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Afrique

Élue en France, elle devient "ministre dans un pays en guerre"

© AFP

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 30/01/2014

Conseillère municipale de Bussy-Saint-Georges pendant 6 ans, Antoinette Montaigne vient d’être nommée ministre de la Communication et de la Réconciliation dans le gouvernement de transition en Centrafrique. Portrait d’une femme engagée.

"Réconciliation", le terme laisse songeur lorsqu’il s’agit de la Centrafrique. C’est pourtant le défi de taille auquel Antoinette Montaigne va devoir s’atteler dans les prochains mois. À 48 ans, cette Franco-Centrafricaine vient d’être nommée ministre de la Communication et de la Réconciliation nationale. Une gageure dans ce pays qui se déchire depuis plusieurs mois dans un conflit qui a viré à l’affrontement interreligieux. Ni les opérations de cantonnement des ex-rebelles de la Séléka, qui ont perdu le pouvoir début janvier, ni l’annonce d’une formation de transition, lundi dernier, ne sont parvenus à apaiser les tensions à Bangui, où la soif de vengeance est devenue aveugle.

"Aborder la réconciliation, c’est prendre acte de l’angoisse, de la peur, de la souffrance, des pertes humaines et matérielles. La réconciliation est un processus qui ne va pas se faire du jour au lendemain. Nous nous sommes mis au travail et nous tiendrons bon", explique à FRANCE 24 Antoinette Montaigne, qui a déjà pris la hauteur que la fonction impose.

À l’heure où la pacification se fait cruellement attendre, le Premier ministre centrafricain André Nzapayeke est allé chercher les forces vives dans tous les coins, dans tous les camps, pour composer un gouvernement de transition audible par tous. Sur les vingt ministres, dont six femmes, trois représentent les Séléka, un les anti-balaka. Antoinette Montaigne joue, elle, la carte de la neutralité et de l’expérience de la démocratie étrangère. C’est en effet à plus de 7000 kilomètres de Bangui que Nzapayeke a trouvé Antoinette. À Bussy-Saint-Georges, plus exactement, dans le Val-de-Marne, où elle officiait comme conseillère municipale depuis 2008.

À Bussy, "elle a appris à prendre des coups"

Pour ceux qui s’étonneraient de voir une "simple élue" promue au rang de ministre, Antoinette Montaigne tacle avec la confiance de ceux qui savent d’où ils viennent et où ils vont : "Je ne suis pas là par hasard", tranche-t-elle avec autorité.  "La politique commence au niveau local", se reprend-elle sur le ton de la pédagogie. Elle a fait ses armes politiques à Bussy, dont elle aime le cosmopolitisme et le brassage des communautés. C’est dans cette ville de 27 000 habitants que cette militante UMP a mis les mains dans le cambouis : éducation, cantine, sport, associations, crèches, salubrité publique, elle est sur tous les fronts et append à "s’occuper des besoins des gens au quotidien".

C’est aussi à Bussy qu’elle fait l’école de l’adversité. "Antoinette a été élue dans une ville nouvelle, où l'on a l’habitude de prendre des coups", témoigne le maire, le centriste Hugues Rondeau. Interrogé par FRANCE 24, il ne cache pas sa fierté de voir son ex-conseillère "au caractère fort" promise à de plus hautes destinées : "Antoinette a été récompensée de son opiniâtreté. Ministre dans un pays en guerre, ce n’est pas une nomination de confort. Nous sommes très fiers", insiste-t-il.

Celle qui se décrit elle-même sur sa page Facebook comme une "femme d’action et de conviction", ne fuit pas les combats. Pour son doctorat, passé en 1999 à l’université de Panthéon-Assas, elle se spécialise dans la délinquance des jeunes dans les banlieues. Cette juriste a toujours cru que les femmes et les jeunes étaient le nerf du développement d’un pays, et elle compte bien aujourd’hui décliner cet adage sur son nouveau terrain : "La Centrafrique est un pays qui compte plus de 70% d'enfants, qui ne peuvent pas continuer à choisir la violence comme option. Il y a un travail à mettre en place vis-à-vis de la jeunesse à l’abandon depuis plus de 20 ans, qui a donc naturellement rejoint des groupes armés."

"L’engagement, pour moi c’est naturel"

Née dans le nord de Centrafrique, Antoinette Montaigne a, elle, grandi dans une famille éduquée où l’engagement et la solidarité étaient infusés dès le berceau. Cadette d’une famille de dix enfants, elle parle avec admiration de sa mère, qui reste "un modèle d’éducation". Active politiquement, présidente des mères de familles nombreuses de la région de Mboumou, sa mère lui donne le goût de la chose publique. "J’ai été éduquée dans un milieu de personnes engagées. Ma mère s’arrêtait dans la rue pour emmener les enfants malades à l’hôpital. L’engagement, pour moi, c’est naturel".

Son père, lui, c’est à l’armée qu’il s’est donné. Sous-officier dans les bataillons d’Oubangui-Chari, il a combattu dans les rangs de l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale et a participé, en mai 1942, à la victoire de Bir Hakeim, dans le désert libyen. "Il est parti à pied de Bangui, il a combattu et vaincu pour la France, puis il a été démobilisé", raconte-t-elle, replongeant dans des souvenirs où les histoires de la France et de la Centrafrique ont toujours été entremêlées.

Le retour aux sources

Son engagement en France, où elle vit depuis plus de vingt ans, n’a d’ailleurs jamais tenue Antoinette Montaigne éloignée de ses terres natales. Présidente du Conseil des Centrafricains à l’étranger, déléguée à la coopération décentralisée, elle a mis en place des projets de coopération entre Bussy et la Centrafrique, notamment avec la ville de Mbaïki, qu'elle a réussi à faire électrifier.

Elle a aussi organisé la venue de l'archevêque de Bangui à Bussy pour lancer une reflexion œcuménique sur les tensions religieuses au cœur du conflit. C’est maintenant sur place qu’elle va devoir réinstaurer le dialogue.  "Il y a un travail de sensibilisation à la paix, à l’éducation civique et patriotique à faire auprès de la population. Et pour cela, l’information est essentielle. La population vit au rythme des rumeurs et cela alimente les angoisses et les tensions", poursuit-elle, convaincue que les violences ne pourront pas s’apaiser sans l’aide des troupes étrangères.  

À l’heure où des voix contre l’opération Sangaris s’élevent dans l’Hexagone, où l’on questionne la gestion politique et militaire de la crise depuis la France, la toute nouvelle ministre de la Communication défend la présence française : "Il ne faut pas voir l’intervention française comme une politique d’ingérence. La France et la Misca sont confrontées à la profondeur de la crise, mais ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas leur place. Les militaires de Sangaris ont une présence souhaitable, qui doit se prolonger", interpelle-t-elle.

Et là encore, à ceux qui pourraient lui reprocher d’être le héraut d’une France qui n’a jamais vraiment quitté son ancienne colonie - où elle multiplie les interventions malgré l’indépendance formelle de 1960 - Antoinette a le verbe tranchant : "Je ne suis pas en terre inconnue. J’ai grandi en Centrafrique, j’ai fait mes études en France mais je n’ai jamais lâché mon pays". Aussi, et avec la bénédiction de ses deux enfants restés à Bussy, elle n’a pas hésité une seconde à laisser famille et mandature derrière elle pour s’engager aux côtés de la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza. Et de conclure : "Je retourne aux sources pour apporter ma contribution".

Première publication : 30/01/2014

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