Ouvrir

À suivre

Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

LE JOURNAL DE L'ÉCONOMIE

McDo en Russie : scandale sanitaire ou pression politique?

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"La constance c'est la confiance"

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Blackout médiatique contre l'État islamique

En savoir plus

DÉBAT

Rentrée économique en France : croissance, inflation... Tableau noir pour l'exécutif?

En savoir plus

DÉBAT

Israël - Hamas : accord impossible?

En savoir plus

SUR LE NET

La Toile divisée à propos de Darren Wilson

En savoir plus

À L’AFFICHE !

Adèle Haenel, nouveau visage du cinéma français

En savoir plus

JOURNAL DE L’AFRIQUE

Ebola : le Cameroun ferme ses frontières avec le Nigeria

En savoir plus

LE JOURNAL DE L'ÉCONOMIE

Moins d'un Français sur deux est imposable

En savoir plus

  • Syrie - Irak : le pape François tantôt pacifiste, tantôt va-t-en-guerre

    En savoir plus

  • Gaza : trois commandants du Hamas tués dans un raid israélien

    En savoir plus

  • Cécile Rol-Tanguy : "Je représente les résistantes qui ont été oubliées"

    En savoir plus

  • Assassinat de James Foley : les États-Unis ont tenté de le libérer

    En savoir plus

  • Le chef de l'armée désigné Premier ministre à Bangkok

    En savoir plus

  • Ukraine : "C’est le début de la Troisième Guerre mondiale"

    En savoir plus

  • Pourquoi les négociations sur un cessez-le-feu permanent sont un cauchemar ?

    En savoir plus

  • Libération de Paris : où étaient les combattants noirs de la 2e DB ?

    En savoir plus

  • Netanyahou compare le Hamas aux jihadistes de l'État islamique

    En savoir plus

  • Fabius veut coordonner avec l'Iran la lutte contre l'État islamique

    En savoir plus

  • Darius, ce jeune Rom lynché en juin et SDF en août

    En savoir plus

  • Heurts à Bangui entre soldats français et individus armés

    En savoir plus

  • Vidéo : après une nuit plus calme, la situation reste tendue à Ferguson

    En savoir plus

  • Hollande : "La situation internationale est la plus grave depuis 2001"

    En savoir plus

  • La Fifa interdit au FC Barcelone de recruter

    En savoir plus

FRANCE

Première Guerre mondiale : "Il manque un million de tués"

© AFP/Archives | Des soldats français à Verdun en 1916

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 22/01/2014

Dans une étude, l'historien Antoine Prost affirme que le nombre de soldats tués lors de la Première Guerre mondiale a été sous-estimé. Ce spécialiste met aussi en lumière les divergences entre les pays en ce qui concerne le respect des morts.

Traditionnellement, les bilans de la Première Guerre mondiale s’accordent sur le chiffre de 9 millions de morts parmi les soldats des pays belligérants. Mais cette évaluation est aujourd’hui remise en cause par une étude de l’historien français Antoine Prost, publiée en février 2014 dans la revue britannique "The Complete Cambridge History of the First World War". Selon les calculs de ce professeur émérite à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, le véritable bilan se situerait plutôt aux alentours de 10 millions de morts.

"Il y a eu des gros manques, comme les morts de maladie, qui n’ont pas été comptés ou encore les prisonniers de guerre décédés en détention. Il y aussi eu des estimations qui ont été faites trop tôt par des armées qui souhaitaient ne pas faire apparaître de trop grosses pertes", explique à FRANCE 24 Antoine Prost, qui est également président du Conseil scientifique du Centenaire de la Grande Guerre.

Des malades oubliés

Pour arriver à cette conclusion, l’historien s’est penché sur les différentes statistiques publiées depuis cent ans par les pays concernés. En France, Antoine Prost a ainsi constaté que l’armée n’a pas enregistré les soldats décédés après avoir été rendus à la vie civile: "Ceux qui sont morts pour la France aux combats ou des suites de leurs blessures représentent environ 1 325 000 hommes. On les retrouve dans la base de données du site Mémoire des hommes. Mais il n’y a pas les morts de maladie, ceux qui sont décédés une fois rentrés chez eux. Ils sont environ 70 000". 

Du côté de la Russie, les estimations officielles sont également bien différentes de la réalité. "Dans les statistiques soviétiques, il n’y avait pas les prisonniers de guerre morts dans les camps en Allemagne. Cela représente 200 000 personnes d’un coup. Ce sont des gros contingents", souligne le spécialiste de la "Der des Der". En Allemagne également, les évaluations ont négligé certaines périodes : "Les statistiques allemandes s’arrêtent au 31 juillet 1918. Les compléments pour août, septembre, octobre et début novembre ont été rapportés ultérieurement, mais pas avec la même rigueur". Pour l'historien,  les erreurs de chiffres s'expliquent également en partie par le peu d'intérêt que les états-majors portaient alors aux morts : "Ce qui les intéressait, c'était les vivants et combien de personnes ils pouvaient faire monter vers les lignes."

