un mois et demi pour faire part de ses intentions.

Première publication : 15/01/2014

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