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FRANCE

La "théorie du genre" fait mouche à la Manif pour tous

© AFP

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 03/02/2014

La Manif pour tous a rassemblé, dimanche 2 février, des dizaines de milliers de personnes. Parmi les revendications classiques, les manifestants ont notamment dénoncé l’enseignement supposé de la "théorie du genre" dans les écoles.

Les rues de Paris ont (re)pris les couleurs de la Manif pour tous, dimanche 2 février, devant l’École militaire, à deux pas du Champ-de-Mars. Une vague rose et bleu ciel, désormais classique de la mobilisation initiée il y a un an contre le mariage gay, s’est formée à la mi-journée en un cortège qui a relié le 6e arrondissement de Paris à la place Denfert Rochereau, dans le 14e.

Les discours sont rodés, la présidente de la Manif pour tous, Ludivine de la Rochère, les ressasse depuis des mois : opposition ferme à la gestation pour autrui, à la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes – ces dispositions ne sont pas prévues dans la loi Taubira autorisant le mariage entre personnes du même sexe, mais les manifestants redoutent de les voir légalisées. Également dans la ligne de mire de la très chic leader de l’association : le "lobby LGBT (Lesbiennes, gays, bi et trans)", et la fameuse "théorie du genre", dont l’objectif serait de prôner dans les écoles une "indifférenciation sexuelle".

© FRANCE 24 / Tony todd



Et c’est bien ce dernier point qui chagrine particulièrement les manifestants en ce dimanche ensoleillé. "Cette question n’a rien à faire à l’école", s’insurge Ludivine de la Rochère, fustigeant l’ "ABCD de l’égalité", un outil proposé à l’essai par le ministère de l’Éducation nationale dans quelques centaines d’établissements scolaires pour lutter contre les stéréotypes filles-garçons. "Un manuel pour apprendre à ne pas parler de la différence des sexes, à nier des réalités biologiques", estime la présidente de la Manif pour tous.

La rumeur a la peau dure

Ce sujet provoque des remous depuis quelques jours. Lundi 27 janvier, des dizaines de parents d’élèves ont retiré leurs enfants de l’école pour protester contre "l’enseignement obligatoire de la théorie des genres dès la primaire", suivant les conseils de Farida Belghoul, figure de proue des anti-racistes dans les années 80, et désormais proche de l’association d’extrême droite Égalité et réconciliation. Selon elle, l’école serait en passe d’imposer une éducation sexuelle – avec exercices pratiques – dès la maternelle et d’enseigner aux enfants qu’ils "ne naissent pas fille ou garçon mais décideraient de le devenir". La rumeur a notamment fait mouche auprès des familles de confession musulmane.

Le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, a fermement démenti ces informations dès le lendemain. Mais le doute s’est insinué dans les esprits. Dimanche 2 février, la "théorie du genre" était sur toutes les lèvres, notamment sur celles de membres d’associations musulmanes venues également battre le pavé. "L’État se charge d’instruire les enfants, pas de les éduquer, l’éducation relève de la famille", explique Camel Bechikh, membre du collectif de "musulmans patriotes" et président de Fils de France, avant de poursuivre : "La manière qu’a l’État de prendre possession des futurs citoyens me semble très autoritaire et très totalisante. Quand j’emmène mes enfants à l’école, j’attends qu’on leur apprenne l’histoire et la géographie, pas qu’on leur inculque la notion du bien et du mal, ça ça relève de moi en tant que père".

Une prise de position à laquelle adhère également Driss Samir, du collectif Les musulmans pour l’enfance : "L’État n’a pas à s’immiscer dans l’éducation sexuelle des enfants. L’Éducation nationale est là pour l’instruction, pour qu’ils puissent avoir un métier. L’éducation sexuelle ne les aidera pas à avoir un métier. La sexualité, c’est à moi de leur inculquer, si j’en ai envie. Je ne veux pas qu’ils apprennent à se toucher." L’homme a retiré ses enfants de l’école, le 27 janvier, est s’est dit prêt à "recommencer si besoin". Peu importe que Farida Belghoul fricote avec l’extrême droite, "c’est son problème" et d’ailleurs, "personne ne sait vraiment si c’est le cas".

"Mais où va-t-on ?"

La mention de l’extrême droite provoque des soupirs exaspérés chez les manifestants. "Vous n’avez que ce mot là à la bouche, vous, les journalistes. Vous êtes bien à la solde du gouvernement", siffle un homme grisonnant agitant frénétiquement un drapeau rose. À ses côtés, Najib Guarraz, qui se qualifie de "citoyen musulman", tient une bannière "Les Français musulmans disent non au mariage homosexuel". "Farida Belghoul est une femme formidable, elle ne fait que défendre sa famille", martèle-t-il. L’homme, 54 ans, est remonté comme un coucou : "Je suis ici pour montrer à tout le monde que je ne suis pas d’accord avec 'la théorie du genre', que je ne suis pas d’accord avec le mariage homosexuel, on est en train de tout détruire. La famille, les enfants, l’école, la société… Ils [le gouvernement, NDLR] sont en train de tout faire partir en fumée. Je n’accepterai jamais qu’on enseigne à mes fils qu’ils ne sont peut-être pas vraiment des garçons. Mais où va-t-on ? Si ça passe, je plie bagage et je retourne au Maroc".

Derrière lui, un homme aux yeux bleu d’acier l’écoute attentivement. "Moi, je suis parti en Suisse il y a 18 ans, et je ne regrette absolument pas, hurle-t-il pour se faire entendre parmi les sifflets stridents des manifestants. Je ne remets les pieds que pour venir lutter contre la décadence". Selon la préfecture de police, quelque 80 000 personnes luttaient à ses côtés à Paris. Les organisateurs affirment quant à eux qu’ils étaient 500 000.

Première publication : 02/02/2014

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