Des prisonniers de guerre russes capturés lors de la bataille de Tannenberg par les Allemands en 1914. © Photos of the Great War

Un autre des pays engagés dans le conflit mondial a en revanche cherché à "gonfler" ses pertes. Pour les États-Unis, Antoine Prost a établi que l’estimation traditionnelle était surévaluée. "D’ordinaire pour les Américains, on recense entre 110 000 et 120 000 morts, mais j’ai découvert qu’il y avait 35 000 morts qui ont succombé à la grippe espagnole dans des hôpitaux aux États-Unis et qui n’avaient jamais traversé l’Atlantique pour venir se battre. Ils sont morts avant", explique-t-il. "Les Américains avaient intérêt à maximiser leur nombre de pertes pour montrer aux autres qu’ils étaient aussi une armée à part entière".

Restituer ou ne pas restituer les corps ?

Dans son étude intitulée "Death", le professeur français décrit également les différences frappantes entre les pays dans le traitement de ces millions de dépouilles : "Si la préoccupation d’enterrer les morts est à la fois précoce et partagée, les réalisations diffèrent d’une armée à l’autre". Le Royaume-Uni a ainsi eu très rapidement le souci de s’occuper de "ses enfants" tombés au combat. Dès 1917, la Imperial War Graves Commission s’est mise en place pour créer des cimetières sur les différents fronts. Il n’était alors pas question de rapatrier les corps : "Tous les morts de l’empire britannique, Anglais mais aussi Écossais, Canadiens, Australiens, sont sur le continent. Les Britanniques ont adopté ce principe démocratique car s’ils permettaient à certaines familles de récupérer les corps, ce sont seulement les familles les plus riches qui auraient pu le faire".

Des femmes du Women's Army Auxiliary Corps (WAAC) préparent les tombes de soldats britanniques en février 1918 à Abbeville, dans la Somme. © Imperial War Museums.

De l’autre côté de la Manche, la France s’est montrée beaucoup moins organisée. Ce n’est qu’en novembre 1918 qu’une commission nationale a été créée pour s’occuper de ce problème et statuer sur la restitution des corps. Mais à l’époque, comme le raconte le dernier Prix Goncourt Pierre Lemaitre, dans son roman "Au Revoir, là haut", des familles étaient déjà sur les champs de bataille à la recherche des cadavres de leurs proches. "Elles n’avaient pas le droit, mais si elles possédaient de l’argent, elles pouvaient s’entendre avec des entrepreneurs des pompes funèbres plus ou moins véreux. Il y avait un trafic énorme", raconte l’historien. Face à la pression de l’opinion publique, les autorités françaises n’ont alors plus eu d’autres choix que d’aller dans le sens des familles. Deux cent quarante mille corps identifiés et réclamés ont ainsi été rapatriés dans leur région d’origine, tandis que les autres ont été inhumés dans des cimetières militaires.

Des cimetières bien différents

Là encore, Antoine Prost note des différences nationales très nettes. Alors que les 832 cimetières britanniques paysagés sont entretenus en France par plus de 1 000 jardiniers, ceux des Français sont réalisés pour parer au plus vite et construits à l’économie. Ce n'est qu'en 1931 qu'une loi fut votée pour accorder 50 millions de francs pour embellir les cimetières et remplacer les croix de bois par des nouvelles en béton armé. "Le Royaume-Uni était plus respectueux des individus", constate-il. "L’une des raisons, c’est que l’armée anglaise n’était pas, au début, soumise à la conscription. Jusqu’en 1916, les soldats qui sont venus se battre en Picardie ou dans la Somme étaient des volontaires. D’une certaine manière, ils ont le droit à plus d’égard que les Français qui, après tout, ne pouvaient pas faire autrement".

Pour les tombes des soldats Allemands, la France, qui en vertu du Traité de Versailles devait entretenir les sépultures des militaires tombés sur son territoire, s'est bien sûr contentée du minimum. L'armée tricolore a notamment évité d'implanter les cimetières allemands "dans des espaces qu'elle tenait pour sacré" et leur a "affecté des terrains peu étendus, ce qui a obligé à créer des tombes semi-collectives".

Ces différences entre les morts seront bientôt en partie effacées. Le 11 novembre 2014, le président François Hollande inaugurera à Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais, un mémorial international. Sur un immense anneau, 600 000 noms de soldats tombés sur les champs de bataille de la région entre 1914 et 1918 seront inscrits par ordre alphabétique et toute nationalité confondue. Pour la première fois, Français, Anglais, Allemands, Canadiens, Écossais, Gallois, Irlandais, Australiens, Néo-Zélandais, Sud-Africains, Indiens, Belges, Portugais, Russes ou encore Roumains seront réunis.

Le cimetière militaire national de Notre-Dame-de-Lorette près d'Ablain-Saint-Nazaire, dans le Pas-de-Calais. © AFP

Première publication : 21/01/2014

  • AUSTRALIE

    Première Guerre mondiale : les poilus aborigènes sortent de l'ombre

    En savoir plus

  • PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

    Armes chimiques : "La France n'a pas su les détruire, comment la Syrie ferait-elle ?"

    En savoir plus

  • PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

    Der des Der : "Les Alliés partagent une mémoire très vive de la Grande Guerre"

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)