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Culture

Daft Punk est-il vraiment français ?

© AFP

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 28/01/2014

Influence anglo-saxonne, paroles en anglais, marketing à l'américaine... La machine Daft Punk, dont le sacre aux Grammy Awards a été salué comme une réussite "made in France", semble loin des standards de la culture hexagonale.

En ces temps de "french bashing" qui agite la presse anglo-saxonne, il est des nouvelles dont les médias français, y compris le nôtre, se gargarisent volontiers. La razzia opérée dimanche soir par le "duo électro français" Daft Punk sur les Grammy Awards en est l’exemple le plus récent. Comment, en effet, ne pas voir en cet inédit triomphe tricolore (cinq récompenses !) une réponse cinglante aux thèses déclinistes qui font florès à l’étranger - mais aussi en France ?

Toujours prompts à saluer une réussite hexagonale à l’international - qui plus est aux États-Unis -, plusieurs responsables politiques se sont joints au concert des hourras enthousiastes qui ont réveillé les Français lundi matin. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s’est lui-même fendu d’un tweet cocardier aux allures de félicitations nationales : "Victoire historique des #daftpunk aux Grammy awards ! La France est fière de vous !"

Bien sûr, le coq gaulois a toutes les raisons de bomber le torse. De mémoire de mélomane, jamais groupe français n’était encore parvenu à glaner autant de trophées à la grand-messe de la musique américaine. Et encore moins à soulever les applaudissements nourris d’une salle comptant dans ses rangs quelques grands noms de la culture musicale anglo-saxonne comme Paul McCartney, Jay-Z, Beyoncé ou encore Katy Perry (voir vidéo ci-dessous).

Seulement voilà, a priori, Daft Punk n’a de français que la nationalité de ses deux membres. Le duo formé par Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, tous deux parisiens d’origine, travaille la majeure partie de son temps aux États-Unis, produit des titres chantés en anglais et collabore, pour leurs albums, avec des artistes américains de renom tels le prolifique Pharrell Williams ou le maître du disco-funk Nile Rodgers. Rien dans sa discographie, de "Homework" à "Random Access Memories", ne laisse transparaître une quelconque influence des standards de la chanson française.

En clair, les "robots" de Daft Punk sont loin de réunir les critères de cette culture "bleu-blanc-rouge" que les pouvoirs publics aiment tant voir rayonner à travers le monde. "Daft Punk a réussi ce que Téléphone et Johnny Hallyday n’ont jamais pu faire : produire un succès mondial. Et il est évident qu’on n'atteint pas ce but en chantant en français sur la tour Eiffel ou la butte Montmartre", affirme à FRANCE 24 le journaliste Stéphane Jourdain, auteur de l’ouvrage "French Touch"*, du nom du courant musical né dans les années 1990 sous l’impulsion du duo casqué.

"Machine à fantasmes"

De fait, si Daft Punk avait quelque chose à vendre de la France, ce serait moins sa production musicale en tant que telle que son approche artistique, sa griffe, son "modus operandi". "Il faut dissocier la manière française de faire et le fait de s'afficher comme français. Une réalité qui est celle du duo Daft Punk, un groupe post-national : la musique est d’inspiration anglo-saxonne, les paroles sont en anglais et les musiciens sont tous américains. Leur ‘made in France’ est plutôt le 'je-ne-sais-quoi' qui les distingue de leurs concurrents producteurs de musique pop", écrivait le site Slate peu après la sortie mondiale de "Random Access Memories" en mai dernier.

