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Afrique

Le Maroc et l'Algérie se disputent le rôle de médiateur dans la crise malienne

© AFP

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 08/02/2014

Alors que les pourparlers de paix entre les Touaregs du MNLA et Bamako sont au point mort, l’Algérie et le Maroc se disputent la place de médiateur : Alger dialogue avec Bamako, Rabat avec les Touaregs.

Une "feuille de route" prévoyant la reprise du dialogue entre Bamako et les groupes armés du nord - dont le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) - sera "prochainement connue", ont indiqué lundi 3 février des sources officielles maliennes. Depuis presque un an maintenant, le pouvoir malien et les Touaregs du MNLA ne se sont plus assis à la même table de négociations pour parachever le processus de paix, signé à Ouagadougou en juin 2013. En cause principalement : le choix du médiateur.

Jusqu'à présent, le Burkina Faso avait endossé ce rôle d’intermédiaire. Il avait réussi à renouer le dialogue entre le MNLA - qui revendique un statut d'autonomie pour le Nord-Mali - et Bamako. Mais depuis quelques semaines, le nom du président burkinabè, Blaise Compaoré, ouvertement accusé par le président malien Ibrahim Boubacar Keita de favoriser le MNLA, ne résonne plus beaucoup. Et deux pays semblent avoir profité de ce désamour entre IBK et Compaoré : l’Algérie et le Maroc. Tous deux ne cachent pas leur intention de brûler la politesse au Burkina Faso pour devenir le "nouvel" acteur incontournable de ces futurs pourparlers. Le roi Mohammed VI a en effet rencontré le 31 janvier Bilal Ag Chérif, le secrétaire général du MNLA, et l’a encouragé à "rester ouvert au dialogue politique".

"L’Algérie veut retrouver un rôle de leadership"

Parallèlement à cette rencontre, les autorités maliennes se sont elles rapprochées d’Alger. À moins que ce ne soit l’inverse. "Cette proximité n’a rien de surprenant. L’Algérie n’a jamais accepté d’avoir été écartée des discussions sur le Nord-Mali alors qu’elle a toujours voulu un rôle de leadership dans ce dossier", précise Philippe Hugon, spécialiste du Mali à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). Selon l’expert, il ne serait donc pas étonnant qu’Alger ait fait pression sur Bamako pour revenir sur le devant de la scène. "L’Algérie a toujours considéré le Nord-Mali sous sa zone d’influence. Le pays est proche de Iyad ag Ghali, à la tête du groupe islamiste Ansar Dine, qui est présent dans la région. Alger connaît bien, il est vrai, le problème islamiste et touareg. Il veut donc être un médiateur majeur dans ce dossier."

En face, le MNLA a rué dans les brancards en constatant ce rapprochement diplomatique algéro-malien. Quoi de mieux alors que de se rapprocher de l’ennemi marocain pour mettre des bâtons dans les roues d’Alger ? "Il semble évident que les Touaregs ont voulu trouver un allié face à un ennemi commun. Le Maroc entretient des rapports conflictuels avec son imposant voisin algérien", rappelle Philippe Hugon. Mais Rabat ne cherche pas seulement à exaspérer Alger. "Le Maroc veut aussi rentrer dans le jeu pour le contrôle du Sahara. N’oublions pas que le pays n’a jamais résolu son conflit au Sahara occidental, un territoire qu’il dispute avec les indépendantistes du Front Polisario soutenus, eux, par l'Algérie."

L’ONU tente de reprendre la main

Quel que soit le futur médiateur des pourparlers intermaliens, cette querelle algéro-marocaine semble signer la sortie définitive du Burkina Faso du paysage diplomatique. Dans cette bataille, quel rôle jouera l’ONU qui vient de s’inviter dans les discussions ? Une délégation du Conseil de sécurité a rencontré lundi 3 février à Bamako les représentants des trois principaux groupes armés du nord du Mali [MNLA, Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) et HCUA, un groupe issu d'Ansar Dine], a constaté un journaliste de l'AFP.

"L’ONU n’a pas vraiment le choix. L’Union africaine (UA) refuse de s’impliquer dans un conflit qu’elle juge ‘régional’. La France, accusée d’être trop complaisante avec le MNLA, ne veut plus se retrouver en première ligne dans ce dossier. L’ONU tente comme elle peut de reprendre la main", précise Philippe Hugon. Une fois encore, l’ouverture de nouvelles discussions entre rebelles et Bamako semblent très mal engagées.

Première publication : 04/02/2014

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