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Economie

Bill Gates : "En 2035, il n'y aura presque plus de pays pauvres"

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 22/01/2014

À la tête, avec son épouse Melinda, d’une fondation caritative très active, le milliardaire américain Bill Gates est persuadé que les pays en développement deviendront bientôt des pays "à revenus intermédiaires".

La prédiction semble pour le moins optimiste. "D'ici 2035, il n'y aura presque plus de pays pauvres dans le monde", avance Bill Gates à l’occasion de la publication, le 21 janvier, de la lettre annuelle de sa fondation caritative. Parmi les 36 pays les plus pauvres du monde* - ceux dont le PIB par habitant est inférieur à 1 035 dollars/an -, presque tous seront devenus “ce que l'on appelle aujourd'hui des pays à revenus intermédiaires inférieurs, sinon mieux", croit savoir le co-fondateur de Microsoft.

Cette bouffée d’enthousiasme, Bill Gates l’explique par le fait que les nations les plus pauvres vont, selon lui, poursuivre leur développement en s’appuyant sur les modèles économiques de leurs voisins les plus productifs. Nouveaux vaccins, semences de meilleure qualité, révolution numérique ou encore main d'œuvre soutenue par une meilleure éducation... Autant de leviers qui aideront les populations à sortir de la misère et attireront de nouveaux investissements. “À ma naissance [en 1955, ndlr], la plupart des pays du monde étaient pauvres. Au cours des vingt années à venir, les pays désespérément pauvres deviendront l'exception plutôt que la règle. Des milliards de personnes auront été extirpées de la misère. Pour moi, l'idée que je vivrai pour assister à cela est tout simplement incroyable”, déclare-t-il.

Le milliardaire (à nouveau première fortune américaine en 2013), prévoit, toutefois, que “quelques rares pays” resteront “à la traîne”. En cause : “la guerre, la politique (comme la Corée du Nord, sauf changement radical) ou leurs conditions géographiques (comme les pays enclavés d'Afrique centrale).” Représentant 70 % des 36 pays pauvres*, l’Afrique est loin d’être tirée d’affaire mais Bill Gates estime que tous les pays d'Asie, d'Amérique centrale (à l'exception d'Haïti, éventuellement) et du Sud auront rejoint les pays à revenus moyens d'aujourd'hui. “Près de 90 % des pays auront des revenus plus élevés que ceux de l'Inde d'aujourd'hui. Ce sera là une réalisation remarquable”, ajoute-t-il.

Des projections déjà vues depuis les années 1940

Contacté par FRANCE 24, Javier Herrera, chercheur-économiste à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), se montre un peu plus pessimiste sur la question. “Ce n’est pas la première fois que l’on annonce de telles prédictions. À la fin des années 1940, déjà, les experts américains tablaient sur la fin de la pauvreté grâce à l’avènement des nouvelles technologies. Plus récemment, il y a dix ans, un économiste très renommé, Jeffrey Sachs, tenait un discours similaire dans un livre intitulé 'La fin de la pauvreté'. Mais elle existe toujours…”, décrit-il.

Selon l’expert de l’IRD, la réduction de la pauvreté qu’a pu constater Bill Gates “s’explique par la performance de la Chine” qui vient, en fait, doper les chiffres. Autre point faible dans le discours du milliardaire américain : “à aucun moment les équipes de Bill Gates ne semblent s’interroger sur la durabilité de la réduction de la pauvreté. Ils partent du principe que la croissance très forte de ces pays va continuer mais, rien que du point de vie environnemental, les ressources naturelles de certains pays sont vouées à s’épuiser. Et aucun d’entre eux n’est à l’abri d’un choc climatique [tsunami, sècheresse, tremblement de terre, etc. Ndlr]”, ajoute Javier Herrera.

En face, pour l'ex-PDG de Microsoft, une des solutions pour maintenir et encourager la croissance consiste à faire évoluer les mentalités. “Il serait juste d'affirmer que le monde a tellement changé que les termes ‘pays en développement’ et ‘pays développés’ n'ont plus de raison d'être”, défend-il. Ce que réfute, pour sa part, Javier Herrera, pour qui un simple changement de vocabulaire ne conduira pas à faire avancer la situation. “Il faudrait commencer par durcir les critères qui définissent le seuil de pauvreté dans le monde, aujourd’hui de 1,25 dollar par jour. Je ne connais pas un seul pays ‘riche’ qui vivrait avec cette somme”, dit-il. Pour le chercheur, un système où le seuil de pauvreté serait “relatif” (c’est-à-dire qu’il s’adapte aux revenus des ménages, comme en France) serait bien plus juste que la méthode actuelle qui détermine le seuil à partir d’une “valeur absolue” applicable à tous les pays pauvres, sans distinction.

"Les pays pauvres ne sont pas condamnés à le rester"

Mais il en faudra plus pour altérer la motivation de Bill et Melinda Gates. Foncièrement convaincus que "les pays pauvres ne sont pas condamnés à rester pauvres", ils font également appel à la générosité des donateurs et des États. “Pour la Norvège, le pays le plus généreux au monde, le montant [des aides, ndlr] est de moins de 3 %. Il est de moins de 1 % dans les cas des États-Unis”, calcule-t-il pour encourager les dirigeants à s’investir davantage car “il reste plus d'un milliard de personnes vivant dans des conditions de pauvreté extrême.”

Eux-même ont décidé, depuis quelques temps déjà, de reverser 95 % de leur fortune personnelle à des œuvres de charité et entendent bien montrer l'exemple. “Nous avons tous l'occasion de créer un monde où la misère constitue l'exception plutôt que la règle, où les enfants ont tous la même chance de s'épanouir, où qu'ils soient nés. Pour ceux d'entre nous qui croient en la valeur de chaque vie humaine, aucun travail en cours n'est source d'inspiration plus forte dans le monde d'aujourd'hui”, concluent-ils dans la lettre de leur fondation.

En vidéo : l'argumentaire de Bill Gates (sous-titres français)

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* Liste alphabétique des pays les plus pauvres selon les critères 2012 de la Banque mondiale. Par ordre alphabétique : Afghanistan, Bangladesh, Bénin, Birmanie, Burkina Faso, Burundi, Cambodge, Centrafrique, Comores, Corée du Nord, RD-Congo, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Haïti, Kenya, Kirghizistan, Liberia, Madagascar, Malawi, Mali, Mozambique, Népal, Niger, Ouganda, Rwanda, Sierra Leone, Somalie, Soudan du Sud, Tajikistan, Tanzanie, Tchad, Togo, Zimbabwe.

Première publication : 22/01/2014

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