Alors quel est ce "je-ne-sais-quoi" qui a permis aux deux Français de rejoindre le panthéon de la musique internationale ? Tout d’abord, un sens aiguisé du marketing symbolisé par ces fameux casques rétrofuturistes. En dissimulant systématiquement leur visage, en dispensant leurs apparitions publiques au compte-gouttes et en cultivant le secret autour de chacune de leur production, les membres de Daft Punk ont créé une véritable aura autour de leur travail et de leur personne. "Que l’on aime ou pas Daft Punk, que l’on soit sensible à leur stratégie marketing ou non, ils sont aujourd’hui les seuls dans notre système solaire à pouvoir se permettre ce genre de pratique frustrante et fascinante à la fois, pouvait-on lire sur le site Rockyrama deux mois avant la sortie de leur dernier album. Comme Disney, "Star Wars" ou Marvel, Daft Punk est une machine à fantasmes. Elle se porte à merveille."

Cette stratégie digne des grandes marques américaines est-elle pour autant insoluble avec l’esprit français ? "Au vu de l’importance qu’ils accordent à leur image, à leurs costumes toujours bien mis, le côté français joue beaucoup. Il est toujours plus glamour de dire que Daft Punk sont des Français que des Suisses", veut croire Stéphane Jourdain. "Quand on voit leur performance aux Grammy Awards, où ils apparaissent comme des démiurges dirigeant des grandes figures de la musique pop américaine comme Stevie Wonder ou Nile Rodgers, on se dit qu’ils sont clairement dans un délire hollywoodien, estime pour sa part Étienne Menu, critique musical à la revue Audimat. Daft Punk a parfaitement intégré la culture américaine."

Une assimilation que le groupe pousse à l’extrême lors de ses enregistrements. En grand amateur du funk et de la disco des années 1960-1970, le duo n’a pas hésité à recruter une légion de techniciens, ingénieurs et instrumentalistes de cette époque pour restituer dans "Random Access Memories" l’atmosphère sonore de ce qu’il considère comme un âge d’or de la musique américaine. "Daft Punk rappelle que pour gagner un tas de Grammys, il suffit de dépenser quelques millions de dollars pour être sûr que votre album sonne comme un disque enregistré en 1977", ironisait ainsi Jon Caramanica, critique au "New York Times", à l’issue de la cérémonie.

"Musée de la musique"

"Daft Punk fait partie de ses groupes américanophiles émerveillés par l’industrie musicale américaine, indique Étienne Menu, pour qui cette fascination n’est sûrement pas étrangère au sacre des Français dimanche à Los Angeles. "Les Américains sont admiratifs de la France et de son rapport à la culture. Que ce soit des Français qui rendent pareils honneurs à la culture américaine lui confère, à leurs yeux, encore plus de prestige. Cela les stimule. En clair, c’est un échange gagnant-gagnant."

Le succès de Daft Punk aux derniers Grammy Awards n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui remporté par "The Artist" aux Oscars 2012. Le film muet en noir et blanc de Michel Hazanavicius avait su conquérir Hollywood pour l’hommage appuyé qu’il rendait, lui aussi, à un certain âge d’or du cinéma américain.

Reste que cette nostalgie bon teint vient quelque peu bousculer l’image d’avant-garde que sont censés incarner les deux figures de proue de la "french touch". "C’est malheureux qu’ils aient fait tout ça pour en arriver là : un musée de la musique, où sont convoqués Stevie Wonder et Nile Rodgers. Au lieu de développer quelque chose de nouveau, ils répètent ce qui a déjà été fait, déplore Étienne Menu. Je ne peux m’empêcher de voir dans leur démarche un petit côté conservation du patrimoine qui, pour le coup, est très français."

Pour Stéphane Jourdain, la reconnaissance des Américains à l’égard de Daft Punk couronne davantage le parcours de précurseurs. "Ces types ont inventé quelque chose, un véritable courant qui a compté, rappelle le journaliste. Les récompenses internationales en sont l’issue logique. Ces Grammy Awards sont un peu l’épilogue de la ‘french touch’." Après son couronnement américain, Daft Punk est donc invité à écrire une nouvelle histoire. Mais rien n’indique qu’elle le sera en français.
 

* "French Touch", de Stéphane Jourdain, éd. Castor Astral, 2005.

Première publication : 27/01/2014

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